Bastareaud, la mauvaise cible

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Bastareaud, la mauvaise cible
Bastareaud, la mauvaise cible

Au coeur des critiques qui s'abattent sur le XV de France en raison de propos jugés désinvoltes, Mathieu Bastareaud est pourtant l'un des leaders d'une équipe qui se cherche des meneurs sur le terrain. S'attaquer au Toulonnais est une erreur, on vous explique pourquoi.

Parce que Bastareaud est devenu un pilier

Depuis ses débuts, Mathieu Bastareaud a davantage le physique d’un pilier que d’un trois-quarts centre. Mais à défaut de briller à l’avant, le gamin de la banlieue parisienne est devenu depuis deux ans un pilier du XV de France. Régulièrement appelé depuis 2013, le Toulonnais, qui vient de fêter ses 27 ans, compte aujourd’hui 36 sélections. Son bilan chez les Bleus est même positif : 20 victoires pour 15 défaites (et un match nul). 20 succès parmi lesquels les matchs références des deux dernières années : un succès contre l’Australie en 2014 (29-26) et une victoire plus que convaincante contre l’Angleterre (25-20), en match de préparation le mois dernier. De quoi en faire un élément incontournable du groupe de Philippe Saint-André, conscient que la marge de progression est encore importante. En conférence de presse, Bastareaud, tout comme Pascal Papé, l’a bien répété.

Parce qu’il ne fait que dire la vérité

Pourquoi Mathieu Bastareaud se retrouve-il tancé ces derniers jours ? Pour ces propos-là en conférence de presse : « Personnellement, les reproches dans la presse, ça me passe un peu par-dessus la tête. L’important c’est nous, on est conscient que tout n’a pas été parfait donc, à partir de là, on a des entraîneurs qui nous font des retours et on travaille à l’entraînement pour corriger ça. Il n’y pas si longtemps, on nous reprochait de pas gagner les matchs. Maintenant, on les gagne. Certes, il n’y a pas la manière mais on les gagne. C’est une Coupe du monde, on est là pour gagner pas pour satisfaire les spécialistes. » Il a raison, « Basta » ! Il y a quatre ans, les hommes de Marc Lièvremont ne sont-ils pas passés à un coup de pied de François Trinh-Duc d’un titre de champion du monde ? Face à la grande Nouvelle-Zélande, qui plus est chez elle, au terme d’un Mondial aussi efficace en défense que faible sur le plan du jeu ! Depuis la prise de fonction de Philippe Saint-André, tout le monde réclame du jeu. En plein Mondial, la priorité est de gagner, pas de régaler le public. Car à la fin, c’est le résultat que le grand public retiendra. Et à défaut de le dire, beaucoup le pensent à l’intérieur du groupe France. Bastareaud, avec la franchise qu’on lui connait, a l’honnêteté de le dire clairement. L’histoire récente a prouvé qu’on pouvait être champion du monde avec un jeu restrictif (ndlr : l’Afrique du Sud en 2007).

Parce qu’il est l’un des hommes forts de ce début de Mondial

Mis au repos contre la Roumanie comme de nombreux autres cadres, Mathieu Bastareaud n’en réussit pas moins un bon début de Coupe du monde. Dans la convaincante victoire française contre l’Italie, il a été l’un des meilleurs joueurs sur le terrain. Si Louis Picamoles a logiquement été élu homme du match, l’ancien joueur du Stade Français n’est pas très loin. En témoignent ses statistiques : 100% de plaquages réussi (9 sur 9), et 14 ballons portés au-delà de la ligne d’avantage. Loin devant Picamoles (9) ou Spedding (8). Car Bastareaud est là dans son rôle : celui d’un bulldozer qui sort souvent ses coéquipiers de situations délicates, et qui permet de gagner du terrain tout en puissance quand le jeu au large est stérile. Mis au placard pendant deux ans entre 2011 et 2013, le centre du RCT reste revanchard. Et pour sa première Coupe du monde, il jette dans chacune de ses accélérations ses 120 kg avec gourmandise et détermination. Les Canadiens risquent d’en faire les frais ce jeudi…

Parce qu’il n’y a qu’un Bastareaud

« Des comme ça, il n’y en a qu’un ». Cette phrase aux airs d’hommage est signée de l’un de ses mentors : Bernard Laporte. L’homme qui a remis le joueur dans le droit chemin après sa descente aux enfers en 2010. Le manager de Toulon est dans le vrai. Dans le monde du rugby, Mathieu Bastareaud est un personnage à part capable de fondre en larmes après une simple défaite en Top 14, ou d’avouer avoir eu envie de se suicider dans une autobiographie parue cette année. Dans un rugby professionnel de plus en plus soumis aux codes de la communication, les propos du joueur aux 36 sélections font souffler un vent de fraîcheur bienvenu. Plus qu’un bon client, c’est un homme nature qui dit ce qu’il pense… Et si son jeu puissant n’est pas forcément en adéquation avec l’idée de beau jeu recherchée par les spécialistes, son profil d’impact player pourrait se révéler décisif en cas de quart de finale, contre les All Blacks par exemple. On en reparle ?

Avec notre envoyé spécial en Angleterre, Jean-François Paturaud

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