Barack Obama face à l'amertume des Palestiniens

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BARACK OBAMA FACE À L'AMERTUME DES PALESTINIENS
BARACK OBAMA FACE À L'AMERTUME DES PALESTINIENS

par Steve Holland et Ali Sawafta

RAMALLAH, Cisjordanie (Reuters) - Barack Obama a regretté jeudi, lors de son déplacement en Cisjordanie, la poursuite du développement des colonies juives tout en demandant au président palestinien Mahmoud Abbas de renoncer à en exiger le gel comme condition à une reprise des pourparlers de paix avec Israël.

Reçu chaleureusement la veille à Jérusalem, au premier jour de sa première visite officielle au Proche-Orient, le président américain a été accueilli plus froidement à Ramallah par des Palestiniens qui lui reprochent de laisser Israël fouler aux pieds leurs aspirations à un Etat indépendant.

Lors d'une conférence de presse avec le président de l'Autorité palestinienne, Barack Obama a déploré la construction de nouveaux logements dans les colonies juives qui n'ont "pas fait progresser la cause de la paix", assurant l'avoir dit au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Mais il s'est abstenu de réclamer, comme il l'avait fait au début de son premier mandat en 2009, le gel de toute expansion.

"Mon argument est que même si les deux parties ont des sujets de profond désaccord, (...) nous devons aborder ces sujets pour essayer de parvenir à un accord", a-t-il dit.

Le coeur du problème aujourd'hui, a ajouté le président américain, est d'obtenir la souveraineté pour les Palestiniens et la sécurité pour les Israéliens.

"Il ne s'agit pas de dire que les colonies n'ont pas d'importance. Il s'agit de dire que si nous résolvons ces problèmes, la question des colonies sera résolue."

UNE COLONISATION "CONTRE-PRODUCTIVE"

De retour ensuite à Jérusalem, le chef de la Maison blanche a enfoncé le clou lors d'un discours devant des étudiants israéliens retransmis à la télévision nationale.

"Les Israéliens doivent reconnaître que la poursuite de l'activité de colonisation est contre-productive pour la paix et qu'une Palestine indépendante est viable, que de vraies frontières devront être tracées", a-t-il dit.

Mais il a également appelé les pays arabes à "prendre des mesures en faveur de la normalisation de leurs relations" avec l'Etat juif.

Ses propos sur la nécessité de faire la paix avec les Palestiniens ont été chaleureusement applaudis par l'assistance.

Devant la Moukata, le siège de l'Autorité palestinienne à Ramallah où s'est posé pour quelques heures l'hélicoptère présidentiel, quelque 150 manifestants encadrés par un imposant dispositif policier ont protesté contre la visite du locataire de la Maison blanche, réclamant des armes plutôt qu'une aide américaine. Des affiches le représentant ont également été déchirées dans la ville.

Quelques heures avant son arrivée, deux roquettes tirées de la bande de Gaza se sont abattues dans le sud d'Israël, endommageant la cour d'une habitation. Aucune victime n'a été signalée et les tirs ont été revendiqués par un petit groupe salafiste, Magles Choura al Moudjahidine.

L'attaque a été condamnée par Mahmoud Abbas.

Si le président palestinien a accueilli Barack Obama avec le sourire, les responsables palestiniens alignés le long du tapis rouge sont restés de marbre, alors que leurs homologues israéliens n'avaient pas caché leur enthousiasme, la veille, à son arrivée à l'aéroport de Tel Aviv.

Le président des Etats-Unis, qui dit être venu pour de simples consultations, a assumé n'avoir rien de neuf à offrir pour relancer un processus de paix israélo-palestinien au point mort depuis octobre 2010. Mais il a promis à Abbas que son secrétaire d'Etat John Kerry consacrerait une bonne partie de son temps et de son énergie à tenter de rapprocher les deux parties pour qu'elles reprennent leurs négociations directes.

LA PRESSE ISRAÉLIENNE SOUS LE CHARME

Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, a jugé vides de sens les propos d'Obama à Ramallah. "Il continue à faire valoir la position américaine qui appelle à des négociations directes sans conditions préalables, qui est la même position qu'Israël", a déclaré Sami Abou Zouhri, porte-parole du Mouvement de résistance islamique.

Barack Obama est aujourd'hui prêt à se satisfaire du minimum pour cette visite, avant tout consacrée au dossier nucléaire iranien et à la guerre civile en Syrie, ainsi qu'à la mise en scène de relations plus chaleureuses avec Benjamin Netanyahu.

"Je considérerai qu'il s'agit d'un succès si, vendredi, à mon retour, je peux me dire que j'ai une meilleure compréhension de ce que sont les contraintes", a-t-il déclaré mercredi lors de sa conférence de presse avec le Premier ministre israélien.

Ses hôtes israéliens se sont félicités de son ferme engagement en faveur de la sécurité de l'Etat d'Israël et de sa promesse de ne pas laisser l'Iran se doter de l'arme atomique, ce dont Benjamin Netanyahu s'est dit "absolument convaincu".

Sur le plan de la conquête de l'opinion israélienne, l'un de ses objectifs, Barack Obama semble avoir remporté son pari. La presse israélienne se montrait jeudi très positive au sujet du président américain.

"Quelques détails informels, une plaisanterie ou une moquerie amicale, trois mots en hébreu et nous sommes immédiatement sous le charme d'un homme qui semble pour le moment nous apprécier", écrit l'éditorialiste du Yediot Ahronot.

"Obama est ici pour une raison: engranger de la confiance pour ce qui va suivre. Amener Netanyahu à accepter une nouvelle initiative en faveur du processus de paix sera impossible sans cette confiance", ajoute-t-il.

Barack Obama achèvera sa visite vendredi par la Jordanie avant de regagner Washington.

Avec Noah Browning à Ramallah, Nidal al Mughrabi à Gaza et Matt Spetalnick; Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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