Ayrault en visite dans une Tunisie prise pour cible par l'EI

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    * La Tunisie touchée de plein fouet par les djihadistes 
    * Trois attentats en 2015, attaques à la frontière libyenne 
    * Coopération sécuritaire, aide aux régions défavorisées 
 
    par Marine Pennetier et John Irish 
    PARIS, 17 mars (Reuters) - Jean-Marc Ayrault se rend ce 
jeudi en Tunisie, à l'heure où ce pays, qui a réussi sa 
transition politique après le printemps arabe, subit de plein 
fouet les répercussions de l'instabilité en Libye où l'impasse 
politique profite à l'Etat islamique. 
    Au cours de cette visite de deux jours, le chef de la 
diplomatie française assistera à un hommage aux victimes de 
l'attaque du musée du Bardo en mars dernier et "portera aux 
Tunisiens un message de solidarité", selon le Quai d'Orsay.  
    Il rencontrera par ailleurs le président tunisien Beji Caid 
Essebsi, le Premier ministre Habib Essid et son homologue 
Khemaies Jhinaoui pour évoquer la coopération entre les deux 
pays et l'aspect sécuritaire, selon une source diplomatique. 
    "La question de la sécurité par rapport à la Libye va être 
un des gros sujets évoqués dans le cadre de la lutte 
anti-terrorisme", explique-t-on de même source. 
    Berceau du printemps arabe, la Tunisie a été touchée l'an 
dernier par trois attentats revendiqués par l'Etat islamique, 
contre le musée du Bardo en mars, la station balnéaire de Sousse 
en juin et un bus de la garde présidentielle en novembre. 
    Et depuis le début de l'année, le pays doit faire face à une 
instabilité grandissante dans sa zone frontalière avec la Libye. 
    Plus de cinquante personnes ont été tuées la semaine 
dernière lors d'une attaque menée à Ben Guerdane, une ville 
située à quelques kilomètres de la Libye, par des hommes armés 
qui ont revendiqué leur appartenance à l'Etat islamique.     
    Pour tenter de contenir la menace, les autorités ont érigé 
une barrière de 200 kilomètres le long de la frontière qui doit 
permettre d'empêcher l'entrée de djihadistes sur son territoire. 
    "Attaque après attaque, on voit qu'il y a des ramifications 
en Libye, notamment de Tunisiens qui sont en Libye et qui se 
retournent contre la Tunisie", souligne une source occidentale.  
         
    INQUIÉTUDE GÉNÉRALE 
    Face au risque de déstabilisation, la France, qui coopère 
depuis plusieurs décennies avec la Tunisie sur le plan 
sécuritaire, a annoncé un renforcement de cette entraide en 
débloquant 20 millions d'euros sur deux ans.  
    En déplacement à Tunis en octobre, le ministre de la Défense 
Jean-Yves Le Drian avait fait de la coopération dans le domaine 
des forces spéciales et dans le renseignement une priorité. 
    Cinq mois plus tard, un tiers des 20 millions d'euros d'aide 
- essentiellement en matière d'équipements de soldats et de 
moyens aéro-mobiles - ont été utilisés.  
     "Des deux côtés, Tunisie et France, on estime qu'il y a un 
plan cohérent, il faut juste s'assurer qu'il est bien mis en 
oeuvre", souligne-t-on à Paris, où l'on estime que la 
coopération commence à porter ses fruits.  
    "Les Tunisiens ont réussi à porter des coups aux groupes 
terroristes", confirme une source occidentale, qui cite le Mont 
Chaambi et plus récemment Ben Guerdane. "Sans doute la 
coopération internationale assez forte a produit de premiers 
résultats, donc il faut intensifier le processus".  
    L'enjeu est désormais d'augmenter le volume des forces 
spéciales tunisiennes qui comptent moins d'un millier d'hommes. 
    Confrontée à une menace sécuritaire grandissante, la Tunisie 
doit également faire face à une fronde sociale qui a fait 
descendre plusieurs milliers de Tunisiens dans la rue pour 
réclamer du travail ou demander des hausses de salaire.  
    Dans ce contexte, la France a annoncé en janvier un plan de 
soutien d'un milliard d'euros sur les cinq prochaines années. 
    "Il y a un terreau socio-économique sur lequel la 
radicalisation prospère", souligne une source diplomatique 
française. "Il y a un chômage assez massif chez les Tunisiens 
qui fournissent un des plus grands contingents [de combattants 
partis rejoindre l'Etat islamique-NDLR). C'est dans les zones 
défavorisées qu'il faut agir en priorité".  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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