Banques cherchent présidents en GB, irréprochables si possible

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LES BANQUES BRITANNIQUES POURRAIENT AVOIR DU MAL À TROUVER LE DIRIGEANT IDÉAL
LES BANQUES BRITANNIQUES POURRAIENT AVOIR DU MAL À TROUVER LE DIRIGEANT IDÉAL

par Matt Scuffham

LONDRES (Reuters) - Trois des quatre principales banques britanniques devraient changer de président au cours des deux prochaines années mais elles risquent d'avoir du mal à trouver le dirigeant idéal, estiment chasseurs de têtes et connaisseurs du secteur.

Une demi-douzaines de personnalités sont jugées susceptibles de prétendre à la présidence de Lloyds, de Barclays ou de Royal Bank of Scotland, ce qui risque de compliquer le recrutement.

Lloyds est sur le point de nommer à sa présidence Norman Blackwell, l'actuel président de sa filiale d'assurance Scottish Widows, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier.

Cet ancien consultant en gestion d'entreprise conjugue expérience bancaire, entregent politique et absence de tout scandale dans son curriculum vitae, ce qui en fait un candidat presque idéal. Mais pour Barclays et RBS, trouver un vétéran vertueux risque d'être plus difficile.

"Il y a sans doute moins d'une douzaine d'individus dans le monde qui ont l'expérience requise", a déclaré à Reuters John McFarlane, 66 ans, président de l'assureur Aviva. "Je crois qu'idéalement, le président d'une banque doit avoir une expérience bancaire suffisante en raison de la complexité qu'implique le poste."

LE PRÉCÉDENT CO-OP

Le nom de John McFarlane a été évoqué pour la présidence de RBS, dont il a été administrateur indépendant jusqu'en 2012 mais cet ancien banquier dit ne pas être intéressé.

Les risques liés au manque d'expérience ont été mis en évidence récemment par les difficultés de Co-op Bank, un établissement mutualiste qui a échappé de peu à la banqueroute en raison des pertes accumulées dans l'immobilier sous la présidence de Paul Flowers, un pasteur méthodiste.

Lors d'une audition au Parlement, Paul Flowers avait reconnu qu'il était incapable de comprendre certains des principaux indicateurs financiers internes de Co-op. Il a depuis démissionné et a été impliqué dans une affaire de drogue.

Le dossier Co-op a valu des critiques aux autorités de tutelle du secteur, ce qui pourrait les rendre plus exigeantes à l'avenir.

Les banques manquent aussi de candidats expérimentés pour leurs postes d'administrateurs indépendants (NED), susceptible de jouer un rôle d'appui au président.

"Le vrai problème, c'est le manque de NED de grande qualité", estime un haut responsable de la régulation bancaire.

Le président de Lloyds, Win Bischoff, 72 ans, a déclaré dans un discours ce mois-ci que la moitié des postes d'administrateur indépendant des banques devaient être confiés à des personnes disposant d'une expérience bancaire.

De tels profils ne devraient pas manquer en Grande-Bretagne, un pays dans lequel le secteur des services financiers emploie plus d'un million de personnes et représente environ 10% de l'activité économique.

EXPÉRIENCE ET EXPERTISE

Pour Peter Hahn, professeur à la Cass Business School de Londres, les banques et les chasseurs de têtes doivent élargir le champ de leur recherche.

"Ils pêchent dans un bassin trop petit", dit cet ancien banquier. "Il semblent réclamer davantage d'expérience des conseils d'administration que d'expertise (du secteur financier). Tant que nous n'irons pas plus loin en décidant que l'expertise est ce qui compte vraiment, ce problème subsistera."

Autre difficulté: trouver des professionnels qui n'ont pas été éclaboussés par les divers scandales qui ont contraint certaines des principales banques du pays à accepter l'entrée de l'Etat à leur capital, puis à payer de lourdes amendes pour mauvaise conduite sur les marchés.

Ces affaires ont conduit Londres à durcir la réglementation en vigueur: les dirigeants du secteur seront désormais soumis à des tests annuels de compétence et encourront jusqu'à sept ans de prison en cas de malversation. De quoi dissuader certains candidats potentiels.

Certains groupes britanniques ont contourné l'écueil en allant recruter un directeur général à l'étranger, à l'instar de RBS avec le Néo-zélandais Ross McEwan ou de Lloyds avec le Portugais Antonio Horta Osorio. Mais la solution risque d'être plus délicate à mettre en oeuvre pour le poste de président.

Chez Lloyds et RBS, dont l'Etat est encore actionnaire, s'ajoute la nécessité de bien connaître les us et coutumes politiques et réglementaires, ce qui complique le recrutement à l'étranger.

Avec Steve Slater; Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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