Baltasar Garzon comparaît devant la justice espagnole

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DÉBUT DU PROCÈS DU JUGE ESPAGNOL BALTASAR GARZON
DÉBUT DU PROCÈS DU JUGE ESPAGNOL BALTASAR GARZON

par Teresa Larraz Mora

MADRID (Reuters) - Baltasar Garzon, le juge espagnol qui s'est fait connaître en poursuivant dans les années 1990 l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, s'est retrouvé mardi sur le banc des accusés dans le cadre d'un procès pour écoutes téléphoniques illégales.

Le magistrat de 55 ans est poursuivi dans trois affaires distinctes liées aux enquêtes qu'il a pu mener sur des cas de violations de droits de l'homme, de corruption et d'autres délits.

Des soutiens du magistrat se sont rassemblés devant le Tribunal suprême pour le saluer, en brandissant des pancartes dénonçant un procès qui n'est pour eux qu'une manoeuvre politique. Garzon s'est fait au cours de sa carrière de nombreux ennemis au sein de l'élite politique espagnole.

Parmi ses partisans figuraient des victimes du franquisme ainsi qu'un représentant d'une association argentine des droits de l'homme.

Dans son premier procès, qui a débuté mardi, Baltasar Garzon est accusé d'avoir mis sur écoutes téléphoniques les avocats de deux suspects impliqués dans un scandale de corruption impliquant le Parti populaire (PP, droite).

"Il a enfreint les droits qu'il disait défendre", a accusé Ignacio Pelaez, avocat de l'accusation. "Je veux que le Tribunal suprême impose des limites aux juges (...), respecte les droits de la défense (...) et dise que tout n'est pas permis dans une procédure d'instruction."

Garzon, qui rejette les accusations, est apparu devant les sept juges du Tribunal suprême vêtu de sa robe de magistrat pour l'audience préliminaire. Il encourt une interdiction de 20 ans d'exercice de sa fonction de juge, une condamnation susceptible de mettre un terme à sa carrière.

GRANDS DOSSIERS INTERNATIONAUX

Il est également poursuivi pour avoir voulu enquêter sur la mort de plusieurs dizaines de milliers de civils lors de la dictature franquiste et d'avoir ainsi violé la loi d'amnistie générale.

Il a enfin été mis en examen dans un troisième dossier pour avoir classé sans suite une plainte contre la banque Santander après avoir été payé indirectement par la banque pour des conférences délivrées à New York.

L'Audience nationale, la juridiction suprême espagnole, l'a suspendu de ses fonctions en mai 2010 en raison des poursuites engagées contre lui pour abus de pouvoir.

De nombreux avocats internationaux, d'organisations de défense des droits de l'homme et de personnalités, comme le réalisateur Pedro Almodovar, ont apporté leur soutien au magistrat.

"Quelle cruelle ironie que Garzon soit poursuivi pour avoir tenté d'appliquer dans son pays les principes qu'il a défendu avec succès dans le monde", a déploré Reed Brody, porte-parole de l'ONG Human Rights Watch.

"En l'absence de circonstances claires et accablantes, poursuivre un juge pour son action judiciaire sape le principe d'indépendance de la justice", a-t-il ajouté.

Garzon est réputé en Espagne pour avoir mené les enquêtes sur les escadrons de la mort mis en place par le gouvernement socialiste dans les années 1980 dans son conflit contre les séparatistes basques.

Ses détracteurs l'accusent d'avoir cherché à se mettre en valeur en s'orientant vers des dossiers internationaux très médiatisés, comme les prisonniers du camp de Guantanamo ou les disparus de la dictature argentine des années 1970.

En 1998, il a tenté en vain d'obtenir l'extradition de l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet afin qu'il soit jugé en Espagne pour les exactions commises sous la junte.

Marine Pennetier et Gregory Schwartz pour le service français

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