Bénéfice du doute sur les marchés à la veille du 1er tour

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Bénéfice du doute sur les marchés à la veille du 1er tour
Bénéfice du doute sur les marchés à la veille du 1er tour

par Raoul Sachs et Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - Economistes et analystes sont loin d'être unanimes à la veille du premier tour de la présidentielle sur l'impact que pourrait avoir le scrutin sur les marchés et sur la dette de la France.

Cette incertitude s'est traduite par une relative fébrilité sur le marché de la dette française, dont la résistance a été testée jeudi à l'occasion d'une rumeur de dégradation de la note souveraine de la France.

"La poursuite de l'écartement (entre les taux français et allemand) dépendra de la visibilité que pourra donner le prochain président de la République sur le cadre fiscal qu'il compte mettre en oeuvre, et ceci sera fonction de la cohérence entre la présidence et la majorité dont elle disposera à l'Assemblée", indique CM-CIC Securities dans une note.

Les résultats du premier tour, dimanche, permettront de mesurer l'influence que les extrêmes pourraient avoir sur la physionomie de la prochaine Assemblée nationale, alors qu'une majorité socialiste siège au Sénat et qu'une victoire de François Hollande au second tour de la présidentielle est vue comme l'issue la plus probable parmi les professionnels de marché.

L'incertitude, s'accordent-ils à dire, demeurera jusqu'aux législatives de juin, l'annonce du gouvernement qui en sortira et les décisions que celui-ci prendra pour réduire les déficits budgétaires.

Mais, précise Guillaume Menuet, économiste chez Citigroup, "les marchés pourraient réagir négativement, particulièrement si le candidat de l'extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon arrive troisième, permettant à son parti et à ses alliés communistes d'influencer l'orientation politique, même à la marge".

"LA DETTE RÉSISTE BIEN"

Un stratégiste taux d'une grande banque, qui note la relative stabilité des sondages d'intentions de vote, ne voit pas de mouvement d'ampleur sur le marché à moins que les deux finalistes ne soient pas Nicolas Sarkozy et François Hollande.

"Il n'y aura pas forcément de flux vendeur comme il n'y a pas de flux acheteur. Comme en ce moment, les gens resteront sur le côté", dit-il. Il relève qu'actuellement, "(malgré) l'absence de flux acheteur, la dette française résiste bien", alors même que les inquiétudes entourant la zone euro sont de retour.

Le taux français à 7 ans, maturité correspondant à la durée moyenne de la totalité de la dette française, varie depuis un plus bas à 2,28% début février à 2,5% actuellement, soit une variation de 22 points de base seulement.

De nombreux investisseurs soulignent que l'actualité des marchés continuera de tourner autour de la situation financière des pays 'périphériques' de la zone euro, quel que soit le prochain locataire de l'Elysée.

"Nous continuons à penser que le premier facteur d'évolution des spreads français sera l'évolution des spreads périphériques et les perspectives macroéconomiques de la crise de la dette en zone euro", écrivent les économistes et les stratégistes de Barclays. "Les élections ne seront qu'un facteur secondaire derrière l'Espagne et l'Italie."

En revanche, pour Robert Crossley, stratégiste taux chez Citigroup, "le marché semble serein, à tort, sur la perspective de victoire de Hollande. Cette victoire risque de se traduire par une défaite sur le front de l'économie et de la confiance des marchés".

"Même en écrémant la rhétorique électorale, l'hostilité de Hollande pour le monde des affaires et son manque d'expérience en matière de finances et de marchés obligataires commencent à ébranler la fragile confiance des marchés", affirme-t-il.

Il conseille cependant d'acheter la dette de la France à la faveur de l'écartement des spreads (écart de rendement avec la dette allemande, référence de la zone euro) liés aux incertitudes politiques, cet écartement devant être selon lui temporaire. Il suggère ainsi d'acheter des emprunts d'Etat français à 10 ans et de vendre des obligations autrichiennes ou belges de même maturité.

En attendant dimanche, le spread entre le rendement de l'emprunt français à 10 ans et son équivalent allemand s'est écarté 29 points de base (pdb) depuis le 12 avril, à 140 pdb. Le taux de l'emprunt français à 10 ans s'est, lui, tendu de 21 pdb à 3,10%.

Sur le marché très peu liquide des CDS souverains, sorte de contrat d'assurance contre un défaut de paiement, le spread du CDS à 5 ans de la France est passé de 177 à 210 points depuis le 12 avril.

Sur le marché des actions, des stratégistes conseillent de rester à l'écart des valeurs françaises tournées vers leur marché domestique mais d'acheter l'indice CAC 40.

"Le CAC 40 n'est pas la France", écrivent ceux de Credit Suisse, qui précisent que 66% du chiffre d'affaires des 40 sociétés de l'indice phare de la Bourse de Paris sont réalisés hors de France, et 36% hors de la zone euro.

Edité par Dominique Rodriguez

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