Belvédère va bientôt céder des actifs pour solder sa dette

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par Pascale Denis et Alice Cannet

PARIS (Reuters) - Belvédère s'apprête à réaliser une importante cession d'actifs pour tirer un trait sur sa dette et repartir de l'avant, a déclaré à Reuters le PDG du groupe de spiritueux englué depuis des années dans un conflit avec ses créanciers.

La société placée en redressement judiciaire valorise l'ensemble de ses actifs à plus d'un milliard d'euros. Sa dette atteint aujourd'hui 520 millions d'euros.

Elle pourrait donc se séparer d'ici un mois d'une de ses trois grandes marques: la vodka Sobieski, sa pépite créée il y a une quinzaine d'années et devenue la 7e marque mondiale de vodka, les liqueurs Marie Brizard dont l'acquisition est à l'origine des maux de l'entreprise, ou le scotch whisky William Peel, le plus vendu en France.

"Nous avons décidé de vendre d'importants actifs pour rembourser toutes nos dettes le plus vite possible et repartir sur des bases saines", a déclaré Krzysztof Trylinski, cofondateur de Belvédère, sans plus de précision sur l'actif concerné ni sur les acheteurs potentiels.

La transaction, pilotée par les conseils Messier & Maris, "devrait être bouclée dans le mois qui vient", a-t-il ajouté.

Sommé par les tribunaux de vendre Marie Brizard en 2010, Belvédère n'était pas parvenu à trouver acquéreur, les discussions ayant échoué sur le prix.

Le groupe s'était placé en procédure de sauvegarde en 2008 pour se protéger de ses créanciers qui lui réclamaient le remboursement de l'ensemble de ses 375 millions de dette contractée en 2006 sous forme d'obligations à taux variables pour financer l'acquisition de Marie Brizard.

Cette demande, motivée par une rupture des covenants bancaires sur une question technique de seuil d'auto-contrôle, était impossible à satisfaire, selon Krzysztof Trylinski, pour qui elle était aussi guidée par le souhait des créanciers de "mettre simplement la main sur les actifs du groupe".

La dette de Belvédère est majoritairement détenue par le fonds Oaktree Capital Management, propriétaire d'un des concurrents du groupe en Pologne, Stock Spirits.

"DES IDÉES EN PORTEFEUILLE"

Dans un marché de la vodka en pleine effervescence, Sobieski pourrait être la plus facile à vendre.

La marque, qui a vendu 2,9 millions de caisses en 2010, selon les données de l'institut IWSR spécialisé dans les vins et spiritueux, reste encore très modeste par rapport aux poids lourds Smirnoff, numéro un mondial et propriété du britannique Diageo (22,9 millions de caisses) et Absolut, numéro deux, propriété du français Pernod Ricard (11 millions de caisses).

Mais l'américaine Pinnacle, d'une taille semblable à celle de Sobieski, vient d'être rachetée par Beam pour 605 millions de dollars. Aux Etats-Unis, premier marché mondial de la vodka en valeur, cet alcool connaît un des plus forts taux de croissance du marché des spiritueux.

Outre une cession, Belvédère mise sur ses talents d'innovation pour renouer avec la rentabilité.

"Nous savons créer des marques et créer de la valeur ajoutée", a assuré Krzysztof Trylinski, un ancien international polonais de handball qui a fondé Belvédère en 1991 avec Jacques Rouvroy, démissionnaire.

"Nous avons déjà des idées en portefeuille, nous poursuivrons notre chemin."

Le groupe a révolutionné le marché de la vodka en inventant de luxueuses bouteilles en verre satiné ou sérigraphié, aux effets de loupe, vendues entre 20 et 30 dollars et abondamment copiées par ses concurrents.

Au terme d'un épique conflit avec un distributeur américain, il a dû céder en 2000 la marque qui porte son nom, la "Belvédère", au groupe LVMH pour 20 millions d'euros.

Il a cependant su rebondir en lançant la "Vodka for Orange" aux Etats-Unis, à base de distillation de mélasse d'oranges de Floride, ou la Krupnik devenue en un an seulement leader en Pologne, quatrième marché mondial de la vodka.

Plombée par le coût de sa dette, Belvédère a accumulé les pertes : 53,8 millions d'euros en 2010 après 177,6 millions en 2009. Mais le chiffre d'affaires 2011 a atteint 910 millions d'euros, signant une hausse de 8% à données comparables, et l'Ebitda est "positif", a indiqué le PDG du groupe, dont les comptes 2011 ne sont pas encore publiés.

En Bourse, l'action Belvédère s'adjugeait 12% à 41,9 euros à 10h45, faisant ressortir une capitalisation de 131,4 millions d'euros. Le titre perd près de 13% de sa valeur depuis début janvier après en avoir perdu autant en 2011.

Edité par Dominique Rodriguez

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