«Baisser les taux d'assurance-vie est un manque de respect envers les épargnants»

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INTERVIEW - Le président de l'Afer, première association d'épargnants en Europe, dénonce la recommandation de Christian Noyer de baisser le taux de l'assurance-vie qui «est de nature à faire peur aux épargnants».

«Une atteinte à la démocratie financière», «un manque de respect vis-à-vis des épargnants». C'est peu de dire que Gérard Bekerman, président de l'Afer, première association d'épargnants en Europe (48 milliards d'euros d'actifs sous-gestion et 725.000 adhérents), n'a pas du tout apprécié la sortie de Christian Noyer. Le gouverneur de la Banque de France recommande aux assureurs de baisser ses taux d'assurance-vie. Une sortie qui a d'autant plus choqué Gérard Bekerman qu'elle intervient le jour-même de l'action en justice intentée contre l'assureur Axa et l'association d'épargnants Agipi.

Un avis que ne partage par la Fédération française des sociétés d'assurance. «Le gouverneur, qui est également président de l'autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), est dans son rôle, qui est un rôle de conseil, de référence mais aussi de régulateur, affirme Bernard Spitz au Figaro. Il est légitime qu'il rappelle que l'intérêt des assurés repose sur une logique de placement à long terme. Nous vivons une période prolongée de taux exceptionnellement bas. L'assurance vie, dans ce contexte, assure des rendements de qualité qui en font le placement préféré des Français. Les épargnants peuvent être rassurés de savoir que les taux que continueront à leur proposer les assureurs sur le long terme allieront prudence et rentabilité.»

Le Figaro - La recommandation de Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, de baisser les taux d'assurance-vie vous a-t-elle choqué?

Gérard Bekerman - Elle n'a sans doute pas choqué les assureurs, mais elle choque les assurés. Je ne savais pas que le taux de rémunération de l'assurance vie était un taux d'escompte! Un gouverneur n'a pas vocation à communiquer sur ce type de taux. Cette mission incombe au Trésor public. Nous partageons le légitime souci du gouverneur d'alléger le service financier de notre dette grâce à des taux le plus bas possible. Mais l'Afer lui demande également de respecter une autre légitimité: la juste rémunération de l'épargne que des millions de Français ont placée en assurance-vie, et cette épargne est généralement le fruit de tout une vie de travail qui doit être respecté. Les propos de Christian Noyer peuvent aussi sembler contradictoires avec la volonté du gouvernement d'inciter les épargnants à prendre plus de risque à l'heure du nouveau contrat Eurocroissance (contrat d'assurance-vie qui permet de souscrire à des fonds investis dans l'économie français, ndlr). On ne peut pas d'un côté dire «Ne prenez-pas de risque» et, d'un autre «Prenez du risque pour nos petites entreprises». La position du gouverneur de la Banque de France me semble être une atteinte à la démocratie financière et de nature à faire peur aux épargnants.

En quoi est-ce une «atteinte à la démocratie financière»?

Le taux de l'assurance-vie n'est pas un taux qui se décrète ou se fabrique. A l'Afer, notre taux est naturel. En 2013, nous avons un taux de 3,36%. Au cours des cinq dernières années, il a été en moyenne de 3,58. Les épargnants subissent de plein fouet une véritable répression financière d'abord avec des taux d'intérêt historiquement bas, ensuite avec une inflation contenue mais rampante, enfin avec ces prélèvements sociaux et fiscaux qui ne cessent de grimper.

Quel taux l'Afer va-t-elle servir en 2014?

L'Afer fera tout pour être fidèle à son image et tiendra ses engagements. L'Afer a confiance dans l'avenir des fonds en euros. Notre rémunération sera raisonnable.

L'Agipi fait l'objet d'une action en justice pour ne plus avoir continué de servir un taux de 4,5% qu'elle avait garanti. L'Afer a-t-elle déjà fait une telle promesse dans le passé?

A l'Afer, nous ne prenons aucun risque excessif. Nous sommes sereins. Autant qu'il m'en souvienne, il devait s'agir d'une clause largement partagée par la communauté de l'assurance vie. Les épargnants ont besoin de confiance.

Assez pour continuer de reverser 100% de bénéfices comme vous avez l'habitude de le faire chaque année?

Notre monde est plus instable et plus incertain. Il serait sans doute sage de mettre un peu de côté sous forme de provision pour participation aux excédents (PPE). C'est une résolution que nos adhérents ont votée en assemblée générale. Il n'y a pas de confiance sans prudence. Avec des marchés volatils, surtout si une hausse des taux devait être brutale, il est normal de réfléchir à l'idée d'étaler la performance de nos fonds euros dans le temps. Mais nous le ferions avec parcimonie.

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