Barack Obama en Afghanistan un an après la mort de Ben Laden

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Barack Obama en Afghanistan un an après la mort de Ben Laden
Barack Obama en Afghanistan un an après la mort de Ben Laden

par Caren Bohan

BASE DE BAGRAM, Afghanistan (Reuters) - Barack Obama a effectué mercredi une visite surprise en Afghanistan pour y parapher un partenariat stratégique mais aussi pour adresser un message aux Américains en vue de l'élection présidentielle de novembre aux Etats-Unis.

Un an jour pour jour après la mort d'Oussama ben Laden, le président des Etats-Unis, reçu au palais présidentiel de Kaboul, et son homologue afghan Hamid Karzaï ont signé le partenariat stratégique conclu après d'âpres négociations. Cet accord trace les contours des futures relations bilatérales entre les deux pays après le départ des forces étrangères, prévu fin 2014.

Ce déplacement de six heures en Afghanistan a aussi fourni à Barack Obama, qui briguera un second mandat le 6 novembre, l'occasion de se présenter aux Américains comme celui qui aura mis fin à une guerre impopulaire déclenchée par son prédécesseur George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001.

"Mes chers compatriotes, nous avons vécu plus d'une décennie sous les cieux sombres de la guerre", a-t-il déclaré dans une allocution télévisée que les Américains ont pu voir en début de soirée, mardi, aux Etats-Unis.

"Pourtant ici, dans l'aube crépusculaire de l'Afghanistan, nous pouvons apercevoir la lumière d'un jour nouveau à l'horizon", a poursuivi Barack Obama, qui s'exprimait devant des véhicules blindés et un drapeau des Etats-Unis.

"Alors que nous sortons d'une décennie de conflits à l'étranger et de crise économique chez nous, le moment est venu de relancer l'Amérique", a-t-il dit. "Cette période de guerre a débuté en Afghanistan et c'est là qu'elle prend fin."

Près de 3.000 militaires américains et de l'Otan sont morts en Afghanistan depuis le début de l'intervention ayant abouti au renversement du régime taliban fin 2001.

Barack Obama a rendu visite aux troupes américaines sur la base de Bagram, près de Kaboul, pour y insister une nouvelle fois sur la mort d'Oussama ben Laden, que son équipe de campagne présente comme une grande réussite de son mandat en vue de la présidentielle.

"TERMINER LE TRAVAIL"

"Non seulement nous sommes parvenus à expulser Al Qaïda d'Afghanistan mais lentement et systématiquement nous sommes parvenus à décimer les rangs d'Al Qaïda et, il y a un an, nous sommes parvenus à finalement traduire Oussama ben Laden en justice", a-t-il dit sous les acclamations.

Barack Obama a jugé que la victoire sur Al Qaïda était "à portée de main", ce qu'il n'avait jamais affirmé aussi explicitement.

Même s'il a par la suite évoqué un "chemin clair vers l'accomplissement de notre mission en Afghanistan", le président américain a toutefois prédit de nouvelles difficultés dans ce pays.

"J'ai conscience que de nombreux Américains en ont assez de la guerre (...) Mais nous devons terminer le travail que nous avons commencé en Afghanistan et mettre fin à cette guerre de manière responsable", a-t-il dit.

Dans un rapport remis mardi au Congrès américain, le Pentagone souligne que la résistance des insurgés islamistes, la corruption persistante et la coopération imparfaite du Pakistan constituent autant de menaces majeures pour les efforts américains de stabilisation de l'Afghanistan.

Cette visite en Afghanistan expose aussi Barack Obama aux critiques du camp républicain, qui l'accuse de la détourner à des fins électorales et lui reproche d'ouvrir la voie à un retour au pouvoir des taliban avec le retrait militaire.

Tout en félicitant le président pour le raid américain au Pakistan ayant coûté la vie à Oussama ben Laden un an plus tôt, le probable futur candidat républicain Mitt Romney a jugé mardi "très décevant que le président en fasse un thème politique en suggérant que je n'aurais pas donné mon feu vert à une telle opération".

L'accord de partenariat stratégique (SPA) signé mercredi ne précise pas l'ampleur des effectifs américains appelés à rester en Afghanistan après le retrait de 2014. Ce point fera l'objet d'un accord distinct, dont la conclusion devrait prendre une année supplémentaire.

SCEPTICISME

Dans un communiqué diffusé après sa signature officielle, Hamid Karzaï a déclaré: "En signant ce document, nous tournons la page des 10 dernières années et ouvrons un nouveau chapitre de relations d'égal à égal."

Un haut responsable américain a cependant rappelé que, au-delà de ce partenariat conclu après d'âpres négociations, "l'Afghanistan va rester le troisième pays le plus pauvre du monde (...) avec de profondes divisions religieuses".

"Ca va rester difficile", a ajouté ce responsable, selon lequel les Etats-Unis espèrent que le gouvernement afghan sera en mesure d'assurer une sécurité minimale.

L'ambassadeur de l'Union européenne en Afghanistan partage ce scepticisme. Dans une interview à Reuters, Vygaudas Usackas a déclaré mardi que l'aide occidentale resterait sans grand effet tant que la corruption et la pauvreté seraient aussi largement répandues.

Le gouvernement afghan ne semble pas prendre la mesure des défis à relever à deux ans du départ des forces étrangères, a-t-il dit.

"Les Afghans doivent être les chefs d'orchestre", a dit Vygaudas Usackas. "Peut-être les avons-nous fait tomber dans la suffisance."

Un imposant dispositif de sécurité a été déployé dans le centre de Kaboul pour la venue d'Obama. La "zone verte", quartier administratif et diplomatique où se trouve le palais présidentiel, a fait l'objet d'une attention particulière, deux semaines après l'offensive d'envergure dont elle a fait l'objet.

Les taliban en ont revendiqué la responsabilité, mais les Etats-Unis l'ont imputée au réseau Haqqani.

Barack Obama recevra les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Otan les 20 et 21 mai à Chicago pour évoquer le retrait des 130.000 militaires étrangers qui s'y trouvent et les moyens à mettre en oeuvre pour éviter un retour à la guerre civile.

Jean-Philippe Lefief et Bertrand Boucey pour le service français

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