Bachar al Assad désavoué par ses pairs de l'OCI

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par Hadeel Al Shalchi

ALEP, Syrie (Reuters) - Bachar al Assad, qui ne contrôlerait plus que 30 % de son pays aux dires de son ancien Premier ministre, est confronté à un nouvel affront diplomatique avec la suspension attendue de la Syrie par l'Organisation de la coopération islamique (OCI).

Les ministres des Affaire étrangères des membres de l'OCI, qui regroupe 56 États plus l'Autorité palestinienne, ont décidé lundi de suspendre Damas de cette organisation lors de la réunion préparatoire au sommet qui doit s'ouvrir dans le courant de la journée à La Mecque, en Arabie saoudite.

Cette mesure, qui sera votée et annoncée mercredi, reste toutefois symbolique et ne devrait pas avoir de répercussion concrète sur le régime Assad qui continuera de jouir du soutien de son allié iranien, qui s'est opposé à la motion sans pouvoir l'empêcher.

Le président Bachar al Assad voit probablement dans cette initiative la main des États sunnites soutenant les "terroristes", terminologie officielle désignant à Damas les insurgés, pour l'évincer.

Les divisions tant au niveau des grandes puissances internationales qu'au Proche-Orient avec la rivalité opposant l'Iran chiite à l'Arabie saoudite sunnite, ont fait obstacle aux tentatives diplomatiques d'apaisement.

La Chine qui, comme la Russie, a bloqué toute tentative d'action au Conseil de sécurité de l'Onu, doit accueillir Bouthaïna Chaaban, conseillère politique et pour la presse du chef de l'Etat syrien. Attendue à Pékin dans la soirée, l'émissaire de Bachar al Assad sera reçue par le chef de la diplomatie chinoise.

Pékin s'est dit prêt à examiner la possibilité de recevoir aussi des opposants au régime syrien.

L'ancien Premier ministre, Ryad Hidjab, a par ailleurs déclaré à Amman que le gouvernement Assad ne contrôlait plus que 30 % du territoire syrien.

JUSTICE EXPÉDITIVE?

Au cours de cette première apparition publique depuis sa défection la semaine dernière, cet ancien responsable sunnite a affirmé que le moral mais aussi les moyens économiques et matériels dont dispose le régime de Damas étaient au plus bas.

Alors que les affrontements se concentrent désormais à Damas et dans la capitale économique, Alep, les rebelles ont progressé notamment dans l'est du pays. A Daïr az Zour, ville déshéritée à majorité sunnite et chef-lieu de la principale région productrice de pétrole, les combats font rage.

Les rebelles affirment notamment avoir capturé un pilote d'avion de chasse fidèle à Assad, des vidéos mises en ligne montrant l'avion prendre feu sous des tirs nourris. Cette version a toutefois été démentie par le pouvoir, qui affirme que le pilote a pu s'éjecter à la suite de "problèmes techniques".

Une vidéo postée sur YouTube montre le pilote aux mains des rebelles qui promettent de le traiter conformément aux Conventions de Genève.

D'autres vidéos montrent en revanche des insurgés en train de se faire justice de manière expéditive: on peut notamment voir un homme accusé d'appartenir à la milice d'Assad être égorgé à l'arme blanche par des insurgés l'accusant d'être un "chabbiha" (milicien proAssad).

Dans les hôpitaux, les Syriens affluent plus en quête de nourriture que de soins, selon le témoignage de médecins.

On compte 1,5 million de Syriens déplacés à l'intérieur du pays et 150.000 autres réfugiés en Turquie, Jordanie, Irak et au Liban, selon des données publiées par les Nations unies.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, une organisation opposée au régime et dont le siège est à Londres, 180 personnes ont été tuées lundi.

Valerie Amos, responsable du département des Affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), est arrivée mardi en Syrie pour une visite de trois jours visant à examiner les moyens d'accroître l'aide aux civils.

Avec Suleiman Al-Khalidi, Tom Perry, Erika Solomon et Mariam Karouny; Agathe Machecourt pour le service français, édité par Jean-Loup Fiévet

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  • baljo le mardi 14 aout 2012 à 17:18

    Mais ces messieurs, qui ont pourtant des « plans » ambitieux, gèrent les crises à la petite semaine, voire au jour le jour, espérant que se produira l’ »événement » dont parlait Napoléon. En Syrie, il tarde à se produire… Et la réunion de l’OCI n’est qu’un théâtre d’ombres formatées de plus, de quoi alimenter 48 heures de plus la campagne médiatique anti-syrienne. C’est toujours ça de pris….

  • baljo le mardi 14 aout 2012 à 17:18

    ...avait tenu à ce jour plus de cent réunions sur la Syrie et aucune sur le Bahrein – où là c’est au moins 70% de la population qui est entré en dissidence ouverte – ou l’Arabie séoudite, touchée elle aussi ce dernière semaines par une vive contestation de la minorité chiite.

  • baljo le mardi 14 aout 2012 à 17:14

    À Téhéran, dans une conférence de presse, un des collaborateurs du Guide suprême Ali Khameneï ne s’est pas privé de faire allusion à la situation au Bahrein, royaume allié du Qatar et de l’Arabie séoudite, situation qui connait une nouvelle aggravation, la majorité chiite du royaume étant en révolte ouverte contre la dynastie sunnite locale. Ce responsable des questions internationales auprès du Guide a fait entre autres choses remarquer que le Conseil de sécurité des Nations-Unies ....

  • baljo le mardi 14 aout 2012 à 17:10

    Pour la Syrie, l’OCI, comme la Ligue arabe ou tout autre institution dominée par le Golfe et donc les Américains, ne mérite qu’une seule ligne politique : celle de la chaise vide. L’honneur et la souveraineté de la nation arabe étant ponctuellement défendus par l’Iran