Bayer: doutes boursiers sur un 'méga-deal' avec Monsanto.

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(CercleFinance.com) - Encore une mégafusion? Fort de plus de 70 milliards d'euros de capitalisation boursière, l'allemand Bayer, présent dans l'agrochimie avec par exemple l'insecticide Gaucho, propose de mettre la main moyennant 62 milliards de dollars (soit 122 dollars par action) sur l'américain Monsanto, connu pour son désherbant RoundUp et ses OGM. Une opération qui ne suscite pas l'enthousiasme des analystes.

Stratégiquement, quel est le sens de l'opération ? La croissance démographique planétaire et l'élévation globale du niveau de vie constituent de puissants catalyseurs pour la demande de produits agrochimiques, les terres arables étant, elles, limitées. Mais il sera aussi nécessaire de développer des produits plus efficaces, et donc de consacrer plus d'argent à la R&D.

Une certaine complémentarité est également de mise : Bayer se renforcerait ainsi sur le continent américain et en matière d'OGM, le coeur de métier de Monsanto. Sans oublier que mécaniquement, un groupe plus gros disposerait d'un pouvoir de fixation des prix plus élevé. Enfin, l'action Monsanto, qui début 2015 se traitait vers 120 dollars, est dernièrement retombée vers 90 dollars.

Et pourtant, les analystes n'y croient guère. Le bureau d'études Invest Securities estime que Bayer risque de payer cher (15,8 fois l'EBITDA de Monsanto). “Malgré la relution rapide des bénéfices par action liée à des synergies de ventes et de coûts évaluées à 1,5 milliard de dollars, nous restons sceptiques sur la stratégie plus long terme du groupe”, indiquent-ils. En effet, cette éventuelle opération risque d'obérer le développement des autres divisions de Bayer, comme la pharmacie.

Sans oublier les risques liés au financement (trois quarts en dette, un quart par levée de fonds) de l'opération. D'achat, Invest Securities a ramené son conseil à neutre sur Bayer, et sa cible de 130 à 104 euros.

De son côté, Société Générale se montre également dubitative sur ce 'deal', estimant qu'il ne générera aucune création de valeur avant fin 2019. Et qu'il laisserait de côté la division Pharma.

Chez Aurel BGC, on ajoute d'autres facteurs de risque : d'abord, la croissance de Monsanto est devenue faible. De plus, le groupe américain souffre 'd'une image catastrophique dans l'opinion, (et est) aussi confronté à de nombreuses difficultés dans certains pays où sa présence n'est plus franchement désirée'. Alors que par ailleurs, le Gaucho réputé 'tueur d'abeilles' ternit déjà l'image de Bayer. Ce qui constitue selon le spécialiste 'un risque significatif en termes de réputation.'

De plus, est-il si sûr que la demande agrochimique ne peut qu'augmenter ? “Certains champs sont déjà saturés en produits phytosanitaires et il n'est pas exclu que la tendance à l'avenir aille vers un moindre recours aux pesticides”, indique Aurel BGC, certains pays ayant fait de la réduction de la consommation de ces produits un objectif politique. “Si le potentiel de croissance semble substantiel dans les émergents car l'accroissement des rendements agricoles sera indispensable, Monsanto n'est pas forcément le mieux placé pour en profiter. Ses OGM effraient, l'historique du groupe dans des pays comme l'Inde pourrait dissuader les agriculteurs d'autres pays”, ajoute encore le spécialiste.

En outre, gare à la concurrence. “Après les deux opérations très structurantes pour le secteur que sont les rapprochements Dow Chemical - DuPont et Syngenta - ChemChina (...), il n'est pas évident que l'antitrust perçoive favorablement l'émergence d'un nouveau géant”, relève l'analyste parisien.

Enfin, le risque d'échec des méga-fusions est réel. Le mariage manqué d'Allergan et de Pfizer en constitue un exemple. Et dans un domaine connexe, les engrais, le rapprochement de l'américain CF Industries et du néerlandais OCI vient juste d'échouer.

Pour l'heure, ce qui est sûr, c'est que l'action Bayer continue de souffrir : alors qu'elle tutoyait son record vers 140 euros voilà un an, son mouvement de baisse s'est accéléré ces derniers jours et la ramène vers 86 euros.

EG


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