Benoît Descourtieux (Oriental Patron) : « La plupart des sociétés chinoises de qualité sont cotées à Hong Kong »

Boursorama le 09/10/2012 à 18:00
1
Peu de sociétés chinoises créent de la valeur pour l’actionnaire, la plupart sont cotées à Hong Kong (marché H) selon Benoît Descourtieux, gérant du fonds The China Organic Growth Fund et président d’Oriental Patron IM, groupe d'investissement basé à Hong Kong.

Gérant basé à Hong Kong et spécialiste du marché chinois, vous êtes de passage à Paris. Investir directement en Chine est-il vraiment opportun par les temps qui courent ? N’est-il pas préférable de se positionner sur des entreprises occidentales réalisant une partie de leur activité dans l’Empire du Milieu ?

Benoît Descourtieux : Oui, l’investissement en Chine est incontournable pour qui veut capter le potentiel de croissance de ce géant de l’économie mondiale. Mais étant installé dans la région depuis 25 ans (Japon, Hong Kong), je peux vous confirmer qu’il est risqué d’investir sur ce marché sans le connaître parfaitement. Je comprends que certains préfèrent se positionner de préférence sur les titres des multinationales étrangères installées en Chine et affichant des marges plus élevées. Mais je leur opposerais deux arguments : d’abord, il y a un effet dilution pour des entreprises européennes ou américaines qui ne réalisent en Chine qu’une partie de leur chiffre d’affaires. Ensuite, l’investissement en Chine pour ces multinationales n’est pas forcément profitable depuis une décennie. La croissance de l’activité y est élevée mais la rentabilité financière n’est pas au rendez-vous. Idem pour de très nombreuses sociétés chinoises. C’est là que notre expertise intervient : nous recherchons dans l’univers chinois des entreprises vraiment profitables. Bien souvent, une croissance trop rapide, en vue de gagner des parts de marché, se révèle très coûteuse pour l’actionnaire. Il faut donc agir en stock-picker averti, implanté sur place.

Vous avez lancé récemment le fonds The China Organic Growth Fund. Quelle est votre philosophie de gestion ?

B.D : Beaucoup d’investisseurs se réfèrent à des styles de gestion particuliers : « value », « growth » etc. Nous préférons le « quality investing », c’est à dire investir dans des sociétés dont les profits comptables et la génération de cash sont relativement parallèles. Quand ces courbes divergent, il faut financer la différence par de la dette, ce qui est d’autant plus pénalisant dans un contexte de désendettement général. La génération de cash flow, voilà le premier critère que l’on regarde...

Le marché des valeurs chinoise est complexe à appréhender pour les investisseurs étrangers. Sur quels segments investissez-vous ?

B.D : Oriental Patron est un groupe chinois privé et indépendant, créé à Hong Kong en 1993 par trois familles chinoises, deux originaires de Chine continentale et une de Hong Kong. Notre groupe d’investissement compte aujourd’hui une centaine de collaborateurs avec 1,5 milliard de dollars de fonds propres. Nous avons la possibilité d’investir sur les trois marchés : A (marché chinois pour investisseurs domestiques), B (marché chinois pour investisseurs domestiques et étrangers) et H (sociétés cotées à Hong Kong). Mais indéniablement, il y a davantage de sociétés de qualité sur le marché H.

Combien de valeurs suivez-vous ?

B.D : Nous suivons un univers d’environ 350 titres dont 92 sociétés jugées de qualité.

Quels secteurs vous intéressent dans le contexte actuel ?

B.D : D’abord, nous écartons des pans entiers de l’économie chinoise qui ne sont pas profitables : valeurs financières, immobilières ou énergétiques. En revanche, les entreprises liées à l’habillement, l’agro-alimentaire, la pharmacie ou la technologie dégagent des marges beaucoup plus élevées.

Tout de même, le ralentissement en cours de l’économie chinoise n’est-il pas une source d’inquiétudes ?

B.D : Si la croissance du PNB ralentit en effet, nous restons toutefois sur un niveau de croissance annuelle de 7,6% (sur 12 mois, au 30/06/2012). Ce ralentissement relatif constitue même une source d’opportunités. Une croissance très élevée est généralement coûteuse en capital. De même, la Chine n’est pas véritablement un pays mais un continent. Les provinces côtières les plus développées connaissent une croissance moins rapide. On observe un déplacement de la croissance vers le centre du pays. A nous d’en saisir les opportunités !

Des exemples ?

B.D : Je citerais AAC Technologies, leader mondial des solutions acoustiques pour les Smartphones. Ils fournissent aussi bien Apple, Samsung, HTC, RIM (Blackberry), Nokia ou Sony. Chaque composant coûte entre 1,5 et 2 dollars et s’avère très sensible en termes d’interférences avec les autres composants du téléphone. Les fabricants ne peuvent se permettre de négocier les prix pour quelques centimes auprès d’autres fournisseurs qui n’atteignent pas leur niveau. Résultat, la société dégage des marges nettes au dessus de 25%. En 2012, leur croissance dépassera les 40% avec la sortie de l’iPhone5 (+25% attendu en 2013). J’évoquerais également Trauson, le spécialiste des prothèses orthopédiques pour le marché domestique. Les clients chirurgiens des hôpitaux chinois utilisent ces solutions depuis 1986 ! Une solution Trauson coûte trois fois moins cher qu’une solution importée. Enfin, je mentionnerais le fabricant de chaussures Belle International (femmes/chaussures de sport). L’entreprise dispose de 13.000 points de vente en Chine. La tenue vestimentaire des Chinois a considérablement évolué ces dernières années et une entreprise comme Belle International arrive à tirer son épingle du jeu.

Propos recueillis par Julien Gautier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • gadjo92 le jeudi 11 oct 2012 à 06:29

    Ceux qui pronent le demantelement de l' Europe ou de l'€uro vont peut etre finir par comprendre qui si l'Europe ne reste pas unie, d'10/15 ans chaque pays se fera dicter sa conduite economique ou politique par la Chine, le Bresil, la Russie ou les USA si ils ont tjrs la ?