BCE : Draghi reste flou et se dirige vers une baisse des taux.

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La conférence de presse du président de la BCE hier était au moins univoque sur un point : les problèmes structurels persistent dans la Zone Euro et continuent de peser sur la croissance de la plupart des Etats membres. Mario Draghi a insisté sur le fait que désormais, le ralentissement touche même les pays qui ne sont pas concernés par la fragmentation du marché du crédit. L'OMT a donc permis d'éviter le pire (suite au blocage politique en Italie ou à la crise chypriote), mais le transfert de la politique monétaire accommodante vers l'économie réelle ne se fait toujours pas. Sur ce sujet, M. Draghi a déclaré que la BCE réfléchissait à de nouveaux outils "non conventionnels" mais est resté très vague. Pour le moment, le seul véritable outil est finalement assez classique : c'est la promesse de maintenir les taux directeurs extrêmement bas pour une durée indéterminée. Ces déclarations ont plutôt déçu les marchés... Enfin, les déclarations du président de la banque centrale laissent présager une baisse des taux (sans doute le taux de repo) dans les semaines ou mois à venir. En effet, il s'est montré beaucoup plus soucieux de la faiblesse de la croissance que lors de la dernière conférence de presse.

Pour Mario Draghi, le principal problème est l'absence de transmission entre la politique monétaire extrêmement accommodante mise en place par son institution et l'économie réelle. Le marché attendait donc de nouvelles mesures concrètes sur ce point. Les investisseurs ont été déçu. En effet, Monsieur Draghi est resté flou. Il a concédé que la BCE réfléchissait à de nouvelles mesures "non conventionnelles" pour mettre de l'huile dans le mécanisme de transmission, notamment pour favoriser le crédit aux PME, mais sans donner de précision. Par ailleurs, il a tout de suite déclaré que beaucoup avait déjà été fait sur ce point. Ce qui est une sorte d'aveux d'échec. Le risque est donc que la BCE apparaisse impuissante sur ce front. Cela ternirait l'image de la dernière institution qui conserve une forte crédibilité aux yeux des investisseurs et des marchés financiers.

Surtout Monsieur Draghi a continué en expliquant tout ce que la BCE ne pouvait pas faire, c'est à dire tout ce qu'il ne faut pas attendre d'elle. "La BCE ne peut pas recapitaliser les banques. La BCE ne peut pas compenser l'inaction des gouvernements. La BCE ne peut pas compenser l'inaction sur le front des réformes structurelles". Ce discours très libéral, ce qui n'est pas étonnant venant de Draghi, visait donc à montrer que la BCE a déjà beaucoup fait et que son président attend désormais que les gouvernements agissent à leur tour. Une manière pour M. Draghi de mettre la pression sur les politiques, notamment en Italie et en Espagne...

Enfin, sur ce que la BCE peut et ne peut pas faire, il a ajouté que les actions de la BCE devaient s'inscrire dans le cadre constitutionnel qui lui est fixé. En d'autres termes, la BCE n'est pas la FED, la BoE ou la BoJ et ne peut donc pas utiliser les mêmes outils (la Bank of Japan a sorti le bazooka hier en annonçant une forte augmentation des achats d'obligations souveraines sur des maturités plus longues que précédemment).

Concernant les Etats membres de la Zone Euro:

  • Monsieur Draghi est revenu sur le cas chypriote. Il a redit fermement qu'il ne s'agissait aucunement d'un exemple et que la solution utilisée ne le sera pas à nouveau dans un autre pays
  • Sur l'Italie, il s'est félicité de la manière dont l'OMT a contenu toute tentative des marchés de pénaliser le blocage politique actuel
  • Concernant le retour de l'Irlande sur le marché et l'égibilité à l'OMT, Mario Draghi a répété les étapes à suivre et les conditions à remplir pour qu'un pays puisse en bénéficier
  • Ce dernier point a également inquiété les investisseurs au sujet d...u Portugal. En effet, le pays fait face à un environnement de faible inflation et très faible croissance, difficilement compatible avec ses taux d'emprunts actuels. Du coup, si les standards pour bénéficier de l'OMT sont trop hauts, les investisseurs pourraient craindre que le Portugal ne doive se débrouiller seul...

Conclusion

Au final, la conférence de presse a plutôt déçu les investisseurs. Mais depuis le début de la crise des dettes souveraines, l'Europe fonctionne alternativement par des actions de la BCE et des réformes politiques... Après l'intervention de l'été dernier et la création de l'OMT, Draghi veut laisser la main aux politiques. Il profite en cela du calme relatif qui règne sur les marchés depuis le début de l'année grâce à cet OMT qui continue de jouer son rôle de stabilisateur fantôme : les adjudications italiennes et espagnoles se passent bien ; malgré les couacs, la crise chypriote n'a pas fait trop de dégâts. Tant que les choses restent en l'état, Draghi va donc sûrement rester dans un rôle d'observateur et presser les gouvernements à agir. Seule petite inquiétude plus marquée sur la croissance, ce qui fait dire à la plupart des observateurs qu'une baisse des taux pourrait avoir lieu dès le mois prochain.


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