Barack Obama aura peu de temps pour savourer sa réélection

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BARACK OBAMA QUATRE ANS DE PLUS À LA MAISON BLANCHE
BARACK OBAMA QUATRE ANS DE PLUS À LA MAISON BLANCHE

par Steve Holland et Matt Spetalnick

WASHINGTON (Reuters) - Réélu à la présidence des Etats-Unis pour un second mandat, Barack Obama aura peu de temps pour savourer sa victoire car des dossiers économiques pressants, la menace d'une crise budgétaire et les divisions du Congrès risquent de le priver de marges de manoeuvre.

Arrivé en tête dans 25 Etats et dans le district fédéral de Washington, le président démocrate a remporté mardi une victoire incontestable sur son adversaire républicain, Mitt Romney.

Il s'est assuré au moins 303 votes au collège électoral, où 270 voix suffisaient à sa réélection. En Floride, le résultat était trop serré pour savoir qui l'emportait lorsque les opérations de dépouillement ont été suspendues.

Confirmé à la Maison blanche pour les quatre prochaines années, Barack Obama retrouve une situation comparable à celle qui prévalait avant le scrutin et devra composer avec un Congrès qui reste dans la même configuration.

Les démocrates ont conservé en effet leur majorité au Sénat, dont un tiers des sièges étaient renouvelés et, surtout, les républicains restent majoritaires à la Chambre des représentants, dont les 435 sièges étaient remis en jeu.

L'opposition reste donc en mesure de faire obstacle aux initiatives de la Maison blanche, qu'elles concernent la fiscalité ou l'immigration, deux des principaux thèmes de la campagne.

Devant les milliers de ses partisans en liesse réunis dans la nuit dans son fief de Chicago, Barack Obama a du reste tendu la main aux républicains, promettant d'être à l'écoute des deux camps qui se sont profondément divisés pendant la longue et âpre campagne électorale.

"LE MUR BUDGÉTAIRE" SE RAPPROCHE

"Reconnaître que nous avons des espoirs et des rêves communs ne fera pas disparaître les obstacles, ne résoudra pas tous nos problèmes et ne remplacera pas la difficile tâche de forger le consensus", a-t-il déclaré.

"Vous avez voté pour l'action, pas pour la politique habituelle", a ajouté le vainqueur en plaidant pour des compromis sur le déficit, la réforme de la fiscalité, les lois sur l'immigration ou encore l'énergie.

Le président et le Congrès vont rapidement devoir s'atteler au "mur budgétaire", cet ensemble de coupes automatiques des dépenses publiques et de relèvement des impôts de quelque 600 milliards de dollars qui menace le pays si la Maison blanche et le Capitole ne s'entendent pas d'ici la fin de l'année.

John Boehner, le chef de file des républicains à la Chambre, a annoncé qu'il publierait dans la journée un communiqué sur le sujet en évoquant "la nécessité pour les deux partis de trouver un terrain d'entente et de prendre ensemble des mesures pour aider notre économie à croître et à créer des emplois".

Mais il a clairement laissé entendre qu'il s'opposerait à toute hausse des impôts, pourtant jugée indispensable par le camp démocrate à la conclusion d'un accord viable.

La perspective d'un bras de fer sur le "mur budgétaire" a contribué à la baisse des marchés financiers mercredi : vers 16h15 GMT, l'indice Dow Jones perdait plus de 2% et l'indice européen FTEurofirst 300 1,1%.

VICTOIRE CONFORTABLE DANS LE COLLÈGE ÉLECTORAL

L'incertitude a longtemps été de mise pendant la nuit électorale tendue qui concluait l'une des campagnes présidentielles les plus serrées de l'histoire des Etats-Unis et pour laquelle les deux partis et leurs alliés ont dépensé une somme record de deux milliards de dollars.

Sur le plan national, l'avance de Barack Obama sur Mitt Romney est mince : il a rassemblé environ 50% des voix contre 49% pour son adversaire.

Mais le président des Etats-Unis est élu au suffrage universel indirect par un collège électoral et la course aux grands électeurs a basculé lorsque les réseaux télévisés américains ont annoncé coup sur coup que l'Iowa et l'Ohio avaient voté majoritairement pour le candidat démocrate.

Mercredi matin, le président sortant était assuré de 303 grands électeurs, contre 206 pour son rival, alors que la majorité requise est de 270. Les résultats restaient indécis en Floride, qui désigne 29 grands électeurs, et où le dépouillement a été interrompu.

Mais, contrairement à l'élection de 2000, où le sort de la Floride avait tenu le pays en haleine pendant cinq semaines avant que la victoire de George W. Bush ne soit proclamée aux dépens d'Al Gore, le "Sunshine State" n'aura cette fois pas d'incidence sur l'issue de la présidentielle.

Mitt Romney, vainqueur dans 24 Etats, n'a pas réussi son pari, lui qui avait inlassablement sillonné les Etats indécis et espérait même faire basculer la Pennsylvanie. Il n'a remporté qu'un seul "Swing State" : la Caroline du Nord.

"COHABITATION" AVEC LES RÉPUBLICAINS

En fin de nuit, l'ancien gouverneur du Massachusetts, qui mettait en avant son expérience à la tête du fonds Bain Capital pour relancer l'économie américaine, a concédé sa défaite et appelé démocrates et républicains à tourner le dos aux "affrontements partisans".

"Notre nation, ainsi que vous le savez, est à un moment critique. Dans un moment comme celui-là, nous ne pouvons pas prendre le risque d'affrontements partisans et de postures politiciennes", a-t-il dit de son QG de Boston.

Après deux échecs consécutives dans la course à la Maison blanche, le Parti républicain devrait entrer dans une période de remise en cause douloureuse, notamment sur la manière dont il s'est aliéné l'électorat hispanique, un élément clé de la victoire de Barack Obama.

"Le fait est que les républicains vont devoir repenser beaucoup de choses au niveau présidentiel", a reconnu sur CBS Newt Gingrich, l'ancien "speaker" de la Chambre, battu par Mitt Romney lors des primaires du "Grand Old Party" (GOP).

Au Congrès, les républicains sont assurés de conserver leur majorité à la Chambre des représentants. Les estimations leur donnent 225 sièges sur les 435 contre 170 aux démocrates, avec 40 sièges encore à déterminer.

Les démocrates conservent en revanche leur courte majorité au Sénat, selon les dernières estimations du Washington Post, qui les créditent de 51 sièges contre 44 élus pour les républicains et deux pour des indépendants, avec trois sièges encore indécis.

Des résultats qui sont donc loin de remettre en cause la situation de blocage qui a dominé la vie politique américaine ces dernières années.

avec Jeff Mason à Chicago et Patricia Zengerle à Boston, Marine Pennetier, Pierre Serisier, Henri-Pierre André et Marc Angrand pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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