Berlin admet que la taxe Tobin ne se fera pas à 27 dans l'UE

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Berlin admet que la taxe Tobin ne se fera pas à 27 dans l'UE
Berlin admet que la taxe Tobin ne se fera pas à 27 dans l'UE

par John O'Donnell

LUXEMBOURG/ROME (Reuters) - Faute de pouvoir obtenir l'accord de l'ensemble des Etats de l'Union européenne dans le dossier de la taxe sur les transactions financières, l'Allemagne a décidé vendredi de concentrer ses efforts sur un petit groupe d'Etats afin que cet instrument critiqué par de nombreux pays puisse voir le jour.

En s'engageant sur la voie dite de la "coopération renforcée" permise par les traités européens, le gouvernement allemand cherche à satisfaire les exigences de son opposition, qui a mis ce dossier dans la balance en échange de son soutien à la ratification du Mécanisme européen de stabilité (MES).

Les deux chambres du Parlement allemand se réunissent le 29 juin pour se prononcer sur la création du MES et ce dernier ne pourra pas être adopté sans le soutien des sociaux-démocrates du SPD, une majorité des deux tiers des parlementaires étant requise.

Selon certaines analystes, une taxe sur les transactions financières (TTF) pourrait permettre de récolter plus de 50 milliards d'euros chaque année, en fonction du nombre de pays qui y participeraient. Ses recettes pourraient financer certaines initiatives financières telles la création d'un fond de liquidation des banques en difficulté.

Présente à Rome pour un mini-sommet réunissant l'Italie, l'Espagne, la France et l'Allemagne, la chancelière Angela Merkel a annoncé que les quatre premières économies de la zone euro avaient apporté leur soutien à cette taxe.

"Je me réjouis (...) que tous les quatre nous puissions aujourd'hui dire que nous soutenons l'instauration d'une taxe sur les transactions financières", a-t-elle déclaré.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble s'est quant à lui exprimé devant ses homologues européens réunis à Luxembourg, admettant qu'il n'y aurait pas d'accord des 27 et qu'il s'emploierait par conséquent à convaincre un groupe de pays plus restreint.

"L'impression qui est la mienne, c'est qu'un certain nombre de pays membres soutiennent fortement le principe d'une TTF", a-t-il dit. "Il faut lui donner une chance."

RÉTICENCES

Il n'a toutefois pas pu être établi avec certitude si Berlin avait été en mesure de convaincre neuf pays de l'Union européenne de s'engager sur cette voie, un seuil indispensable pour lancer une procédure de coopération renforcée.

Plusieurs ministres ont déjà exprimé leur réticence, certains allant jusqu'à dire qu'ils pourraient remettre en question les décisions de pays qui mettraient cette taxe en place si elle venait à affecter les pays ne l'ayant pas adoptée.

"Les Pays-Bas ont une position très claire sur cette question. Nous ne la mettrons certainement pas en oeuvre", a déclaré le ministre néerlandais des Finances Jan Kees de Jager, soulignant que les Pays-Bas appliquaient déjà une taxe bancaire.

Le Royaume-Uni, l'Irlande et la Suède ont également fait part de leur opposition, contrairement à l'Autriche qui se trouve dans une situation semblable à celle de l'Allemagne.

Algirdas Semeta, commissaire européen chargé des questions fiscales, a de son côté jugé qu'il existait "un message fort selon lequel un groupe de pays souhaite introduire cette taxe, et qu'il leur revient de préparer les mesures nécessaires afin de lancer la procédure de coopération renforcée."

Avec Annika Breidhardt et Robin Emmott, Nicolas Delame pour le service français, édité par Natalie Huet

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