AVANT-PAPIER-Visite du pape en Afrique sur fond de tensions religieuses

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* Premier voyage du pape François en Afrique * Une visite à hauts risques en République centrafricaine * Pour le dialogue entre chrétiens et musulmans par Philip Pullella CITE DU VATICAN, 23 novembre (Reuters) - La visite du pape François du 25 au 30 novembre au Kenya, en Ouganda et en République centrafricaine sera la première en Afrique de son pontificat, sur fond de vives tensions entre chrétiens et musulmans. Les trois pays de son voyage ont tous été victimes ces dernières années de violences interreligieuses -- attentats islamistes et affrontements entre communautés. Pour des questions de sécurité, cette tournée sera relativement courte, quelques jours après les sanglantes attaques djihadistes en France et au Mali. Les conseillers du pape reconnaissent les difficultés du dialogue avec les autres religions quand des extrémistes se livrent au nom de Dieu à des massacres à travers le monde. "Comment dialoguer avec des gens qui ont une telle mentalité ? Il ne peut y avoir de dialogue avec des extrémistes. Regardez ce qu'ils font !", déclare le cardinal guinéen Robert Sarah, qui occupe depuis l'an dernier au Vatican le poste important de préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Au Soudan, les évêques nous disent que les chrétiens sont considérés "comme moins que des chiens, comme du bois juste bon à brûler", ajoute le cardinal Sarah, interrogé à Rome. Le pape François a appelé les chrétiens à ne pas assimiler islam et violence mais il est à craindre que la fracture entre les communautés en Afrique subsaharienne ne se creuse dans les décennies à venir. UNIQUEMENT LES CAPITALES Le nombre de chrétiens et de musulmans dans cette région du monde devrait plus que doubler d'ici 2050 par rapport à 2010, selon une étude du "Pew Research Center on Religion and Public life" publiée cette année. Les chrétiens devraient rester les plus nombreux dans la région, passant de 517 millions de fidèles en 2010 à plus d'1,11 milliard en 2050. Le rythme de croissance de la population musulmane devrait être plus rapide, passant de 248 millions à 670 millions. Pour ce qui est des seuls catholiques, selon le "Center for Applied Research in the Apostolate" (CARA) de l'université de Georgetown, le nombre de catholiques dans toute l'Afrique pourrait plus que doubler d'ici 2040, pour atteindre 460 millions de fidèles. Pour des raisons de sécurité, la visite du pape se limitera aux capitales des trois pays concernés. Un porte-parole a démenti les rumeurs selon lesquelles il porterait un gilet pare-balles. Le Kenya, sa première escale, a été particulièrement frappé par les djihadistes. Il y a deux ans, des islamistes somaliens du groupe Al Chabaab ont massacré 67 personnes dans le centre commercial de Westgate à Nairobi, la capitale. Le siège du complexe par les forces de sécurité avait duré quatre jours. En Ouganda, Al Chabaab a fait exploser des bombes dans des bars où les amateurs de football s'étaient rassemblés pour regarder à la télévision les matches de la Coupe du monde 2010. MISE EN GARDE FRANÇAISE Mais l'étape la plus périlleuse pour le pape sera celle de Bangui, la capitale centrafricaine, les 28 et 29 novembre. Des affrontements entre miliciens musulmans ("Séléka") et chrétiens ("anti-balaka"), y ont fait des dizaines de morts depuis septembre. François doit notamment se rendre dans une mosquée d'un des quartiers les plus dangereux de la ville. La France, dont des soldats restent déployés dans le pays en appui de la force de maintien de la paix des Nations unies, a mis en garde le pape contre les risques qu'il court à Bangui, estimant ne pas être en mesure de garantir totalement sa sécurité et celle des fidèles. "Nous avons simplement alerté les autorités du Vatican sur le caractère risqué d'un tel voyage, dans le contexte actuel de pré-élections, pour le pape lui-même et pour les centaines de milliers de fidèles qui pourraient faire le déplacement", a dit une source au ministère français de la Défense. "Nous sommes en capacité d'assurer la sécurité de l'aéroport et d'apporter un soutien d'évacuation médical en cas d'accident" mais pas plus, a-t-on ajouté de même source. Des élections présidentielle et législatives censées tourner la page du conflit qui déchire le pays depuis deux ans doivent se tenir le 27 décembre après avoir été à reportées à plusieurs reprises en raison de la poursuite des violences. Les autorités politiques et religieuses centrafricaines se sont employées jeudi à rassurer le Vatican sur les conditions de sécurité dans la capitale, voyant dans cette visite pontificale le moyen d'envoyer un signal de normalisation et de redonner espoir à la population. ID:nL8N1376WJ (Avec Edmund Blair à Nairobi, Marine Pennetier à Paris et Crispin Dembassa-Kette à Bangui; Guy Kerivel pour le service français)

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