Berlin attentif à la sécurité sur le projet de fusion KMW/Nexter

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L?ALLEMAGNE SERA ATTENTIVE À LA SÉCURITÉ DANS LE CADRE DU PROJET DE FUSION KMW/NEXTER
L?ALLEMAGNE SERA ATTENTIVE À LA SÉCURITÉ DANS LE CADRE DU PROJET DE FUSION KMW/NEXTER

BERLIN (Reuters) - Le projet de rapprochement entre les constructeurs allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW) et français Nexter dans le secteur de l'armement terrestre sera minutieusement examiné pour déterminer s'il menace les intérêts allemands en matière de sécurité, a déclaré le ministère allemand de l'Economie.

Les groupes allemand et français ont dit mardi être entrés en négociations exclusives, premier acte d'un rapprochement qui ferait de la future co-entreprise le leader de l'armement terrestre européen en terme de chiffre d'affaires, dans un marché de plus en plus concurrentiel.

Ce projet est considéré comme un moyen de réduire les coûts des fabricants à l'heure où la défense fait l'objet de coupes budgétaires dans de nombreux pays européens.

L'Allemagne a cependant déclaré que le nouveau groupe issu de la fusion devrait respecter les restrictions sur les exportations d'armes.

Sur le papier, les gouvernements sont plutôt favorables à une consolidation du secteur de l'armement mais ces projets achoppent souvent sur des questions de politique ou de sécurité nationale, à l'image de la fusion avortée entre le britannique BAE Systems et EADS rebaptisé depuis Airbus Group.

Nexter, fabricant notamment du véhicule blindé VBCI et du char Leclerc, est détenu à 100% par l'Etat. Côté allemand, KMW, qui fabrique les chars Leopard, est contrôlée à 100% par la famille Bode-Wegmann.

A l'issue du rapprochement, la nouvelle structure baptisée Kant (pour "KMW and Nexter together") sera détenue à 50% par l'Etat français et à 50% par la famille Bode-Wegmann.

Le nouveau groupe, avec un chiffre d'affaires estimé à près de 2 milliards d'euros et un effectif de plus de 6.000 personnes, permettra aux deux entités d'être mieux positionnées pour remporter des contrats auprès de leurs principaux clients européens.

"Nous avons souligné à plusieurs reprises qu'en temps de réduction des budgets de la défense, la consolidation était impérative", a estimé dans une note l'analyste Michael Raab de Kepler Chevreux. Il a ajouté que les forces au sol, et donc sociétés concernées par les systèmes terrestres, étaient parmi les plus touchées par les réductions de budgets des armées.

LE PRÉCÉDENT BAE/EADS

Le ministère allemand de l'Economie a prévenu mercredi qu'un tel rapprochement n'exonèrerait pas KMW de soumettre ses exportations aux autorités allemandes et que toute livraison d'armes depuis l'Allemagne dans le cadre du nouveau groupe devrait être approuvée.

Berlin a annoncé en juin son intention d'adopter une politique plus prudente en matière d'exportations d'armements après une hausse de 24% de ses exportations d'armes l'année dernière, notamment à destination de l'Arabie saoudite, du Qatar et de l'Algérie.

Les déclarations en ce sens du ministre de l'Economie Sigmar Gabriel avaient provoqué une vive réaction du président exécutif d'Airbus Group, Tom Enders, qui avait agité le spectre des suppressions d'emplois.

Néanmoins, si les Etats et les industriels s'entendent sur la logique d'une consolidation en Europe, parvenir à un accord s'avère plus délicat.

Le projet de fusion, en 2012, entre BAE Systems et Airbus a ainsi buté sur des questions politiques.

"Si la volonté est là, mettre en oeuvre le rapprochement sera difficile", a estimé l'analyste Stephan Boehm de Commerzbank.

De plus, l'influence de la France pourrait être diminuée si Rheinmetall, un fabricant d'armes partenaire de KMW, souhaite collaborer sur de nouveaux projets avec le nouveau groupe. "On se retrouverait alors dans une situation similaire à ce qui s'est passé avec la fusion avortée BAE/EADS", a ajouté Stephan Boehm.

Une source proche du dossier a déclaré que les deux groupes travaillaient sur ce projet depuis plusieurs années. "Bien sûr, il s'agit de synergies, mais cela ne signifie pas nécessairement des suppressions d'emplois", a dit cette source.

(Gernot Heller et Victoria Bryan, Benoit Van Overstraeten et Mathilde Gardin pour le service français, édité par Juliette Rouillon)

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