Banco Espirito Santo annonce une perte semestrielle massive

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BES DÉCROCHE EN BOURSE
BES DÉCROCHE EN BOURSE

par Laura Noonan et Andrei Khalip

LISBONNE (Reuters) - Les espoirs de Banco Espirito Santo (BES) de lever des capitaux frais sans recourir à une aide publique se sont encore amenuisés jeudi avec un nouveau décrochage de l'action de la première banque portugaise, provoqué par l'annonce d'une perte massive et des révélations sur de possibles agissements illégaux de responsables de l'établissement.

Le titre BES a été suspendu de cotation pendant un peu plus de deux heures jeudi matin au lendemain de la publication par la banque d'une perte de 3,6 milliards d'euros au premier semestre et de la suspension de cadres dirigeants soupçonnés d'abus de biens sociaux.

L'action a perdu jusqu'à près de la moitié de sa valeur dans les premières transactions tombant à un plus bas de 17 centimes d'euros peu après la reprise des négociations contre un cours 0,3470 euro mercredi en clôture, lui-même près de quatre fois inférieur à celui du 11 juin. L'action peine depuis à limiter ses pertes et affiche une chute de près de 39% à 14h30 GMT à 21,30 centimes d'euro.

L'action Crédit agricole (-4,45%) accuse à la même heure l'une des plus forte baisse des banques européennes en Bourse ainsi que du CAC 40, l'établissement français étant le deuxième actionnaire de BES avec près de 15% du capital.

"Les résultats et le besoin de recapitalisation correspondent à peu près au pire scénario envisagé par le marché. Le ratio de solvabilité est tombé bien en-dessous du niveau réglementaire", a déclaré Joao Lampreia, analyste chez Banco Bing, qui estime que la banque devra lever trois milliards d'euros.

BES est la seule banque portugaise qui n'avait pas fait appel à une aide publique après l'éclatement de la crise financière de 2007-2008. Ses nouveaux dirigeants, nommés le 14 juillet après la perte de contrôle par la famille Espirito Santo qui avait fondée la banque il y a plus de cent ans, n'entendent pas qu'il en aille autrement. Une ambition de plus en plus difficile à soutenir après les annonces de mercredi.

UN MINIMUM D'UN MILLIARD D'EUROS

"La Banque du Portugal et le nouveau directeur général de BES ont dit que des investisseurs privés étaient prêts à mettre la main à la poche", rappelle Stefan Nedialkov, analyste de Citi dans une note de recherche. "Mais faudra-t-il que l'Etat ou des créanciers obligataires ordinaires soient mis à contribution ?", s'interroge-t-il.

La Banque du Portugal a dit mercredi soir que l'appel à des capitaux privés était la solution qu'elle privilégiait pour BES dont le ratio de fonds propres Tier 1 est tombé à 5% à fin juin, contre un minimum réglementaire de 7%. La banque centrale a assuré que des fonds publics étaient disponibles si BES en avait besoin.

Le Portugal dispose toujours de plus six milliards d'euros pour la recapitalisation du secteur bancaire provenant du plan de sauvetage international dont le pays a bénéficié et dont il est sorti en mai, a précisé la banque centrale.

BES a déclaré tard dans la soirée de mercredi qu'elle lèverait suffisamment de fonds pour disposer d'un volant de sécurité au-delà du minimum réglementaire mais elle n'a pas précisé de montant dans l'immédiat.

La banque a dit qu'elle convoquerait une assemblée générale des actionnaires pour approuver ses projets de recapitalisation "dans un délai raisonnable".

BES devrait lever au moins un milliard d'euros de capitaux frais pour respecter le minimum réglementaire en matière de ratio de solvabilité et jusqu'à trois milliards d'euros pour retrouver le niveau qui prévalait avant l'annonce de la perte massive du premier semestre, estiment les analystes de Nomura dans une note de recherche.

BES avait levé un milliard d'euros le 11 juin dernier par une émission avec droit préférentiel de souscription.

Plus d'une vingtaine d'investisseurs potentiels ont eu des discussions avec la Banque du Portugal la semaine dernière en vue d'une possible entrée au tour de table de BES, ont déclaré à Reuters des sources proches du dossier.

Le fonds spéculatif DE Shaw et des clients de Goldman Sachs ont déjà pris une participation équivalant à 5% du capital.

La Banque du Portugal a répété à plusieurs reprises qu'une aide publique ne serait envisagée qu'en dernier recours, ont souligné les sources.

Un dirigeant d'un fonds spéculatif qui envisage de prendre une participation dans la banque estime qu'elle n'est pas condamnée à un renflouement sur fonds publics.

"S'il n'y avait aucune chance de lever des fonds, l'action vaudrait probablement zéro", note-t-il en faisant référence au précédent d'une banque qui a levé plus de capitaux qu'il ne lui en restait. Monte dei Paschi a en effet levé 5 milliards d'euros alors qu'elle n'avait que 2,5 milliards d'euros de fonds propres quand elle a sollicité les investisseurs, rappelle-t-il.

(Mathilde Gardin et Marc Joanny pour le service français, édité par Benoît van Overstraeten)

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  • guyguy18 le jeudi 31 juil 2014 à 17:54

    La crise est repartie,en pire.