Benoît Labouille (Offre & Demande Agricole) : « La catastrophe a été évitée »

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Si la catastrophe a été évitée grâce aux précipitations de juin, la sécheresse pèsera sur les rendements et sur les prix des matières premières agricoles explique Benoît Labouille, directeur général d'Offre & Demande Agricole.

Offre & Demande Agricole aide les agriculteurs à gérer la volatilité des prix en Europe. Cette année, la sécheresse annonce une récolte difficile. Quelle est la situation début juillet ?

Benoît Labouille : Les récoltes ont tout juste commencé dans les grandes régions de production et pour le moment, nous constatons une baisse d'environ 15% à 20% du rendement de blé par rapport à une année normale. Le déficit hydrique de mars à mai, période décisive, en est à l'origine. Des régions comme le Poitou-Charentes, le Centre et la Picardie n'ont reçu que 50% des précipitations normales sur la période s'étendant de septembre à fin mai. Les précipitations ont été en baisse de 20% au niveau national sur la même période. Fin mai, la situation était potentiellement catastrophique. Heureusement, le changement climatique intervenu au mois de juin atténuera les dégâts.

Sommes-nous toujours en présence d'une situation historique ?

B.L : Si la catastrophe a été évitée, une baisse des rendements de cette ampleur n'est pas habituelle en France. L'année 1997 avait été mauvaise (-17% de précipitations) mais il faut remonter à 1992 pour trouver une baisse des rendements supérieure : -25%. En 1976, année de la grande sécheresse, le recul des pluies avait atteint 31% !

Quelles seront les conséquences sur les prix des produits agricoles ?

B.L : La hausse des prix va compenser la baisse des rendements. Cependant, la volatilité va rester forte et varier au fur et à mesure des aléas climatiques. Les cours des produits agricoles restent soumis à de vraies incertitudes concernant le niveau des récoltes en France, en Allemagne, en Russie, aux Etats-Unis (blé/maïs) et au Canada (blé). Ce qui est sûr, c'est que les pays européens auront un surplus exportable inférieur à celui de l'an passé. Nous allons devoir rationner nos exportations. Les prix européens seront plus chers que les prix mondiaux.

La hausse des prix peut-elle pousser significativement à la hausse les prix des produits alimentaires ?

B.L : Cela dépendra des produits mais il est peu probable que le prix de la baguette, par exemple, soit impacté par les variations de cours du blé. En revanche, les entreprises agroalimentaires risquent de réduire leurs marges si elles ne veulent pas répercuter la hausse de la facture aux consommateurs.

Quelles sont les cultures les plus touchées ?

B.L : L'impact de la sécheresse varie fortement d'une culture à l'autre. Pour le blé et l'orge d'hiver, la baisse du rendement est conforme aux attentes : en recul de 10 à 15% pour le premier, dont la récolte ne fait que commencer, en baise de 5 à 15% pour le second. En revanche, les premiers échos de rendement du colza sont meilleurs que prévu : en baisse limitée de 0 à 5% par rapport à 2010.

Propos recueillis par Julien Gautier

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