AVANT-PAPIER-Vingt ans après la guerre, Karadzic attend le verdict des juges

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    par Daria Sito-Sucic 
    SARAJEVO, 23 mars (Reuters) - Le Tribunal pénal 
international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye (TPIY) rend jeudi 
son verdict contre Radovan Karadzic, ancien président des 
séparatistes serbes de Bosnie jugé pour génocide, crimes contre 
l'humanité et crimes de guerre. 
    Arrêté après onze ans de clandestinité en juillet 2008 dans 
un bus de Belgrade, physiquement méconnaissable, et transféré à 
La Haye, Karadzic est accusé des 43 mois de siège de Sarajevo, 
fatal à 11.500 personnes tuées sous les bombes ou les tirs des 
snipers, et du massacre de juillet 1995 à Srebrenica, "zone de 
sécurité" sous protection théorique de l'Onu où 8.000 Musulmans 
de Bosnie, hommes et adolescents, ont été tués par les 
séparatistes bosno-serbes. 
    L'ancien psychiatre, poète à ses heures, est considéré comme 
le cerveau de la campagne de purification ethnique menée par ses 
forces séparatistes. S'il est jugé coupable, il sera le plus 
haut responsable politique à être condamné en Europe par un 
tribunal international depuis les procès de Nuremberg contre les 
dignitaires nazis. 
    Karadzic, aujourd'hui âgé de 70 ans, a assuré seul sa 
défense lors de son procès fleuve, qui s'est étalé sur cinq ans 
et 497 jours d'audience avec les dépositions de 586 témoins. Le 
dossier de l'accusation représente trois millions de pages. 
    Les procureurs ont requis la réclusion criminelle à 
perpétuité. 
     
    "UN DES PLUS GRANDS CRIMINELS DE L'HISTOIRE RÉCENTE" 
    Plus de vingt ans ont passé depuis que les accords de Dayton 
ont mis un terme à l'automne 1995 à la guerre de Bosnie, qui a 
fait quelque 100.000 morts, et donné naissance à la nouvelle 
Bosnie-Herzégovine, avec sa présidence collégiale et ses deux 
entités, la Republika Srpska (RS) et la Fédération de 
Bosnie-Herzégovine (FBiH). 
    Pour les Bosniaques musulmans et les Croates du pays, 
Karadzic incarne la sauvagerie de la guerre. "De tous, Karadzic 
est le plus responsable de ce qui est arrivé à la Bosnie", dit 
Fikret Grabovica, dont la fille, Irma a perdu la vie il y a 
vingt-trois ans dans l'explosion d'une grenade serbe devant leur 
maison, à Sarajevo.  
    "Il faut qu'on s'en souvienne comme de l'un des plus grands 
criminels de l'Histoire récente et non pas, comme certains le 
souhaiteraient, comme un héros national", ajoute-t-il. 
    Kada Hotic, survivante de Srebrenica où son mari et son fils 
sont morts, estime que le verdict est important pour que 
personne n'ait le sentiment d'être intouchable. Elle y voit "un 
avertissement pour ceux qui à l'avenir oseraient pousser leur 
peuple à de tels crimes". 
    Le massacre de Srebrenica a été perpétré sous le 
commandement du général Ratko Mladic, chef militaire de Karadzic 
lui aussi jugé par le TPIY. 
     
    HÉRITAGE POLITIQUE 
    Pour de nombreux Serbes en revanche, Karadzic est une 
victime diabolisée par la communauté internationale. 
    Milorad Dodik, qui dirige l'entité serbe de Bosnie, 
présidait dimanche l'inauguration d'un dortoir universitaire 
baptisé à son nom à Pale, au-dessus de Sarajevo, qui fut le fief 
des séparatistes lors des années de guerre. Son procès a été une 
"humiliation pour la république serbe", a-t-il dit avant de 
dénoncer une "justice sélective". 
    Serge Brammertz, procureur en chef du TPIY, observait début 
mars que "tant qu'on aura en Bosnie trois livres d'histoire 
différents utilisés par les communautés serbe, croate et 
bosniaque avec un regard totalement différent sur la guerre mais 
aussi sur les 200 dernières années, comment voulez-vous qu'on 
avance ?" 
    La Bosnie de 2016, avance Srdjan Susnica, commentateur 
bosno-serbe, porte l'"héritage politique" de Karadzic. "Tout est 
là: les frontières, le nom, les symboles, la légitimité 
juridique et politique, les municipalités ethniquement purifiées 
en Republika Srpska, au point que je pense qu'il a obtenu tout 
ce qu'il voulait", dit-il à Reuters. 
    "Quel que soit le verdict, cela ne produira aucune 
différence significative parce que le territoire politique, qui 
a été créé sur un génocide et une homogénéisation nationale, 
d'abord des Serbes puis de tous les autres, survit", 
ajoute-t-il. 
 
 (avec Thomas Escritt à Amsterdam; Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
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