Avec le salon Art Paris, la Russie s'installe au Grand Palais

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vichie81/Shutterstock.com
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(AFP) - Pleins feux sur la Russie! Le Salon d'art contemporain Art Paris, qui ouvre jeudi au public sous la nef du Grand Palais, met à l'honneur 90 artistes russes, des années 1930 à aujourd'hui. L'occasion d'explorer une scène aux multiples facettes.

Pour sa quinzième édition et la deuxième sous la houlette du commissaire général Guillaume Piens, la foire accueille jusqu'à lundi 144 galeries, contre 125 en 2012. Quarante-trois pour cent des galeries sont étrangères. Vingt pays sont représentés dont des nouveaux venus comme la Slovénie et les Émirats Arabes Unis.

Une plateforme centrale accueille onze galeries russes, de Saint-Pétersbourg, Moscou, Rostov-sur-le-Don et même Vladivostok. Simultanément une quinzaine de galeries européennes présentent leurs artistes russes.

Au fil des stands, on passe des artistes de la diaspora des années 1920-1950 (Boris Grigoriev, Aleksandr Yakovlev, Nikolay Zagrekov) aux artistes non-conformistes des années 1960-1990 (Erik Bulatov, Igor Makarevich, Leonid Sokov) et à la scène actuelle (Pavel Pepperstein, AES+F...).

La situation des femmes du groupe contestataire "Pussy Riot" -dont deux sont encore emprisonnées- est rappelée par une galerie américaine, Blue Square. Elle montre une oeuvre de l'artiste russe Gluklya (Natalia Pershina) qui a recréé la joyeuse tenue d'une des jeunes femmes cagoulées qui avaient chanté début 2012 une "prière punk" demandant à la Vierge de "chasser Poutine", dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. Leur action leur a valu d'être arrêtées, jugées et jetées en prison.

La galerie parisienne Rabouan Moussion présente une oeuvre forte de PG Group. "Elle évoque l'interrogatoire d'un des deux artistes de ce collectif russe suite à une de ses oeuvres provocatrices imaginant le bureau de Vladimir Poutine envahi par des Chinois", explique Caroline Moussion.

Interrogé sur le climat de la création en Russie aujourd'hui, l'artiste Ivan Razumov, 40 ans, qui présente ses oeuvres graphiques à la galerie Iragui (Moscou), répond qu'il n'a pas choisi "la confrontation". "Mais c'est difficile émotionnellement. Avec internet, on est courant de ce que se passe", dit-il.

"Métaphore"

Sur le stand de la galerie Melanierio (Nantes), l'artiste russe Peter Belyi (né en 1971) présente une installation faite d'une immense scie circulaire, suspendue à un fil, et qui éclabousse d'encre noire les cimaises attenantes. "Pour lui, cette oeuvre est une métaphore de la Russie actuelle, zone de danger accru", dit Guillaume Piens.

La Russie, c'est aussi celle photographiée de façon très plastique par Katerina Belkina. Son "Red Moscou" (2011), montrant une femme aux traits parfaits dans une flamboyante automobile rouge, évoque le luxueux train de vie des riches moscovites.

Né en 1966, Pavel Pepperstein, qui a le vent en poupe, réinterprète l'imaginaire de la Révolution russe et le constructivisme.

Igor Makarevich (né en 1943) s'inspire des silhouettes du peintre suprématiste Kasimir Malevitch (1878-1935), mais il leur rajoute le nez de Pinocchio, pour signifier le mensonge des utopies.

Dans un tout autre style, la galerie Christian Berst (Paris) met en lumière des artistes russes de l'art brut. Alexandre Lobanov (1924-2003), sourd-muet, enfermé pendant des décennies dans un hôpital psychiatrique, se fait photographier en héros de la Révolution et réalisé des armes en carton.

Jardinier à Moscou, Vasilij Romanenkov (né en 1953) compose des oeuvres étranges, faites de multiples cellules.

La galerie Marina Gisich de Saint-Pétersbourg se montre exigeante sur la qualité plastique des oeuvres de ses artistes. "Je cherche la beauté, sur une base classique, avec toute la complexité d'aujourd'hui", explique la galeriste. L'artiste Igor Pestov présente une grande tête de vache entièrement écorchée sous le titre "Innocence". "Il y a de la tendresse", affirme la galeriste.

pcm/fa/DS

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