Banques : le retour des cygnes noirs

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(lerevenu.com) - En Europe, lundi, tout le secteur bancaire, après avoir ouvert en nette hausse, s'était retourné brutalement, en cours de séance. Les marchés avaient pris peur en prenant connaissance d'un entretien du président de l'Eurogroupe, à l'agence Reuters et au Financial Times. Même si Jeroen Dijsselbloem est ensuite revenu sur ses propos initiaux faisant du plan de sauvetage de Chypre un modèle de résolution des difficultés bancaires dans la zone euro et d'autres pays, le mal était fait. Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a jugé que M. Dijsselbloem avait ?eu tort? de s'exprimer ainsi : ?L'expérience de Chypre n'est pas un modèle pour le reste de la zone euro parce que la situation avait atteint une ampleur qui n'est comparable à aucun autre pays.?

Dans un entretien accordé aux Échos, Nicolas Véron, économiste à l'institut Bruegel, explique pourquoi la confiance a été durablement ébranlée : ?Je ne dis pas qu'il était possible de préserver les dépôts non garantis. Ce qui m'a choqué, c'est qu'on s'attaque à deux choses précises : d'abord les dépôts garantis en dessous de 100.000 euros ? ce qui est une erreur majeure que nous n'avons pas fini de payer ? et ensuite les dépôts au-dessus de 100.000 euros des banques saines et solvables, donc non concernées par la crise. Dans le plan de sauvetage finalement adopté, les seuls concernés sont les dépôts au-dessus de 100.000 euros des banques en faillite.?

Le courtier Aurel résume le sentiment général : ?Chypre est sauvé, mais l'Europe ?? Ce renflouement n'aurait sans doute pas eu autant de répercussions s'il ne renvoyait à une précédente faillite de système bancaire, de sinistre mémoire, celui de l'Islande, fin septembre 2008, événement lui-même lié à l'effondrement, le 17 septembre, de Lehmann Brothers à New York, ce qui déclencha la crise financière mondiale liée aux crédits hypothécaires titrisés de catégorie subprime. Un livre publié en 2007 et vendu depuis à plus de 3 millions d'exemplaires, ?The Black Swann?, a décrit ce phénomène des événements hautement improbables, mais qui provoquent des dégâts considérables. Le sauvetage de Chypre y fait penser.

Statisticien de formation et opérateur dans plusieurs banques, dont BNP Paribas, Nassim Nicholas Taleb avait utilisé dans son ouvrage une métaphore, celle du cygne noir, que l'on voit rarement mais qui n'en existe pas moins. Le thème central de son livre porte sur l'impuissance des modèles mathématiques traditionnels de gestion des risques face à ces événements d'apparence anodine et dont personne ne soupçonne la nocivité. Chypre, un État microscopique de la zone euro, a provoqué une onde de choc encore perceptible, en ce début de semaine, sur les marchés financiers. La maladresse du président de l'Eurogroupe n'a pas contribué à calmer les esprits. Et les valeurs bancaires sont toujours au premier rang quand la zone euro rencontre un nouveau cygne noir.

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