Avec Kaine, Clinton prend un risque vis-à-vis de l'électorat noir

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    par James Oliphant 
    RICHMOND, Virginie, 23 juillet (Reuters) - En choisissant 
Tim Kaine comme colistier pour la présidentielle américaine, 
Hillary Clinton prend le risque de se mettre à dos une partie de 
l'électorat afro-américain, stratégique pour la candidate 
démocrate, car le sénateur de Virginie a soutenu par le passé un 
programme de lutte contre la criminalité impopulaire parmi la 
communauté noire.  
    Ce programme baptisé "Project Exile", expérimenté à Richmond 
à la fin des années 1990, la ville dont Tim Kaine a été le maire 
de 1998 à 2001, consistait à faire du port d'armes illégal un 
crime fédéral, et non un crime d'Etat, ce qui permettait à la 
justice d'envoyer les condamnés, noirs pour la plupart, dans de 
lointains pénitentiers fédéraux. 
    Soutenu à l'époque à la fois par les démocrates et les 
républicains, par la NRA, le lobby pro-armes, aussi bien que par 
les défenseurs du contrôle des armes à feu, le programme a 
toutefois fait l'objet de critiques de la gauche américaine, qui 
y a vu une initiative peu efficace et raciste, condamnant les 
jeunes Noirs à de longues peines de prison.  
    "Project Exile a brisé des familles. Ce n'est pas rien 
d'être pour. Ces mesures n'étaient pas utilisées contre les 
gamins blancs des banlieues, mais contre les jeunes Noirs des 
cités", déclare Nicole Lee, une avocate afro-américaine militant 
pour les droits civiques à Washington. 
    Hillary Clinton, qui a besoin du soutien de l'électorat noir 
lors de l'élection présidentielle pour compenser la forte 
popularité de son rival républicain Donald Trump auprès de 
l'électorat blanc, est elle-même critiquée pour avoir soutenu 
des politiques de répression dure de la délinquance dans les 
années 1990 jugées aujourd'hui responsables d'une surpopulation 
massive dans les prisons américaines. Elle promet désormais de 
"mettre fin à l'époque de l'incarcération de masse".  
    Dans un contexte de fortes tensions entre la police et la 
communauté noire, exacerbées par la mort récente de deux Noirs 
tués par des policiers et les fusillades qui ont coûté la vie à 
huit policiers à Dallas et Baton Rouge, la candidate démocrate 
cherche l'équilibre, soutenant le mouvement de lutte contre les 
violences policières faites aux Noirs "Black Lives Matter" tout 
en condamnant fermement les meurtres de policiers.  
    Les défenseurs de Project Exile, un programme que Donald 
Trump juge "formidable" et qu'il souhaite relancer, mettent en 
avant le fait que les quartiers noirs de Richmond étaient alors 
ravagés par le crack et un taux d'homicides exponentiel. Jerry 
Oliver, chef de la police à l'époque, et lui-même 
afro-américain, se souvient: "Nous devions intervenir là où il y 
avait des problèmes." 
    En tant que premier maire blanc de Richmond en plus de dix 
ans, Tim Kaine a été crédité d'avoir su apaiser les tensions 
raciales dans la ville. Amy Dudley, porte-parole du bureau de 
Kaine au Sénat, assure que le sénateur de Virginie juge toujours 
favorablement ce programme car il est convaincu qu'il a permis 
de réduire la violence par arme à feu.  
    Mais pour Kevin Ring, vice-président de Families Against 
Mandatory Minimums, un groupe de pression hostile aux peines 
plancher fédérales, Tim Kaine, comme Clinton, devra montrer 
qu'il a "évolué" sur ces questions.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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