Bénéfice record pour la BdF grâce à la crise de l'euro

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BÉNÉFICE RECORD POUR LA BANQUE DE FRANCE
BÉNÉFICE RECORD POUR LA BANQUE DE FRANCE

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La Banque de France a annoncé jeudi un doublement de son bénéfice net en 2012, au niveau record de 3,15 milliards d'euros, en tirant profit des mesures prises par la Banque centrale européenne pour stabiliser la zone euro en crise.

Les rendements élevés des titres de dette souveraine de pays en difficulté rachetés par la BCE ou ses opérations de refinancement massif des banques ont eu pour effet de faire exploser les revenus d'intérêts de l'Eurosystème, dont la Banque de France détient 20% des parts.

Le bénéfice net de la banque centrale française est ainsi ressorti pour 2012 à 3,15 milliards d'euros, contre 1,57 milliard en 2011.

Il intègre une dotation de précaution de 1,85 milliard d'euros à son fonds pour risques généraux (FRG) et un impôt sur les sociétés record de 3,11 milliards d'euros bienvenu pour l'Etat français, au moment où la stagnation de l'économie le contraint à décaler ses objectifs de baisse du déficit public.

"Je dois être le seul chef d'entreprise à ne pas me réjouir d'avoir un résultat aussi bon", a commenté le gouverneur de la banque de France, Christian Noyer, au cours d'une conférence de presse. "Je préférerais ne pas avoir ces résultats et que les économies ne soient pas en crise."

Avant impôt et dotation au FRG, le bénéfice courant s'est élevé à 8,1 milliards d'euros, en hausse de 43%, grâce à un bond de 35% des produits nets d'intérêts.

Ceux-ci ont été dopés par l'effet en année pleine du programme d'achat de titres souverains (SMP) mis en place par la BCE entre le deuxième semestre 2011 et début 2012, qui portait sur des titres de rendement élevé émis par des pays en difficulté, pour apaiser les tensions sur les marchés.

Les revenus de la Banque de France ont profité également des effets d'une autre "mesure non conventionnelle" de politique monétaire de la BCE, les deux opérations de refinancement à 3 ans (LTRO) lancées fin 2011 et début 2012 pour alimenter les marchés interbancaires en panne de liquidité.

TAILLES DE BILAN ET RISQUES ACCRUS

D'un montant global de 1.000 milliards d'euros, elles se sont accompagnées d'une hausse des dépôts des établissements de crédit au passif des banques nationales de l'Eurosystème, donc des intérêts perçus par celles-ci.

Christian Noyer a souligné que la crise avait eu pour effet d'augmenter la taille de bilan et le résultat de la Banque de France, mais aussi son profil de risque du fait de la forte croissance des encours au bilan.

Pour y faire face, l'institution a décidé une dotation de 1,85 milliard d'euros à son FRG, une réserve de précaution pour faire face à des risques que la banque ne pourrait couvrir à partir de son résultat courant, dont l'encours atteint désormais 5,66 milliards d'euros.

Par comparaison, la Bundesbank a porté son propre FRG à 14,4 milliards d'euros avec une dotation de 6,7 milliards inscrite dans des comptes 2012, soldés par un bénéfice net de 664 millions d'euros.

Interrogé sur cette différence, Christian Noyer a fait valoir que la banque centrale allemande avait une part de l'Eurosystème (28%) supérieure à celle de la Banque de France et qu'elle intégrait dans ce fond des provisions pour risque de change comptabilisées à Paris dans une réserve spéciale.

L'essentiel de l'écart repose cependant sur une analyse plus pessimiste de la "Buba", qui n'a pas jamais caché ses critiques sur la politique d'achats de titres de dettes de la BCE et s'inquiète ouvertement de la qualité de son bilan.

Le FRG constitue une partie substantielle des fonds propres de la Banque de France, qui sont passés depuis 2007, année d'avant la crise, de 4 milliards à près de 12 milliards d'euros.

La Banque de France a par ailleurs décidé de ne pas annoncer pour l'instant le dividende qu'elle versera à l'Etat au titre de ses résultats 2012, après celui de 877 millions d'euros en 2011.

Elle attend que le gouvernement finalise les modalités de participation de la France au deuxième plan de sauvetage de la Grèce adopté en 2012, qui prévoient, comme pour le premier, la restitution à Athènes des intérêts perçus par la Banque de France au titre des obligations de l'Etat grec qu'elle détient.

Le montant brut de ceux-ci s'est élevé à 450 millions d'euros en 2012.

Yann Le Guernigou, édité par Jean-Baptiste Vey

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