Bakou propose une trêve au Haut-Karabakh, Erevan se méfie

le , mis à jour à 16:27
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 (Actualisé tout du long) 
    par Nailia Bagirova et Hasmik Mkrtchyan 
    EREVAN, 3 avril (Reuters) - L'Azerbaïdjan a annoncé dimanche 
qu'il cessait ses opérations contre les séparatistes arméniens 
du Haut-Karabakh après deux jours de combats qui ont fait 
plusieurs dizaines de morts et suscitent l'inquiétude des 
grandes puissances.  
    Le Haut-Karabakh, enclavé en territoire azerbaïdjanais, est 
géré par une administration fermement soutenue militairement et 
financièrement par l'Arménie depuis le conflit séparatiste de 
1991, qui a fait 30.000 morts. 
    La situation, toujours tendue malgré le cessez-le-feu conclu 
en 1994, se détériorait depuis plusieurs semaines et les deux 
camps s'imputent mutuellement la responsabilité de la reprise 
des affrontements, les plus graves depuis l'accord de trêve.   
    "L'Arménie a violé toutes les règles du droit international. 
Nous ne renoncerons pas à notre principale position. Mais dans 
le même temps, nous observerons le cessez-le-feu et ensuite, 
nous tâcherons de résoudre ce conflit par la voie pacifique", a 
déclaré le président Ilham Aliev lors d'une réunion du conseil 
de sécurité nationale retransmis à la télévision publique.  
    Ilham Aliev a ajouté que les troupes azerbaïdjanaises 
avaient remporté une "grande victoire", allusion à des gains 
territoriaux engrangés samedi par Bakou.  
    "Après avoir pris en compte (...) les appels des 
organisations internationales, l'Azerbaïdjan a décidé de cesser 
unilatéralement sa riposte militaire et va consolider ses gains 
territoriaux", a déclaré de son côté le ministère azerbaïdjanais 
de la Défense, cité par l'agence de presse russe RIA. 
     
    POURSUITE DES COMBATS 
    Selon les responsables arméniens et ceux du Haut-Karabakh, 
les affrontements n'ont pas cessé pour autant.  
    Les agences de presse russes ont signalé des tirs 
d'artillerie en provenance des deux camps près de Mardakert, 
dans le nord de l'enclave.  
    Samedi, le ministère azerbaïdjanais de la Défense avait dit 
avoir libéré des "hauteurs et des installations stratégiques" 
dans le nord et l'est de la région.  
    "En ce moment même, les hostilités se poursuivent", a dit un 
porte-parole des séparatistes, cité par l'agence russe Interfax. 
    "Au cours des dernières 24 heures, l'Azerbaïdjan a déclaré à 
deux reprises une cessation des hostilités, mais la réalité et 
la situation aujourd'hui, c'est qu'aucune mesure pratique n'a 
été prise de leur part", a ajouté ce porte-parole. 
    A Erevan, le vice-ministre arménien de la Défense, David 
Tonoyan, a déclaré que l'Arménie était prête à fournir une "aide 
militaire directe" aux forces du Haut-Karabakh si nécessaire. 
    L'armée du Haut-Karabakh a qualifié la proclamation d'un 
cessez-le-feu unilatéral par Bakou de "désinformation", mais 
elle s'est déclarée prête à discuter d'une proposition de trêve 
à la condition que les belligérants reviennent sur les positions 
qu'ils occupaient avant les affrontements du week-end.  
     L'ambassadeur d'Azerbaïdjan à Moscou, Polad Bulbuloglu, a 
dit quant à lui que Bakou était prêt à entamer des discussions 
avec l'Arménie, à condition qu'elle retire ses effectifs 
militaires qui occupent selon lui un cinquième du Haut-Karabakh. 
    "Depuis 22 ans, des efforts sont déployés pour parvenir à un 
règlement pacifique du conflit. Combien en faudra-t-il ? Nous 
sommes prêts pour un règlement pacifique du problème, mais, si 
la voie pacifique n'est pas choisie, nous suivrons la voie 
militaire", a-t-il déclaré au micro d'une radio moscovite.  
     
    UNE CENTAINE DE MORTS ? 
    De multiples efforts menés au cours des ans par la France, 
les Etats-Unis et la Russie, médiateurs du conflit, pour aboutir 
à un règlement permanent ont échoué. Bakou menace régulièrement 
de reprendre la région montagneuse par la force. 
    Le ministère azerbaïdjanais de la Défense a déclaré que ses 
forces avaient détruit dix chars appartenant aux séparatistes et 
tué de nombreux combattants ennemis au cours de combats pendant 
la nuit. L'armée du Haut-Karabakh minimise ses pertes et dit 
avoit détruit 14 chars et cinq véhicules blindés azerbaïdjanais 
au cours des dernières 24 heures.     
    Samedi, Bakou avait annoncé une centaine de morts dans les 
rangs arméniens et douze tués dans ceux des forces 
gouvernementales. Le président arménien Serj Saksian a quant à 
lui parlé de 18 morts et de 35 blessés. Aucun bilan n'a été 
avancé dimanche.  
    Le président russe Vladimir Poutine a invité les deux camps 
"à faire preuve de retenue pour éviter de nouvelles pertes". 
    Son homologue français François Hollande a appelé "à la plus 
grande retenue et au respect immédiat, total et durable du 
cessez-le-feu". "La priorité absolue doit aller à l'apaisement", 
indique un communiqué de l'Elysée diffusé samedi soir.  
    Le service de presse de la présidence à Bakou a déclaré que 
la Turquie avait exprimé son soutien aux actions de Bakou, 
rapporte l'agence RIA.   
    Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, a quant à lui 
exhorté "toutes les parties concernées à mettre fin 
immédiatement aux combats, à respecter pleinement l'accord de 
cessez-le-feu et à prendre des mesures urgentes pour désamorcer 
la situation".  
 
 (Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service 
français) 
 
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