Barack Obama attaque Mitt Romney sur la politique étrangère

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BARACK OBAMA ATTAQUE MITT ROMNEY SUR LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE
BARACK OBAMA ATTAQUE MITT ROMNEY SUR LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE

par Steve Holland et Matt Spetalnick

BOCA RATON, Floride (Reuters) - Barack Obama a multiplié lundi soir les attaques contre Mitt Romney lors du troisième et dernier débat avant l'élection présidentielle aux Etats-Unis, lui reprochant tour à tour une vision dépassée des affaires du monde, un manque d'expérience et des prises de position changeantes et erronées.

Officiellement consacré à la politique étrangère, cet affrontement organisé à l'université Lynn de Boca Raton, en Floride, a été régulièrement ramené aux questions intérieures.

La diplomatie étant considérée comme un thème plus favorable à son adversaire, Mitt Romney a ainsi tenté à plusieurs reprises d'amener le débat sur son terrain de prédilection: la situation économique des Etats-Unis.

Au cours de ce duel d'une heure et demie, pendant lequel l'Europe et la crise de l'euro n'ont pas été évoquées sinon par Mitt Romney estimant que l'accroissement des déficits et de la dette risquaient de mener le pays sur la voie de la Grèce, aucun des deux candidats n'a porté de coup décisif ni commis de gaffe remarquable.

Les sondages effectués dès la fin du débat semblent toutefois donner une victoire aux points à Barack Obama. D'après CBS, dont l'échantillon est constitué d'électeurs indécis, 53% des personnes interrogées pensent que le président démocrate s'est imposé contre 23% pour le candidat républicain. Un sondage pour CNN donne aussi Barack Obama vainqueur par 48% contre 40%.

Mais ces mêmes sondages confirment que la politique étrangère est loin d'être une priorité pour les électeurs et relèvent que Mitt Romney semble avoir réussi avec succès son examen de "commandant en chef", l'objectif principal que ses conseillers lui avaient assigné à deux semaines de l'élection présidentielle (60% des électeurs interrogés pour CNN le jugent apte).

"Son objectif n'était pas de se différencier du président, mais de se présenter lui-même comme un 'commandant en chef' plausible. Je ne suis pas certain qu'il y soit parvenu, mais c'était une approche très intéressante de sa part pour tenter de consolider son image d'homme de paix et non de va-t-en-guerre", analyse Martin Indyk, de la Brookings Institution à Washington.

"NOUS AVONS AUSSI MOINS DE CHEVAUX ET DE BAÏONNETTES"

Barack Obama, qui a vu Mitt Romney revenir à sa hauteur dans les intentions de vote, est rapidement passé à l'offensive.

Du haut de son statut de commandant en chef au cours des quatre dernières années, il a accusé Mitt Romney d'avoir une vision datée du monde et s'est prévalu d'avoir mis fin à la guerre en Irak et d'avoir obtenu la mort d'Oussama ben Laden.

"Je sais que vous ne vous êtes jamais retrouvé en situation de devoir mener une politique étrangère, mais chaque fois que vous avez exprimé une opinion, vous avez eu tort", a attaqué le président démocrate.

"M'attaquer moi, ça ne constitue pas un programme", a répliqué le candidat républicain. "M'attaquer moi, ce n'est pas dire comment on va affronter les défis qui existent au Proche-Orient."

Mitt Romney a également reçu une réplique cinglante lorsque, évoquant les coupes dans les dépenses militaires, il a affirmé que l'US Navy n'avait jamais eu aussi peu de navires depuis 1917.

"Gouverneur, nous avons aussi moins de chevaux et de baïonnettes", lui a répondu le président, au risque de paraître condescendant. "Nous avons ces choses que l'on appelle des porte-avions, sur lesquels les avions atterrissent. Nous avons ces bateaux qui vont sous l'eau, des sous-marins nucléaires."

Rappelant que Mitt Romney a qualifié naguère la Russie de "principale menace géopolitique", Barack Obama l'a accusé de vouloir ramener les Etats-Unis au temps de la Guerre froide.

"La Guerre froide est finie depuis 20 ans", lui a-t-il lancé. "Vous semblez vouloir ressusciter la politique étrangère des années 1980, tout comme les politiques sociales des années 1950 et les politiques économiques des années 1920."

D'ACCORD POUR DÉFENDRE ISRAËL

Mitt Romney, manifestement prudent afin de ne pas commettre de bévue, a retenu ses coups sur la Libye, ne revenant pas sur la controverse de ces dernières semaines sur l'attaque du consulat américain à Benghazi, le 11 septembre dernier, fatale à l'ambassadeur des Etats-Unis Christopher Stevens et à trois autres ressortissants américains. Mis en difficulté sur cette question lors du précédent débat, il n'a pas même prononcé une seule fois le nom de Benghazi.

Il a cependant accusé le président de faiblesse et affirmé que la politique de Barack Obama au Moyen-Orient et en Afrique du Nord n'avait pas empêché la résurgence de la menace d'Al Qaïda dans la région.

Il lui a également reproché de rester en retrait sur la question syrienne, de se retrancher derrière le Conseil de sécurité de l'Onu pourtant paralysé par la Russie et la Chine. "Nous devrions jouer un rôle de leader dans ce dossier" et s'assurer que les insurgés syriens "disposent des armes nécessaires pour se défendre", a-t-il dit.

Les deux hommes sont en revanche tombés d'accord sur un point: le fait que les Etats-Unis devaient défendre Israël en cas d'attaque de l'Iran. Mitt Romney a cependant ajouté qu'il renforcerait les sanctions contre la République islamique, soupçonnée de vouloir acquérir clandestinement l'arme nucléaire.

"Je pense que (les Iraniens) perçoivent de la faiblesse là où ils s'attendaient à rencontrer la force de l'Amérique", a ajouté le candidat républicain. "Nous nous sommes rapprochés de quatre ans d'un Iran nucléaire et nous n'aurions pas dû gâcher ces quatre années."

"Franchement, gouverneur, on a parfois l'impression que vous pensez que vous feriez les mêmes choses que nous mais que comme vous les diriez plus fort, cela ferait une différence", lui a rétorqué Barack Obama.

Ayant axé sa campagne électorale sur le redressement de l'économie américaine, un thème bien plus porteur que la diplomatie auprès des électeurs, Mitt Romney a plusieurs fois abordé ce thème en assurant que la sécurité des Etats-Unis dépendait aussi de sa puissance économique.

Sur la Chine, il a ainsi évoqué une guerre commerciale "silencieuse" déjà à l'oeuvre avec Pékin. "Et ils sont en train de la gagner", a-t-il dit.

Barack Obama a répondu que les baisses d'impôts promises par son adversaire n'avaient pas eu l'effet escompté dans le passé. Il a en outre jugé que Mitt Romney ne pourrait pas à la fois équilibrer le budget et accroître les dépenses militaires avec un tel programme.

Avec Arshad Mohammed à Washington; Bertrand Boucey et Henri-Pierre André pour le service français

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