Bayrou se prononcera ce jeudi, la neutralité l'emporterait

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Bayrou se prononcera ce jeudi, la neutralité l'emporterait
Bayrou se prononcera ce jeudi, la neutralité l'emporterait

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - François Bayrou devrait dévoiler ce jeudi sa position pour le second tour de l'élection présidentielle, un tournant cornélien pour le dirigeant centriste qui ne devrait pas donner de consigne de vote mais émettre un jugement personnel sur les finalistes, selon des proches.

Le président du MoDem, qui a subi un échec cuisant au premier tour en divisant son score de 2007 par deux (9,13%), avait affirmé dès le résultat connu qu'il prendrait ses "responsabilités" pour ce scrutin qu'il juge crucial pour la survie du modèle social français.

Un engagement interprété par ses soutiens comme la promesse d'une consigne de vote, contrairement à 2007 où François Bayrou avait choisi de ne pas se prononcer entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, provoquant la désertion de la majorité de ses députés. Il avait confié plus tard avoir voté blanc.

Le président du Mouvement Démocrate, qui a adressé une lettre aux deux candidats mercredi dernier pour attirer leur attention sur ses priorités (désendettement, éducation, moralisation de la vie publique, etc.), s'est de nouveau penché sur leur programme tout autant que sur leur "attitude personnelle".

Ce dernier critère a été mis en exergue avec tant de soin par l'ex-candidat qu'il est apparu aux yeux de ses proches et des médias comme le signe avant-coureur d'une disqualification avant l'heure de Nicolas Sarkozy.

François Bayrou, qui avait qualifié le président sortant d'"enfant barbare" dans son pamphlet "Abus de pouvoir" (2009) n'a finalement jamais rendu les armes face au chef de l'Etat, l'accusant au lendemain du premier tour de "valider" les thèses du Front national.

"Un personnage grossier ne peut faire que des choses grossières", dit un membre de la garde rapprochée du dirigeant du MoDem, attestant de l'impossibilité de l'hypothèse Sarkozy.

L'APPEL DE JEAN-LOUIS BORLOO

Dans une lettre adressée mercredi, le président du Parti radical Jean-Louis Borloo, un ex-compagnon de route, presse François Bayrou de délivrer "un message clair au pays écartant le risque du programme socialiste et choisissant l'alliance de la droite et du centre".

"Plus que jamais le risque financier s'il n'est maîtrisé peut tourner à une crise sociale très grave dont les plus faibles seront les premières victimes", écrit-il dans cette missive rendue publique par son service de presse.

"La France n'en est pas là, pas encore. Le projet des gauches, naturellement plus facile à entendre, ne sera pas tenable, et tu le sais mieux que quiconque", poursuit Jean-Louis Borloo, soulignant connaître ses "interrogations", "réserves" et "réticences" à l'égard du président sortant. "Mais nous sommes sous la Ve République et au deuxième tour le choix est binaire".

Selon un sondage Harris Interactive réalisé les 25 et 26 avril, 41% des électeurs de François Bayrou porteraient leur choix sur le candidat socialiste au second tour, contre 36% qui opteraient pour Nicolas Sarkozy. Vingt-trois pour cent pensent s'abstenir ou voter blanc. Le dirigeant du MoDem proposait dans son programme la reconnaissance du vote blanc.

Le président-candidat a semblé lui-même tirer un trait sur la piste Bayrou et l'électorat centriste en écartant mardi l'idée de le nommer Premier ministre, en cas de réélection, comme le suggéraient plusieurs responsables de l'UMP.

LES LÉGISLATIVES EN PERSPECTIVE

Quant à François Hollande, le favori des sondages pour lequel plusieurs cadres du MoDem se sont prononcés dès après le premier tour, il est économiquement disqualifié aux yeux de François Bayrou, qui juge son programme "insoutenable".

Nicolas Sarkozy a insisté sur ce point dans sa réponse à la lettre de François Bayrou ("le candidat socialiste, pour sa part, ne propose aucune mesure de réduction des dépenses publiques") tandis que son adversaire faisait valoir son "sérieux budgétaire" et sa volonté de faire voter une loi de moralisation de la vie publique.

"Je suis personnellement d'avis de ne pas prendre position pour l'un des deux candidats", explique le député (ex-UMP) Daniel Garrigue, qui s'est rallié à François Bayrou.

"Je me bats depuis plusieurs années contre la 'sarkolisation', et quant à Hollande, en matière économique et financière, ça ne répond pas aux besoins du pays aujourd'hui", explique-t-il.

François Bayrou a promis une réponse "collégiale", qui devrait être soumise au conseil national du MoDem jeudi. L'ex-candidat annoncera sa décision par la suite, lors d'un point de presse à son siège de campagne ou sur une grande chaîne de télévision, a-t-on appris auprès de son entourage.

Ses proches prédisent "une position d'équilibre" qui prendrait en compte la perspective des élections législatives à la faveur desquelles François Bayrou ambitionne de rassembler la diaspora centriste.

S'il veut mener à bien son projet, le dirigeant du MoDem, dont le faible score ne lui assure pas automatiquement le leadership du centre, ne peut se permettre de s'aliéner une partie de ses troupes potentielles en tranchant pour tel ou tel.

La "famille" se divise en effet à l'approche du second tour entre pro-Sarkozy, pro-Hollande et neutralité. L'équilibrisme bayrouiste se jouera à cette aune.

Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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