Baisse inattendue du principal taux directeur de la BCE

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LA BCE ANTICIPE UNE PÉRIODE PROLONGÉE DE FAIBLE INFLATION, SELON MARIO DRAGHI
LA BCE ANTICIPE UNE PÉRIODE PROLONGÉE DE FAIBLE INFLATION, SELON MARIO DRAGHI

par Eva Taylor et Paul Carrel

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a ramené jeudi son principal taux directeur à un nouveau plus bas niveau historique, une décision inattendue qui répond au ralentissement marqué de l'inflation observé le mois dernier, signe de faiblesse de la reprise économique de la zone euro.

Elle a par ailleurs annoncé qu'elle garantirait aux banques un accès illimité et à taux fixe à la liquidité banque centrale au moins jusqu'à la mi-2015.

La monnaie unique est tombée sous 1,34 dollar juste après l'annonce de la décision sur les taux, tandis que les Bourses européennes gagnaient du terrain et que les rendements des emprunts d'Etat de la région refluaient.

La hausse des prix dans la zone euro est tombée à 0,7% sur un an en octobre, selon la première estimation publiée la semaine dernière, s'éloignant un peu plus de l'objectif que s'est fixé la BCE, soit un taux "inférieur à mais proche de 2%".

"Nous pourrions observer une période prolongée d'inflation faible suivie par un mouvement de hausse graduelle vers un taux d'inflation inférieur à mais proche de 2% par la suite", a prévenu le président de la BCE Mario Draghi lors de sa conférence de presse mensuelle.

La BCE a abaissé son principal taux de refinancement d'un quart de point à 0,25%. Elle a maintenu le taux de dépôt à 0,0% mais le taux de la facilité de crédit a lui aussi été abaissé d'un quart de point à 0,75%.

"Nous avons toute une gamme d'instruments à activer avant d'atteindre le plancher (sur les taux)... et en principe nous pouvons même encore abaisser le taux (refi)", a poursuivi Draghi.

Plusieurs gouvernements de la région, l'italien en tête, et des chefs d'entreprise avaient plaidé ces derniers jours en faveur d'un assouplissement de la politique monétaire, en arguant notamment de la vigueur de l'euro, mais la plupart des économistes s'attendaient à ce que la banque centrale attende le mois prochain pour agir.

Mario Draghi a fait état d'un consensus au sein du conseil des gouverneurs sur la nécessité d'une action mais pas sur son calendrier.

"Les risques déflationnistes et la vigueur de l'euro semblent avoir poussé la BCE à agir. Il est évident que la BCE sous la présidence de Draghi est devenue beaucoup plus pro-active qu'elle ne l'a été sous ses prédécesseurs", a commenté Carsten Brzeski, économiste d'ING.

Mario Draghi a repris les termes de la communication avancée inaugurée en juillet et stipulant que le conseil des gouverneurs anticipe que les principaux taux directeurs de la BCE demeurent à leur niveau actuel voire plus bas pour une période prolongée.

Il a dit ne pas constater de menaces de développement d'un large mouvement de déflation dans la zone euro.

VISIBILITÉ SUR LA LIQUIDITÉ

Mario Draghi a annoncé une prolongation au moins jusqu'à la mi-2015 de la procédure d'appels d'offres à taux fixe intégralement servis pour l'ensemble des opérations principales de refinancement, alors que les professionnels des marchés monétaires jugent préoccupante la diminution des liquidités excédentaires dans la zone euro.

Avec le remboursement progressif par les banques des deux opérations de refinancement à plus long terme (LTRO) lancées par la BCE fin 2011 et début 2012, ces liquidités excédentaires, c'est à dire celles détenues par les banques au -delà du seuil nécessaire pour couvrir leurs opérations quotidiennes, sont au plus bas depuis la fin 2011.

"Faisant d'une pierre trois coups, la BCE fait taire les critiques de son immobilisme, renforce la crédibilité de son action et s'achète une petite assurance pour la reprise dans l'UEM (Union économique et monétaire)", a estimé Bruno Cavalier, économiste chez Oddo.

"Maintenant que le (principal) taux directeur est près du plancher, la question se pose de savoir comment la BCE réagira l'année prochaine si la croissance et l'inflation ne se matérialisent pas", relève toutefois Andrew Bosomworth, gérant chez PIMCO.

L'Irlande, qui devrait obtenir jeudi après des années d'austérité le feu vert de ses bailleurs de fonds internationaux pour sortir du plan de sauvetage qu'ils lui ont consenti, a salué la décision de la BCE.

"Nous voulions que les taux d'intérêt baisse et cela conforte notre position pour retourner sur les marchés parce que les spreads en Europe devraient se resserrer", a déclaré le ministre irlandais des Finances Michael Noonan.

"La baisse des taux d'intérêt et l'indication que le niveau de la devise pourrait fléchir un peu soutiendra nos exportations et aidera notre économie à croître", a-t-il ajouté.

Son homologue français Pierre Moscovici a réagi via son compte Twitter et qualifié les initiatives de la BCE de "soutien bienvenu à la reprise dans la zone euro en limitant les risques de déflation".

Le président du Conseil italien s'est lui aussi félicité des décisions de la BCE.

"Cela montre que la BCE se préoccupe de la croissance et de la compétitivité en Europe", a déclaré Enrico Letta lors d'une conférence de presse à Dublin, ajoutant que la baisse des taux permettra un "rééquilibrage" de la parité euro-dollar qui a été "une source de difficultés au cours des derniers mois".

Marc Angrand et Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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  • M8645678 le jeudi 7 nov 2013 à 18:11

    La BCE a abaissé de 0,25% son principal taux de refinancement (à 0,25%) et le taux de la facilité de crédit, ramené à 0,75%, et les médias explosent de joie! Quelle absence de lucidité, en comparaison de 57% de prélèvements obligatoires! La BCE n'a plus aucun leviers à sa disposition, les politiques les ont confisqués avec leurs laxismes. Pauvre France, sans voiles et sans gouvernail !

  • NORDGHAZ le jeudi 7 nov 2013 à 17:49

    LA FIN EST PROCHE, MERCI SUPER MARIO ET CONTINUE A FAIRE PLAISIR à TES POTES DE gs