Banque-Les suppressions de postes vont s'accélérer en 2016

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    * Les grandes banques suppriment massivement des postes 
    * Les investisseurs attendent plus, plus vite 
    * La banque de détail et les BFI les plus exposées 
    * Des emplois détruits définitivement par la technologie 
 
    par Anjuli Davies, Sinead Cruise et Steve Slater 
    LONDRES, 21 décembre (Reuters) - Une croissance économique 
atone, un environnement réglementaire contraignant et des 
changements technologiques accélérés se conjugueront encore en 
2016 pour pousser les banques européennes à réaliser de 
nouvelles réductions de coûts, dont l'emploi sera le premier à 
faire les frais, estiment analystes et investisseurs. 
    Dix des plus grandes banques européennes ont annoncé 130.000 
suppressions de postes depuis juin, soit plus que le total des 
deux années précédentes, selon des données collectées par 
Reuters.  
    Les réductions d'effectifs vont devoir encore s'accentuer et 
s'accélérer si le secteur bancaire européen veut améliorer sa 
rentabilité et se rapprocher des niveaux atteints par les 
banques américaines, estiment des investisseurs. 
    "Nous interprétons les suppressions de postes comme le signe 
d'un changement structurel et pas seulement conjoncturel vers 
des banques de plus petite taille", a dit Jamie Clarke, qui 
co-dirige la recherche macroéconomique de la société de gestion 
Liontrust.  
    Malgré les milliers de suppressions de postes intervenues 
pendant et à la suite de la crise financière de 2007-2009, la 
nouvelle vague de destructions d'emplois dans le secteur en 
Europe souligne à quel point les banques européennes sont en 
retard par rapport à leurs concurrentes américaines dans la mise 
en oeuvre de changements structurels indispensables. 
    Les 78.000 suppressions de postes annoncées par 18 des plus 
grandes banques européennes sur 2013-2014 représentaient 4,1% de 
leurs effectifs totaux alors que les six plus grandes banques 
américaines ont supprimé plus de 7% des leurs sur la même 
période. 
    Moins d'un tiers des banques de la zone euro présentaient 
une structure leur permettant d'espérer dégager une rentabilité 
satisfaisante sur la durée contre 80% des banques américaines, 
selon une étude sur 300 grandes banques internationales publiée 
l'année dernière par le Fonds monétaire international. 
    "Les banques américaines ont presque toutes fait ce qu'il y  
avait à faire et sont sur une pente ascendante", dit Chris 
Wheeler, analyste sur le secteur bancaire chez Atlantic 
Equities. 
    "Après, il y a les banques qui sont sur leur 'chemin de 
Damas'. Elles ont enfin réalisé que le marché ne les 
renflouerait pas et qu'elles devaient mettre en oeuvre des 
changements fondamentaux, les Deutsche Bank, Credit Suisse, 
Barclays. Elle vont connaître une année de changements majeurs 
qui, pour la plupart d'entre elles, ne seront pas achevés avant 
plusieurs années." 
    Rabobank est la dernière en date des grandes banques 
européennes à avoir taillé dans les effectifs avec 9.000 
destructions de postes, rejoignant ainsi Deutsche Bank, 
UniCredit, Credit Suisse, HSBC et Standard Chartered sur la 
liste des établissements réduisant leurs effectifs, qui n'a 
cessé de s'allonger depuis le début du second semestre. 
     
    LA NOUVELLE SIDÉRURGIE 
    La baisse des effectifs peut certes résulter de cessions 
d'activités en bloc sans se traduire nécessairement pas des 
destructions d'emploi. Mais les changements technologiques 
poussent les banques à fermer des agences ou à migrer vers des 
systèmes moins intensifs en main-d'oeuvre. 
    "Nous sommes dans un marché durablement baissier pour 
l'emploi dans le secteur bancaire parce que nous voyons que la 
technologie et l'automation détruisent finalement des postes 
dans la banque de détail", dit à Reuters Xavier VanHove, associé 
de la société de gestion THS Partners. 
    Les banques de la zone euro souffrent aussi d'un contexte 
économique et de taux d'intérêt peu favorables. Alors que la 
Réserve fédérale américaine a franchi une nouvelle étape dans la 
normalisation de sa politique monétaire en relevant ses taux 
directeurs la semaine dernière, la Banque centrale européenne 
n'exclut pas un nouvel assouplissement de la sienne qui 
accentuerait encore la pression sur les marges d'intérêt.  
    De nombreuses banques européennes sont en pleine réflexion 
sur le sort de leurs activités de banque d'investissement avec 
des activités de marché particulièrement sur la sellette car 
gourmandes en fonds propres et aux marges comprimées par les 
évolutions technologiques. 
    Les banques européennes qui ajustent rapidement leurs 
effectifs et leurs lignes de métiers pourraient voir leur 
rentabilité se rapprocher de celle de leurs homologues 
américaines en 2017, alors qu'elle est inférieure de 3% à 4% 
actuellement, estiment les analystes de Morgan Stanley. 
    "Les rendements sur les actifs sont environ moitié moindres 
pour les banques européennes que pour les américaines. La 
réduction des activités peu performantes, la diminution 
intensive des coûts et la redynamisation des métiers à forte 
rentabilité des fonds propres seront déterminantes", 
écrivent-ils dans une récente note de recherche. 
    Le nouveau directeur général de Barclays, qui a déjà 
commencé à tailler dans les activités de banque 
d'investissement, principalement en Asie, prépare de nouvelles 
suppressions de postes, ont dit des sources au fait du dossier.  
    "L'essentiel des réductions de postes dans la banque 
d'investissement concerne les activités de taux, change et 
matières première, où les choses sont vraiment difficiles (...) 
et plus structurelles que conjoncturelles.", dit Stéphane 
Rambosson, directeur général du cabinet de chasseurs de têtes, 
DHR International.  
    "C'est un peu comme dans les années 1980 quand des millions 
de travailleurs de la sidérurgie ont dû se reconvertir. Je suis 
sûr que dans ce secteur, ils vont faire cela aussi." 
    BNP Paribas pourrait supprimer des postes dans le cadre de 
son programme de réduction de 20% des coûts de sa division de 
banque d'entreprise et institutionnelle (CIB), qui emploie plus 
de 29.000 personnes, avait dit une source proche du dossier à 
Reuters en octobre, en mentionnant l'utilisation du "big data" 
pour mieux identifier les besoins des clients.   
    Pour l'ancien directeur général de Barclays, Antony Jenkins, 
l'ampleur des réductions de coûts imposées par les changements 
réglementaires et technologiques risque d'être bien plus 
importante. Il a ainsi évoqué une réduction de moitié des 
effectifs des banques au cours de la prochaine décennie, 
prophétisant que les responsables des systèmes d'information 
supplanteront les banquiers d'affaires en termes d'influence 
dans les banques. 
    "Les prochains dirigeants de banque seront recrutés parmi 
les directeurs des systèmes d'information ou les directeurs de 
la technologie. Ce sont eux les nouveaux maîtres", dit Bill 
Michael, responsable mondial pour le secteur bancaire du cabinet 
de consultants KPMG. 
     
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Patrick 
Vignal) 
 

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