Barack Obama expose ses griefs au Chinois Xi Jinping

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BARACK OBAMA EXPOSE SES GRIEFS AU CHINOIS XI JINPING
BARACK OBAMA EXPOSE SES GRIEFS AU CHINOIS XI JINPING

par Chris Buckley et Matt Spetalnick

WASHINGTON (Reuters) - Barack Obama a fermement exposé mardi les griefs des Etats-Unis à l'égard de la Chine à l'occasion de la réception à la Maison blanche de Xi Jinping, envoyé à Washington par le régime communiste chinois pour renforcer sa stature internationale avant de prendre les rênes du pays.

Offrant au vice-président chinois les honneurs du Bureau ovale généralement réservés aux plus proches alliés, le président américain a assuré que les Etats-Unis se réjouissaient de "l'émergence pacifique" de la Chine. Il a toutefois souligné que le processus de transition engagé à Pékin ne changeait rien aux demandes américaines en matière de rééquilibrage des relations commerciales, de respect des droits de l'homme et de responsabilité dans la conduite des affaires internationales après le veto chinois sur la Syrie à l'Onu.

L'affirmation publique de ces critiques est d'autant plus remarquable que cette visite soigneusement préparée par les autorités chinoises avait été présentée essentiellement comme une prise de contact.

"Nous avons tenté d'insister sur le fait qu'avec le développement extraordinaire de la Chine au cours des deux décennies écoulées, qu'avec une puissance et une prospérité grandissantes venaient aussi des responsabilités accrues", a dit Barack Obama à la presse.

"Nous voulons oeuvrer avec la Chine afin de nous assurer que tout le monde suit les mêmes règles pour ce qui est du système économique mondial, et cela inclut de faire en sorte que les échanges commerciaux soient équilibrés, non seulement entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi à travers la planète", a ajouté le président américain, soucieux de ne pas prêter le flanc aux accusations de faiblesse de la part de son opposition républicaine à neuf mois de l'élection présidentielle aux Etats-Unis.

"RESPECT MUTUEL"

Xi Jinping, qui devrait devenir secrétaire général du comité central du PC chinois à l'automne avant d'être propulsé à la tête de l'Etat début 2013, s'est gardé d'évoquer devant la presse les questions soulevées par son hôte. Il s'est contenté de prôner un "partenariat coopératif basé sur le respect mutuel" entre les deux premières puissances économiques du monde, qui se perçoivent aussi de plus en plus comme des rivales sur le plan stratégique.

Chacun des deux dirigeants s'est montré souriant et a manifesté son approbation par des signes de la tête lorsque l'autre s'exprimait. Ils ont ensuite échangé une poignée de mains.

Les Etats-Unis n'ont toutefois guère de leviers pour obtenir une réévaluation du yuan et une réduction de leur déficit commercial à l'égard de la Chine, qui a atteint le niveau record de 295,5 milliards de dollars en 2011. La Chine est notamment leur principal créancier.

Intervenant ensuite devant la Chambre de commerce des Etats-Unis, Xi Jinping a répliqué de manière plus vive aux reproches américains en matière de déséquilibres commerciaux et de respect de la propriété intellectuelle.

Il a assuré que Pékin "a pris des initiatives pour y répondre" et il a invité les Etats-Unis à réagir à leur tour aux préoccupations chinoises au sujet de la "levée des restrictions sur les exportations de haute technologie vers la Chine et de la possibilité pour les entreprises chinoises investissant aux Etats-Unis de jouer sur un pied d'égalité".

PIVOT

Lors d'un déjeuner au département d'Etat, Xi Jinping a souligné que ces questions devaient être réglées par le dialogue, "et non par le protectionnisme".

Sur la question des droits de l'homme, Barack Obama a déclaré que les Etats-Unis continueraient "d'insister sur le fait que nous croyons à l'importance de la reconnaissance des aspirations et des droits de tous les peuples".

Les responsables chinois n'apprécient généralement pas ce type d'interventions publiques, qualifiées d'ingérence. Xi Jinping a pour sa part invité les Etats-Unis à éviter d'infliger des "perturbations et des dégâts supplémentaires" aux relations entre les deux pays sur les questions sensibles telles que Taiwan ou le Tibet, a rapporté l'agence Chine nouvelle.

Selon un responsable américain, Barack Obama a aussi exprimé lors de leur entretien sa déception au sujet du veto opposé par la Chine à un projet de résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité des Nations unies. Ce projet de résolution appuyait un plan de la Ligue arabe au sujet de la mise à l'écart de Bachar al Assad.

Devant la Maison blanche, environ 200 personnes ont manifesté contre la politique de la Chine dans les régions du Tibet et du Xinjiang, contre la répression du mouvement spirituel Falun Gong et contre la politique de l'enfant unique.

Xi Jinping, 58 ans, est le plus haut responsable chinois reçu à la Maison blanche depuis que Barack Obama a exposé en novembre sa nouvelle doctrine diplomatique, dite du "pivot", qui consiste à tourner les Etats-Unis vers l'Asie et la région Pacifique, considérées comme l'endroit du monde où se jouera au XXIe siècle la domination sur les affaires internationales.

Henri-Pierre André et Bertrand Boucey pour le service français

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