BCE-Une baisse du taux de dépôt risque de compliquer le QE

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par Marius Zaharia LONDRES, 27 octobre (Reuters) - L'annonce par le président de la Banque centrale européenne d'une possible baisse de taux risque de compliquer la mise en oeuvre de son programme d'assouplissement quantitatif destiné à soutenir la croissance et l'inflation au sein de la zone euro. Depuis que Mario Draghi a évoqué la possibilité d'une baisse du taux de dépôt en dessous du niveau plancher qu'il avait fixé il y a un an environ à -0,20%, les marchés de taux se sont ajustés et les rendements ont décalé à la baisse. En conséquence, plus de 100 milliards d'euros d'emprunts d'Etat allemands d'une maturité comprise entre trois et quatre ans, sont devenus inéligibles au programme d'achats d'actifs de la BCE qui s'est imposée de ne pas acquérir sur le marché de titres dont les rendements sont inférieurs au taux de dépôt. Bien sûr, le problème pourrait s'avérer temporaire, la BCE n'étant pas menacée dans l'immédiat d'une pénurie de titres d'Etat allemands et une éventuelle baisse des taux en décembre pouvant réintégrer dans le champ des titres éligibles certains de ceux qui se traitent actuellement avec un rendement inférieur à -0,20%. 0#DETSY=TWEB Toutefois, si l'inflation peine toujours à remonter et si la Réserve fédérale américaine persiste à reporter la hausse de ses taux directeurs, les marchés de taux européens risquent d'anticiper une poursuite de la baisse de ses taux par la BCE, poussant les rendements toujours en dessous d'un taux de dépôt pourtant déjà abaissé. Des baisses progressives du taux de dépôt perpétueraient ainsi le problème de l'inégibilité de certains titres, préviennent des analystes. La BCE a toujours dit que la question d'une pénurie de titres pour la mise en oeuvre de son programme d'assouplissement ne se posait pas mais investisseurs et stratèges n'ont jamais caché leurs doutes sur sa capacité à trouver suffisamment d'obligations publiques allemandes si le programme d'assouplissmeent quantitatif devait être prolongé ou augmenté. LA BAISSE, MAIS JUSQU'OÙ ? "Les baisses de taux anticipées par les marchés sont problématiques avant même qu'elles soient réalisées par la BCE. Cela pourrait pousser à une action résolue pour prévenir les anticipations de marché sur des baisses à venir", a dit Alexander Wojt, stratège taux chez Morgan Stanley. Sans spéculer sur l'ampleur de la baisse que la BCE pourrait décider, il recommande à ses clients de se préparer à des taux de marché plus bas au tout début de l'année prochaine, mettant en avant que les banques centrales suisse, suédoise et danoise ont des taux directeurs bien en-dessous de ceux de la BCE. Le taux de dépôt suédois est le plus faible, à -1,1%. Plusieurs facteurs pourraient limiter le casse-tête de la BCE même si elle opte pour des baisses de taux progressives. Avec le recul des rendements sur toute la courbe, les prix des obligations montent et les achats de la BCE ont donc d'autant plus d'effets. Les stratèges de DZ Bank estiment que la BCE pourrait rencontrer des limites à ses achats d'obligations allemandes en août 2016 si le taux de dépôt était réduit à -0,30%. Sur la base des prix actuels et sans baisse du taux de dépôt, ces limites seraient atteintes dès juin prochain. Une hausse des taux par la Réserve fédérale rendrait de tels calculs caducs. Attendue de longue date, elle n'a cessé d'être repoussée en raison du ralentissement économique chinois, de la baisse des prix des matières premières et de la faiblesse persistante de l'inflation. Si elle intervient, elle affaiblira l'euro et réduira le besoin d'une baisse de ses taux par la BCE. "Les marchés anticipent déjà des baisses du taux de dépôt mais si quelque chose peut perturber ce scénario... c'est bien l'annonce d'une hausse des taux par la Fed", prévient Emile Cardon, économiste chez Rabobank. Renoncer à la règle prohibant les achats de titres dont le rendement est inférieur au taux de dépôt reviendrait pour la BCE à transférer aux marchés le soin de fixer le niveau des taux et la plupart des analystes excluent cette possibilité. Beaucoup d'entre eux soulignent aussi qu'il y a des limites à la baisse des taux en raison des pertes induites pour les banques qui peuvent difficilement répercuter des taux négatifs sur tous leurs clients. Les ménages, en particulier, pourraient préférer garder leurs liquidités chez eux plutôt que de payer leur banque pour qu'elle les conserve. "Pourquoi les banques centrales veulent-elles taxer le système financier (...) tout en lui demandant de lever des capitaux et de se réformer, tout cela pour un éventuel affaiblissement temporaire du taux de change? Ça me dépasse", s'emporte Erik Nielsen, économiste en chef d'UniCredit. (Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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