Banques-La BCE veut aussi examiner la rentabilité et la gestion

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par Thomas Atkins et Stefano Bernabei FRANCFORT/ROME, 1er décembre (Reuters) - Après avoir soumis les bilans des banques européennes à des tests de résistance, la Banque centrale européenne (BCE) compte procéder à un examen de santé plus approfondi pour évaluer leur rentabilité et leur gestion. Cet examen du "business model" risque d'être amer pour des marchés fragmentés comme l'Allemagne et l'Italie et de pousser les établissements les plus faibles à se regrouper, à augmenter leur capital, à passer le dividende ou à modifier leur mode de fonctionnement. Les banques disposant d'un appui politique feront sans doute de l'obstruction mais dans la mesure où les perspectives économiques de la zone euro s'assombrissent, le besoin d'une inspection poussée du secteur bancaire se fait pressant. "En raison en partie de la situation financière en Europe et en raison aussi de la structure des systèmes bancaires en Europe... la durabilité de la rentabilité est sans doute le principal risque et le principal défi des banques dans les années à venir", avait déclaré la semaine dernière à Reuters Danièle Nouy, qui dirige le Mécanisme de supervision unique (MSU), l'organisme chargé de superviser les banques européennes. Nouy a déjà conseillé aux banques de se défaire des opérations les plus faibles en vue des futurs tests du modèle d'activité (business model), déclarant que les régulateurs s'intéresseraient avant tout à leur capacité à dégager des profits sur la durée. Le Fonds monétaire international (FMI) estimait voici quelques semaines que près des trois quarts des banques de la zone euro doivent modifier sensiblement leur business model pour répondre à la demande de crédits lorsque la situation économique se sera vraiment améliorée. "C'est un sujet très sensible; les banques ne l'apprécient guère mais c'est le régulateur qui mène le jeu à présent", dit Christian Thun (Moody's Analytics). "Il faudra qu'elles s'en accommodent". Cela étant, la BCE se contentera de mettre en lumière les points faibles et d'inviter à trouver des solutions plutôt que d'ordonner la fermeture ou la réduction d'activité d'un segment d'activité donné. Si les anomalies persistent, les régulateurs auront le droit de réclamer une augmentation des fonds propres ce qui pourrait rendre prohibitif le coût d'exercice de certaines activités. Ils pourront aussi imposer des conditions d'information radicales, voire réclamer le départ des responsables rétifs. De fait, certains banquiers admettent que les derniers tests de résistance, dont les résultats ont été rendus publics fin octobre, ne se penchaient que sur les bilans et en cela étaient insuffisants pour conclure à la bonne santé du secteur. "Si on examine toutes les calamités qu'ont subi les banques en Italie... elles étaient toutes dues à la gouvernance et à la qualité des équipes", a dit un banquier italien. "Le capital n'a jamais été un problème". Les banques italiennes ont été les mauvaises élèves par excellence des derniers "stress tests", avec neuf banques recalées, dont la troisième banque du pays et plus ancienne au monde, Banca Monte dei Paschi di Siena BMPS.MI . Les tests ont dégagé un déficit de fonds propres de 2,1 milliards d'euros, conséquence d'une fusion catastrophique et d'un scandale tournant autour de dérivés. "Ce sera en quelque sorte une analyse préventive de la BCE afin qu'elle comprenne quel monstre elle a en face d'elle", a dit un autre banquier italien. Le secteur bancaire italien est l'un des moins rentables de la zone euro, les banques dégageant un maigre retour sur actifs de 0,17%. Mais l'Allemagne, à 0,21%, ne fait guère mieux. Avec 1.657 établissements, l'Allemagne concentre le tiers des banques européennes. Nombre d'entre eux sont trop petits pour faire des bénéfices. Les banques allemandes sont en outre parmi les moins efficaces, avec un ratio coûts-revenus de 73%, le plus élevé de la zone euro à l'exception de l'Autriche. De tels paramètres rendent les banques vulnérables à des périodes de vaches maigres ou des crises, quel que soit par ailleurs l'importance de leur capital. Le spécialiste du financement maritime HSH Nordbank HSH.UL a, par exemple, passé les tests de résistance grâce à des garanties de l'Etat qui lui coûtent tant en commissions qu'il dispose de peu de ressources pour se restructurer et consolider son capital. Une seule banque allemande a échoué aux tests mais elles auraient été cinq si l'on avait appliqué les règles de fonds propres qui entretront pleinement en vigueur en 2019. (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)


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