Benjamin Netanyahu sanctionné en Israël et contraint de composer

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LE LIKOUD DE NETANYAHU EN TÊTE DES LÉGISLATIVES EN ISRAËL
LE LIKOUD DE NETANYAHU EN TÊTE DES LÉGISLATIVES EN ISRAËL

par Alistair Lyon

JERUSALEM (Reuters) - Sanctionné mais reconduit, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, est désormais confronté à la rude tâche de former une coalition gouvernementale viable.

L'issue des élections législatives de mardi, qui ont propulsé le parti centriste Yesh Atid, nouveau venu en politique, au rang de deuxième force parlementaire, montre que les préoccupations quotidiennes des Israéliens l'ont emporté sur les grands enjeux internationaux.

Après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins, le Likoud, dont le chef du gouvernement est issu, et son partenaire ultranationaliste Israël Beïtenou étaient crédités de 31 des 120 sièges de la Knesset, onze de moins que dans la dernière législature. Son groupe parlementaire restera de loin le plus important, mais la droite toutes tendances confondues atteint tout juste la majorité.

"Un revers pour Netanyahu", titre mercredi le Yediot Ahronot, plus gros tirage de la presse quotidienne, qui comme ses confrères, prend acte du beau score de Yesh Atid.

Le parti centriste, dont le nom signifie "Un avenir existe", décroche 19 sièges, selon les projections. Comme le Parti travailliste, troisième avec 15 élus, il a su convaincre une classe moyenne laïque confrontée à l'augmentation du coût de la vie et mécontente de l'exemption des obligations militaires accordée à des ultraorthodoxes dépendants de l'aide publique.

Le Premier ministre sortant, qui s'est largement appuyé sur les partis religieux au cours de ses deux premiers mandats, a d'emblée tendu la main aux centristes en disant vouloir former une coalition aussi large que possible. Les tractations risquent néanmoins de prendre de longues semaines.

Yaïr Lapid, ex-présentateur de télévision devenu chef de file de Yesh Atid, a fait de la conscription des étudiants en théologie ultraorthodoxes et de la reprise du processus de paix israélo-palestinien ses deux arguments-phares de la campagne.

"Quiconque veut faire entrer Yesh Atid dans une coalition doit prendre en compte ces deux choses", a rappelé mercredi Ofer Shelah, membre influent de la formation, au micro de la radio militaire.

"GOUVERNEMENT DE RÊVE"

Si le Premier ministre a fait de l'Iran et de son programme nucléaire qui inquiète les pays occidentaux et Israël la première de ses priorités, celui des négociations avec les Palestiniens n'en fait plus guère partie.

Malgré l'opposition de ses partenaires occidentaux et des relations déjà très tendues avec le président américain Barack Obama, Benjamin Netanyahu s'est engagé à poursuivre la colonisation de la Cisjordanie occupée depuis 1967, ce qui laisse peu de chances à la relance du processus de paix. Le poids du centre pourrait toutefois l'amener à revoir ses positions sur le sujet.

Coté palestinien, on doute que l'issue du scrutin puisse être bénéfique au processus de paix, y compris si les centristes entrent au gouvernement.

Pour l'éditorialiste du quotidien Al Qods, leur présence, purement "décorative", n'empêcherait pas le Premier ministre de poursuivre la colonisation et de berner l'opinion mondiale.

"Nous ne cherchons pas à faire la paix avec tel ou tel parti israélien", a quant à lui commenté Saëb Erekat, négociateur en chef de l'Autorité palestinienne. La paix, a-t-il répété, passe par la création d'un Etat palestinien et par sa coexistence pacifique aux côtés d'Israël.

Pour Amram Mitzna, membre d'Hatnua, autre parti centriste formé par l'ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, le scrutin de mardi a "enrayé la dérive droitière de la société israélienne".

Invitant le Premier ministre à prendre acte du message des électeurs, il a évoqué la formation d'un "gouvernement de rêve", qui rassemblerait le Likoud, la gauche et le centre.

A l'extrême droite, Bayit Yehudi, le "Foyer juif" de Naftali Bennett qui prône l'annexion de 60% de la Cisjordanie, reste toutefois un partenaire de choix pour le Premier ministre, bien qu'il n'ait pas connu le succès annoncé par les sondages.

"Il n'y pas deux discours, ni deux vérités. Il n'y en a qu'une et elle est simple. La terre d'Israël appartient au peuple d'Israël", a martelé son chef de file dans son discours post-électoral.

"La mission de notre génération est de restaurer l'âme juive du peuple d'Israël. Un 'printemps juif' arrive en Israël", a-t-il ajouté.

Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Pascal Liétout

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