Barrage de Belo Monte : Raoni appelle l'UE à la rescousse

le
0
Le chef Raoni et les ONG de protection de l'environnement ne veulent pas du barrage de Belo Monte (Brésil).
Le chef Raoni et les ONG de protection de l'environnement ne veulent pas du barrage de Belo Monte (Brésil).

Le célèbre chef indien brésilien est actuellement en tournée en Europe.


Sa venue en France est toujours un petit événement. Les associations de protection de l'environnement et autres partisans du droit de tous les peuples à disposer d'eux-mêmes lui vouent une admiration particulière. Alors président de la République française, feu François Mitterrand l'avait reçu en son temps, lorsque la polémique sur la construction du barrage de Belo Monte (Brésil) n'en était encore qu'à ses débuts.


Deux décennies plus tard, le chef indien brésilien Raoni, icône de la lutte contre la déforestation, leader charismatique de la cause amérindienne, n'a toujours pas désarmé. Un cliché circule actuellement sur la Toile. Assis, torse nu, la tête et son célèbre plateau labial baissés, il ne contient plus ses larmes. La photographie est en réalité ancienne et le découragement passager. Elle n'en symbolise pas moins l'affrontement déséquilibré entre un petit peuple qui refuse de céder et un grand pays aux velléités destructrices.


Un peuple établi dans la forêt amazonienne, premier « poumon d'oxygène » de la planète, qui serait contraint de plier bagage si d'aventure la structure précitée, laquelle deviendrait le troisième barrage le plus important au monde [NDLR : après ceux des Trois Gorges (Chine) et d'Itaipu (Brésil) ], devait être érigée. Aucun des deux camps ne semble prêt à céder. Saisie avec une régularité de métronome, la justice, elle, donne raison tantôt à l'un, tantôt à l'autre.



« Faire passer un message pour que le gouvernement brésilien nous respecte en tant que peuple indigène »


En tournée sur le Vieux Continent, Raoni, désormais octogénaire, a effectué une halte hier au Parlement européen, à Strasbourg (Bas-Rhin), et enjoint les eurodéputés de « parler de ce problème avec le gouvernement brésilien ». « J'aimerais vous demander de lui faire passer un message pour qu'il nous respecte en tant que peuple indigène », a-t-il également déclaré, lors d'une conférence de presse couverte par nos confrères de l'AFP.


Et d'ajouter : Les autorités brésiliennes « veulent nos terres, elles veulent nous détruire et je suis vraiment très inquiet pour notre peuple. » Un appel au secours formulé le jour même où la présidente auriverde Dilma Rousseff a entamé une visite d'État de quarante-huit heures dans l'Hexagone, ce qui n'est bien sûr pas une coïncidence.


Cette dernière a repris à son compte le projet de son prédécesseur et mentor Luiz Inacio Lula da Silva, malgré l'opposition résolue d'une proportion non négligeable de ses concitoyens et le très bon score ? près de 20 % des suffrages ? de la candidate écologiste Marina Silva lors du dernier scrutin présidentiel, en mai 2010. Évalué à quelque quatorze milliards quatre cents millions de dollars (environ onze milliards d'euros), il se voit accuser par les écologistes, outre des reproches relatifs à sa cherté ainsi qu'aux déplacements de populations et de cours d'eau, de constituer une sérieuse menace pour la biodiversité et de contribuer au déboisement.


Des arguments auxquels Brasilia oppose la nécessité de répondre à la hausse de la demande énergétique nationale. Les pouvoirs publics assurent également que les études d'impacts environnementaux, que les « anti-Belo Monte » jugent incomplètes, donc irrecevables, ont donné des résultats satisfaisants. À ce stade, ce sont eux qui tiennent la corde, les travaux ayant débuté au cours de l'été 2011.


Une mobilisation internationale accrue pourrait toutefois changer la donne. Une chose est sûre : sans cela, Raoni perdra le combat de sa vie.


Lire la suite
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant