Avenir flou et doutes en Israël après le cessez-le-feu à Gaza

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par Nidal al-Mughrabi et Jeffrey Heller GAZA/JERUSALEM, 27 août (Reuters) - Le cessez-le-feu illimité décrété mardi dans la bande de Gaza a été respecté dans la nuit mais après sept semaines de tirs de roquettes palestiniennes, Israël s'est réveillé mercredi au son des vives critiques contre la gestion du conflit par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. A Gaza, où les partisans du Hamas ont fêté une "victoire" mardi soir, la population profitait des premières heures sans raids aériens israéliens pour se rendre dans les banques et les magasins et tenter de reprendre une vie normale. En Israël, les sirènes d'alerte ont cédé la place aux cris de colère contre une issue jugée insatisfaisante. "Après 50 jours d'une guerre pendant laquelle une organisation terroriste (le Hamas, NDLR) a tué des dizaines de soldats et de civils (israéliens), perturbé la vie quotidienne et plongé le pays dans une situation économique dramatique (...) nous étions en droit d'attendre bien plus que l'annonce d'un cessez-le-feu", écrit Shimon Shiffer dans Yedioth Ahronoth, le journal le plus diffusé d'Israël. "Nous aurions pu espérer que le Premier ministre se rende à la résidence du Président et l'informe de sa décision de démissionner", ajoute-t-il. Benjamin Netanyahu, cible pendant le conflit de critiques régulières des membres d'extrême-droite de sa coalition gouvernementale, qui plaidaient pour une intervention militaire terrestre massive contre le Hamas, ne s'est pas exprimé depuis l'annonce de la trêve conclue sous l'égide de l'Egypte. Ce cessez-le-feu, d'une durée illimitée, contrairement aux précédents, a mis fin à une guerre qui a fait 2.139 morts et des dégâts considérables côté palestinien et 70 morts, dont six civils, en Israël. Il doit se traduire par la réouverture des points de passage entre Gaza, Israël et l'Egypte, pour permettre l'acheminement d'une aide humanitaire et de matériaux de reconstruction. Un responsable du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a dit souhaiter qu'ils soient placés sous la responsabilité des forces de sécurité du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et du gouvernement d'union que son parti, le Fatah, a formé avec le Hamas en juin. "NETANYAHU A COMPRIS L'ABSURDITÉ DU CONFLIT" Israël et l'Egypte, qui considèrent tous deux le mouvement islamiste palestinien comme une menace pour leur sécurité, ont demandé des garanties que celui-ci ne puisse pas reconstituer son arsenal. "Nous n'avons pas d'objection à l'envoi d'une aide civile à Gaza", a déclaré le porte-parole de Benjamin Netanyahu, Mark Regev. "Nous ne voulons pas que le Hamas reconstitue sa machine militaire." Dans un second temps, un mois environ après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, Israéliens et Palestiniens devraient entamer des négociations sur les sujets les plus sensibles, comme la construction d'un port à Gaza et la libération de détenus du Hamas, peut-être en échange de deux soldats israéliens que celui-ci détiendrait. Cet accord n'a pas convaincu la plupart des éditorialistes de la presse israélienne, nombreux à juger mercredi qu'Israël n'a fait que reporter le problème. "Au lieu d'ouvrir la voie à une suppression de la menace venant de Gaza, nous posons les bases du prochain conflit, au Liban ou à Gaza", accuse Nahum Barnea. "Les Israéliens voulaient un chef, un homme d'Etat qui sait ce qu'il veut, quelqu'un qui prend des décisions et qui engage un dialogue réel et sincère avec ses concitoyens", écrit-il dans Yedioth Ahronoth. "Il n'ont eu qu'un porte-parole à la petite semaine, pas beaucoup plus." Dans le quotidien Maariv (droite), Ben Caspit juge également que l'Etat hébreu n'est pas sorti victorieux d'un conflit qui le laisse avec "un secteur touristique au fond du trou (et) une économie au bord de la récession". Le correspondant militaire de Yedioth Ahronoth, Alex Fishman, est plus indulgent envers Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Moshe Yaalon, qu'il crédite d'avoir "compris dès le début l'absurdité de ce conflit et saisi chaque opportunité de cessez-le-feu". Le ministre du Logement, Uri Ariel, membre du parti d'extrême-droite Foyer Juif, a d'ailleurs estimé que la coalition gouvernementale n'était pas menacée, à court terme, par l'issue de la guerre. (Avec Ari Rabinovitch à Jérusalem; Tangi Salaün pour le service français) )

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