Benoît Flamant (IT AM) : « Facebook a de curieuses méthodes de management »

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L’échec de l’IPO de Facebook révèle certains dysfonctionnements du management et une stratégie qui n’a pas encore fait ses preuves contrairement à celle déployée chez Google et Apple estime Benoît Flamant, directeur général d’IT Asset Management.

Gérant spécialisé dans les valeurs technologiques, comment interprétez-vous la chute de l’action Facebook qui est passée mardi sous la barre des 30 dollars et continue à baisser?

Benoît Flamant : Cette arrivée en Bourse ratée de Facebook soulève plusieurs interrogations. C’est la première fois que des analystes associés à l’opération d’introduction en Bourse revoient leurs prévisions de croissance avant même la fin du road show traditionnel organisé pour l’évènement ! Or, le principe de « fair information » à tous les acteurs du marché a été largement battu en brèche. On peut également se demander pourquoi David Ebersman, le directeur financier, a pris en main l’opération au détriment de Sheryl Sandberg, la directrice générale, que nous n’avons pratiquement pas entendue. Soyons clairs, la valorisation présentée de 100 milliards de dollars lors de l’IPO tenait plus de l’effet d’annonce.

Selon vous, le management de Facebook est en cause et les plaintes d’actionnaires justifiées ?

B.F : Facebook a de curieuses méthodes de management ! Au moment de l’épisode du rachat d’Instagram, payé 1 milliard de dollars, il semble que le board n’avait pas été mis au courant et que Mark Zuckerberg a agi seul. Ces bémols nous confortent dans notre souhait de rester à l’écart du titre malgré les qualités de la société qui réalise déjà 6 milliards de dollars de CA annuel et qui va encore grandir.

Vous êtes donc resté à l’écart de l’opération. Mais à terme, pourriez-vous acheter du Facebook ?

B.F : Environ 90% de l’offre était réservé aux investisseurs américains, ce qui limitait les possibilités d’achat lors de l’introduction. Mais il était de toute façon hors de question de nous positionner dès le premier jour. Nous préférons attendre que les choses se décantent sans rien nous interdire à plus long terme.

Au-delà de l’introduction en Bourse, le modèle de croissance de Facebook est-il convaincant ?

B.F : C’est une grande interrogation. Facebook rencontre un problème de monétisation de sa plate-forme sur le mobile. La société pourrait lancer son propre smartphone, ce qui explique les rumeurs actuelles autour d’une éventuelle acquisition du navigateur norvégien Opera. Pour autant, je reste sceptique. La collaboration récente entre HTC et Facebook en vue de créer un smartphone optimisé pour l’utilisation du réseau social n’a pas abouti à des résultats probants. Le pari des dirigeants de Facebook de créer une nouvelle façon de monétiser l’audience via des publicités spécifiquement adaptées au réseau social n’est pas encore gagné.

Selon vous, quels acteurs pourraient tirer leur épingle du jeu ?

B.F : Le modèle de Google nous semble pertinent. La société, qui a multiplié par 21 son chiffre d’affaires et par 42 son bénéfice net par action depuis son introduction en Bourse, continue à croître et à gagner des parts de marchés. Elle ne se paie que 12 fois ses bénéfices, ce qui n’est pas excessif. Apple garde également une longueur d’avance sur le marché des smartphones avec l’iPhone et capte environ 80% du marché des tablettes avec l’iPad. L’arrivée d’Apple sur le marché de la télévision et la montée en puissance de l’iCloud vont renforcer l’écosystème de la firme à la pomme. Sauf bévue stratégique imprévue, l’horizon d’Apple est pour le moment dégagé et sa valorisation correcte.

Le cloud devient-il un enjeu majeur dans l’univers des sociétés technologiques ?

B.F : Oui, il prend un essor considérable malgré un contexte de stabilisation des dépenses informatiques des entreprises. Nous vivons une époque de rupture technologique et mon métier de gérant spécialisé est d’identifier les sociétés qui ont pris les virages stratégiques les plus pertinents. D’ici deux ans, la base installée mobiles + tablettes sera supérieure à celle des PC. Cette mutation vers les smartphones et les tablettes change la donne et accompagne la dynamique du cloud. Le PC ne va pas disparaître mais le système informatique traditionnel de l’entreprise avec serveurs et PC connectés sous Windows est en train de voler en éclats. Si le business model de Microsoft garde une capacité de résilience extraordinaire, la société va devoir répondre à de multiples défis. Certains acteurs qui ont pris du retard comme Intel, HP ou Cisco en paient déjà le prix. En revanche, le rachat récent d’Ariba par SAP prouve la pertinence de la stratégie du groupe allemand qui investit dans le cloud.

Et du côté des valeurs européennes ?

B.F : Nous ne raisonnons pas selon un biais géographique mais nous constatons que très peu de sociétés européennes répondent à nos critères de sélection : elles pèsent pour 2% de nos fonds contre 8% pour les entreprises israéliennes et plus de 75% pour les sociétés américaines !

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • price77 le lundi 4 juin 2012 à 10:51

    encore un expert analyste!!!! qui nous explique après coup c'est très fort!!!! comme d'habitude. rien de nouveau sous le soleil...

  • dcabon le vendredi 1 juin 2012 à 13:57

    Le commentaire sur FB est un peu facile a posteriori. Mais il est vrai que le management de FB est très "spécial". L'analyse cloud sans être nouvelle est pertinente. On va effectivement assister à des émergences ... et à des faillites liées à cloud. Vae Victis aux entreprises du secteur qui n'ont pas DÉJÀ pris le tournant.

  • hriey le jeudi 31 mai 2012 à 23:02

    Encore un qui nous explique quinze jours après l'introduction qu'il était très négatif sur le titre et n'en a évidemment pas acheté. C'est facile la bourse comme ça; on a toujours raison !

  • dugan le jeudi 31 mai 2012 à 15:59

    En effet, le titre Facebook était réservé au marché Américains et aux Américains, c'est bien normal !! les franchouillards sont trop petits pour bénéficier de cette manne financière à venir ...

  • 83301150 le jeudi 31 mai 2012 à 13:14

    excellent, comme toujours ! ...

  • deiniss le jeudi 31 mai 2012 à 10:36

    bonne analyse... je pense que fb peut faire parti d'un portefeuille,mais je ne parirais pas sur un bénéfice immédiat, mais en diversifiant je pense que ce seras un bon titre .