Bayer: pour l'heure, la Bourse doute de l'OPA sur Monsanto.

le
0

(CercleFinance.com) - La “méga-fusion” entre Bayer et Monsanto, deux géants de l'agrochimie, semble actée. Reste qu'à Wall Street, l'action Monsanto se traite vers 103 dollars : il lui faudrait donc gagner près de 25% pour s'ajuster sur le cours de l'OPA, soit 128 dollars. Pourquoi cette décote de l'ordre de 20% ?

Sur le papier, l'affaire semble entendue : le 14 septembre, Bayer annonçait s'être enfin mis d'accord avec Monsanto en vue de proposer une OPA sur ce dernier, entièrement en espèces, au cours unitaire de 128 dollars par action. Cette opération à 66 milliards de dollars constituerait la plus importante acquisition réalisée par un groupe allemand aux Etats-Unis, ainsi que le 'jumbo deal' le plus massif de ces dernières années.

Hier encore, à l'occasion de sa journée stratégique, Bayer affirmait sa confiance en intégrant Monsanto dans ses prévisions à moyen terme. Sachant que la finalisation de l'opération est pour l'heure attendue fin 2017. Et que l'indemnité de rupture pour Monsanto en cas d'échec a été fixée à deux milliards de dollars !

Soit, mais le marché boursier ne l'entend pas de cette oreille : le 14 septembre, l'action Monsanto se traitait jusqu'à 107 dollars, un cours déjà inférieur au prix de l'OPA. Et la tendance n'a fait qu'empirer depuis lors, le titre s'échangeant désormais vers 103 dollars à Wall Street !

En toute logique, le cours de Monsanto devrait s'ajuster sur celui de l'OPA, surtout dans le cas d'une offre en cash. La persistance d'une décote s'explique par la nature bien spéciale de cet éventuel rapprochement, et les risques qui y sont associés.

Premier facteur menaçant le succès de l'opération : le risque concurrentiel. Alors que les opérations de grande taille n'ont pas manqué dans la chimie ces derniers temps (Syngenta-ChemChina, DuPont-Dow Chemicals), les régulateurs pourraient trouver à redire à ce 'deal' soit en le bloquant, soit en imposant plus de cessions que prévu. Il faut dire que le marché de l'agrochimie est déjà concentré, que la Commission européenne s'est montrée contrariante ces derniers temps, et que les autorités américaines pourraient l'être aussi.

Le risque de financement n'est pas éloigné non plus : selon Bloomberg, Bayer est en train de chercher à mettre en place une sorte de 'crédit-relais' de 57 milliards de dollars pour financer l'opération. Ce qui n'est pas infaisable, mais pas sans risque non plus. A la différence de ChemChina, émanation de l'Etat chinois, Bayer et Monsanto sont des groupes privés dont les garanties, si elles sont loin d'être nulles, sont cependant moins solides que celles de la puissance publique.

Le risque politique n'est pas non plus à négliger, alors que la campagne électorale américaine - elle n'est pas la seule - met notamment l'accent sur le protectionnisme économique.

N'oublions pas le risque “corporate” propre aux grandes fusions : après tout, les “méga-deals” Halliburton-Baker Hughes et Pfizer-Allergan ont été abandonnés en cours de route.

Rappelons enfin qu'une décote du même ordre a déjà été observée dans d'autres 'méga-fusions', par exemple celles d'AB InBev et de SABMiller parmi les brasseurs, ou de Syngenta-ChemChina dans... l'agrochimie déjà. Progressivement, les doutes avaient été levés les uns après les autres et in fine, le cours des cibles avait rejoint ceux des offres.

Reste à savoir si l'OPA sur Monsanto suivra ce même scénario. Ce dont les boursiers ne sont, pour l'heure, pas convaincus.

EG


Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant