Bataille serrée pour la conquête de Rennes

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BATAILLE SERRÉE EN VUE POUR LA MAIRIE DE RENNES
BATAILLE SERRÉE EN VUE POUR LA MAIRIE DE RENNES

par Pierre-Henri Allain

RENNES (Reuters) - Solidement installée depuis 1977 à Rennes, la majorité socialiste et communiste se prépare à un verdict électoral moins confortable les 23 et 30 mars prochains face à une droite unie et plusieurs listes concurrentes à gauche.

Après la décision en 2012 du maire sortant Daniel Delaveau de ne pas se présenter pour un second mandat, c'est la jeune députée Nathalie Appéré, 38 ans, qui a été choisie pour défendre l'héritage du socialiste Edmond Hervé face au candidat UDI Bruno Chavanat, à la tête d'une liste d'union MoDem-Parti Breton-UMP.

Conseiller d'Etat et ancien membre du cabinet de Jean-Pierre Raffarin, cet énarque de 53 ans espère que son heure a sonné, misant sur l'usure du règne socialiste contesté notamment par le mouvement des "Bonnets rouges" contre l'écotaxe.

"Nous sommes à une période charnière face à des adversaires qui sont devenus des salariés de la politique et sont avant tout dans la préservation d'un héritage", estime le chef de file de "Osons Rennes". "C'est un pouvoir qui se parle à lui-même et a du mal à se remettre en cause."

Pour emporter les suffrages, l'adversaire de Nathalie Appéré entend "redonner la parole aux Rennais" et incarner une "rupture" en matière de fiscalité, d'urbanisme ou de création d'emplois.

L'EMPLOI EN TÊTE DE LISTE

Sur sa droite, il devra toutefois compter avec une liste "Bleu Marine" menée par Gérard de Mellon, 66 ans, cadre régional du Front National, une formation qui n'avait pas de candidat aux précédentes municipales mais pourrait sensiblement améliorer ses scores à Rennes.

Forte d'un bilan plutôt flatteur, avec un endettement maîtrisé et une première ligne de métro aujourd'hui plébiscitée, la première adjointe de Daniel Delaveau, qui présente une liste rajeunie et renouvelée, rassemblant PS, PC et radicaux de gauche, ne croit pas au scénario de l'alternance.

En ces temps de crise qui n'ont pas épargné la capitale bretonne, frappant notamment l'usine PSA ou le site d'Alcatel-Lucent, elle a fortement axé sa campagne sur l'emploi.

"Nous voulons jouer sur tous les leviers, favoriser la création de cellules artisanales en lien avec la rénovation urbaine, soutenir la recherche universitaire, agir pour la rénovation thermique des logements", dit la tête de liste PS.

Nathalie Appéré défend en outre deux projets de chantiers lancés lors du précédent mandat et qui continuent de faire polémique : la construction d'un Centre de congrès au c?ur de la ville et la réalisation d'une seconde ligne de métro pour 1,2 milliard d'euros.

CONCURRENCE À GAUCHE

Si l'utilité de cette seconde ligne est reconnue, elle n'en suscite pas moins des divergences sur son tracé et son financement. Celui-ci entraînera selon la majorité une incontournable majoration fiscale, tandis que Bruno Chavanat prône un programme avec "zéro euro" de hausse d'impôt.

Le Centre des congrès est quant à lui remis en cause par trois listes inédites, au centre et à gauche, qui risquent de faire autant d'ombre à la liste de Nathalie Appéré.

Europe Ecologie-Les Verts et le Front de gauche, qui se sont rassemblés pour proposer une alternative "citoyenne, de gauche et écologiste" avec l'espoir de franchir le premier tour, apparaissent les mieux placés pour contrarier les résultats de la majorité sortante.

L'électorat socialiste habituel est convoité par deux autres listes emmenées respectivement par Caroline Ollivro et Rémy Lescure, deux ex-MoDem qui avaient fait cause commune en 2008 et réussi à réunir 12% des suffrages.

Cette fois, Caroline Ollivro se présente sous la bannière de "Rennes Bretagne Europe", nouveau mouvement qui entend concilier ambitions culturelles et économiques rennaises, régionalisme breton et fédéralisme européen.

Soutenu par Corinne Lepage, son ex-colistier table pour sa part sur un large éventail de sympathies, hors étiquettes politiques, pour s'imposer.

Reste un élément de poids: l'abstention, toujours notable à Rennes.

A l'heure où François Hollande est au plus bas dans les sondages, celle-ci pourrait bien changer de camp et ne plus profiter à la majorité sortante, comme cela fut le cas en 2008 avec la désastreuse candidature à droite de Karim Boudjema. Daniel Delaveau l'avait alors emporté avec 60,40% des voix.

(Edité par Sophie Louet)

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