Bataille politique autour du livret A qui va augmenter à 2%

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INFOGRAPHIE - Alors que les épargnants se préoccupent de la hausse de la rémunération du livret A, qui passera à 2% au 1er février, le Parlement doit, lui, répartir cette manne entre la Caisse des dépôts, les banques et l'État.

Où doit aller l'argent du livret A? Entre la Caisse des dépôts, Bercy et les banques, le débat devient brûlant. Les députés de la commission des finances de l'Assemblée nationale ont auditionné mercredi matin les principaux protagonistes. Michel Bouvard, député de Savoie, président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts, et le directeur général de l'institution, Augustin de Romanet, ont été entendus avant de céder la place à François Pérol, président du directoire du groupe BPCE et de la Fédération bancaire française (FBF). Christine Lagarde se prêtera au même exercice le 18 janvier, ce qui laisse le temps au bras de fer de prospérer encore.

Mercredi, les discussions se sont focalisées sur le projet de décret, rédigé par Bercy début décembre. Ce texte modifie les règles d'organisation de la collecte du livret A, élargie à toutes les banques depuis deux ans. Une partie des fonds reste au bilan des établissements financiers: une ressource précieuse quand les marchés rechignent à financer les banques. L'autre partie de l'épargne du livret A joue un rôle particulier dans l'économie française: elle abonde les fonds gérés par la Caisse des dépôts et destinés à financer le logement social, la politique de la ville, voire les grands projets d'infrastructures. Les besoins sont croissants, surtout quand le budget de l'État est aussi serré qu'aujourd'hui. Le volume de prêts a atteint 19 milliards d'euros l'an dernier, contre 8,6 milliards en 2007.

Schématiquement, le projet de décret organise une montée en puissance progressive du taux de centralisation des fonds collectés à la Caisse des dépôts, c'est-à-dire du pourcentage de l'épargne récoltée par les banques qui remontent vers l'institution publique. Un mécanisme complexe organise la remontée du taux initial de 65% à 70%, au plus tard en 2018.

«Hold-up des banques»

Le texte ne satisfait personne. La Caisse des dépôts regrette que la croissance de ses encours soit limitée à 3% par an, même en cas d'année de collecte exceptionnelle. «En cas d'augmentation des encours, il faut que cela puisse aussi profiter à l'État», a regretté Augustin de Romanet. L'institution souhaiterait par ailleurs que le principe d'un taux de centralisation de 70% soit inscrit plus clairement dans le texte. La Commission de surveillance de la Caisse appuie ces critiques. Si Bercy ne le modifie pas, elle émettra dans une semaine un avis défavorable sur le texte. Le gouvernement peut en théorie passer outre, mais se mettrait dans une position politique délicate.

Du côté des banques, qui ont déjà dû accepter une division par deux de leurs commissions, la pilule ne passe guère mieux. «Depuis la banalisation du livret A, les règles de liquidité ont changé, a expliqué François Pérol. Les établissements doivent davantage financer leurs activités à partir de leurs dépôts. Nous avons besoin d'épargne bilantielle et notre motivation pour distribuer un produit sera de plus en plus fonction de ce critère.» La FBF reproche aussi au décret d'accentuer les différences entre les distributeurs historiques, La Banque postale et les Caisses d'épargne, et les nouveaux qui se sont lancés début 2008.

Au final, le choix sera politique. «Il faudrait faire attention à ne pas organiser le hold-up des banques sur les fonds d'épargne», a plaidé Jean-Pierre Balligand, député PS de l'Aisne.

Lagarde confirme que le rendement du livret A va augmenter

Les chiffres de l'inflation ont été publiés aujourd'hui, recelant une bonne nouvelle pour les détenteurs de Livret A au 1er février. Les chiffres dévoilés par l'Insee ce jeudi montrent que l'indice de progression des prix est ressorti à +0,5% en décembre sur un an, et à +1,8% pour l'ensemble de l'année 2010.

Or, Christiane Lagarde a expliqué hier que «si l'inflation hors tabac est à 1,6%, le taux du Livret A restera à 1,75%, mais si l'inflation est à 1,7%, la rémunération du Livret A passera à 2% ». Ce sera donc chose faite au 1er février.

Interrogée hier sur France 2, la minstre de l'Economie a insisté sur le caractère «mathématique» de la formule déterminant la rémunération du livret défiscalisé, à partir du niveau des taux courts et de l'inflation.

«Je m'étais engagée à ce que la rémunération du Livret A puisse permettre le maintien du pouvoir d'achat et qu'il y ait donc un lien étroit avec l'inflation», a souligné Christine Lagarde, ce matin sur France Inter. Afin de maintenir «le pouvoir d'achat» des Français, le rendement du livret A ne peut donc pas être inférieur à 1,75%. Ce taux est revu deux fois par an, le 1er février et le 1er août.

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