Avec le prélèvement à la source, Hollande prend date pour 2017

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FRANÇOIS HOLLANDE PREND DATE POUR 2017
FRANÇOIS HOLLANDE PREND DATE POUR 2017

par Julien Ponthus et Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - François Hollande a lancé mercredi le chantier du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, une réforme semée d'embûches dont la mise en oeuvre renvoyée à l'après-quinquennat permet au président de prendre date pour 2017.

Cumulée à d'autres promesses comme la généralisation du tiers payant fin 2017, la revalorisation du traitement des fonctionnaires jusqu'à 2020 ou bien la généralisation des mutuelles de santé, cette mesure est vue comme un élément-clé de la pré-campagne dans laquelle s'est lancé le chef de l'Etat.

Pour Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris Interactive, ces initiatives permettent au président de "desserrer l'étau" que constitue le manque de résultats à court terme de sa politique et de se situer dans le "temps long" face à ses électeurs.

"Ce que je trouve assez frappant, c'est que cela marche un peu", dit l'analyste, pour qui cette stratégie explique le relatif niveau de confiance qu'il conserve auprès de son électorat.

"C'est une réussite en terme de stratégie de la part du président", poursuit le politologue, notant que ces réformes concernent le thème du pouvoir d'achat, cher à la gauche.

Il note qu'en outre, le chef de l'Etat s'emploie à rétablir une proximité avec les Français à travers une multiplication de déplacements sur le terrain.

François Hollande et l'équipe chargée de sa communication réfutent en bloc l'idée d'un départ en campagne.

"Ce serait plus qu'une erreur, une faute et un grand malentendu, que de vouloir accélérer parce qu'il y a une échéance", confiait récemment en privé le président.

Reste que pour nombre d'analystes, son discours de Carcassonne (Aude) le 19 mai, à la tonalité électorale, marque le début d'une longue opération de reconquête.

"UN TOUR DE PASSE-PASSE"

Pour ses adversaires politiques, notamment à droite, les initiatives du président, prélèvement à la source en tête, ne constituent que de la poudre aux yeux face à une situation économique et sociale catastrophique.

"C'est surtout une façon d'amuser la galerie, de détourner l'attention, d'élever un rideau de fumée", estime dans le magazine Valeurs actuelles à paraître jeudi François Fillon, candidat à la primaire des Républicains pour la prochaine élection présidentielle.

Abandonnée sur fond de "ras-le-bol fiscal" avec la démission de Jean-Marc Ayrault en 2014, la "grande réforme" fiscale promise en 2012 reste à l'état de projet, une fusion de la contribution sociale généralisée (CSG) et de l'impôt sur le revenu étant jugée trop lourde pour les classes moyennes.

Pour l'économiste Elie Cohen, François Hollande s'essaye à "un tour de passe-passe" politique en présentant une mesure technique "ni de droite ni de gauche" comme une conquête sociale auprès de son électorat.

"Je suis très amusé que l'on considère cela comme une grande réforme de gauche (...), c'est un truc politique", réagit le chercheur du CNRS, pour qui cette réforme démontre que le gouvernement se refuse désormais à alourdir l'ardoise fiscale des classes moyennes supérieures au profit des plus modestes.

Electoralement, cette mesure semble d'autant plus porteuse que la retenue à la source en 2018 se fera sans que les revenus salariaux de 2017 ne soient imposés, une disposition confirmée mercredi par le secrétaire d'Etat au Budget, Christian Eckert.

"Promis, demain on rase gratis!", raille dans un communiqué le sénateur (Républicains) Roger Karoutchi tandis que le député du même camp Eric Woerth dénonce un "électoralisme total" et "une ficelle un peu grosse".

La mise en oeuvre du prélèvement à la source traduit au contraire pour le gouvernement son ambition réformatrice et sa capacité à agir jusqu'au bout de son mandat.

C'est l'argument qu'a avancé François Hollande pour justifier le passage en force sur la loi Macron en dépit des protestations de l'aile gauche du Parti socialiste.

Deux semaines après avoir imposé leur "ligne" au congrès du PS, François Hollande et Manuel Valls restent confrontés à une contradiction entre le maintien de leur agenda réformiste et leur volonté d'unir la gauche avant 2017, un préalable indispensable pour le futur sortant.

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  • mark92 le mercredi 17 juin 2015 à 17:19

    Parole de socialos. Tout ira mieux en 2017. Quand on sera plus la. Mais va devoir payer les migrants, nos retraites d'hommes politiques. Merchi les franchais