AVANT-PAPIER-Tokyo isolé sur les changes avant la réunion du G7

le
0
    par Leika Kihara et Tetsushi Kajimoto 
    TOKYO, 17 mai (Reuters) - Les espoirs du Japon d'orchestrer 
une action coordonnée du G7 dont il assure la présidence pour 
relancer une économie mondiale à la peine se heurtent aux 
divergences entre les pays membres sur les questions de 
politique budgétaire ou de change et Tokyo risque même de se 
retrouver sur la sellette pour sa gestion du yen.  
    Le secrétaire d'Etat américain au Trésor, Jack Lew, la 
présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, et 
le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, se 
retrouveront avec leurs homologues ministres des Finances et 
banquiers centraux du G7 pour une réunion de deux jours, les 20 
et 21 mai, à Sendai dans le nord du Japon. 
    Le Japon n'est pas parvenu à surmonter ses différents avec 
les Etats-Unis au sujet du yen, Washington ignorant les 
inquiétudes manifestées par Tokyo face à la récente appréciation 
de la devise japonaise face au dollar et plaidant au contraire 
contre les interventions sur le marché des changes. 
    Ce désaccord servira de toile de fond à la réunion des 
grands argentiers du Groupe des Sept (Etats-Unis, Canada, Japon, 
Allemagne, France, Italie et Grande-Bretagne), qui devrait au 
mieux réaffirmer l'importance de la stabilité des taux de 
change.  
    Il n'y a pas plus de consensus sur les mesures de relance 
budgétaires qui permettraient de soutenir l'activité économique 
mondiale, l'Allemagne se montrant toujours très réticente en 
dépit des appels pressants du Japon et des Etats-Unis pour 
qu'elle augmente ses dépenses.  
    Les responsables économiques japonais se sont employés à 
canaliser les attentes des investisseurs, déclarant que Tokyo 
n'avait jamais eu comme objectif de parvenir à un accord sur une 
réponse budgétaire coordonnée à la faiblesse persistante de la 
croissance mondiale.  
    Ils ont souligné que de telles initiatives ne sont 
envisageables qu'en temps de crise majeure comme celle qui a 
suivi la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers 
en 2008.  
     
    VAGUE ACCORD  
    Le G7 devrait parvenir à un vague accord sur la nécessité de 
déployer de manière "équilibrée" des politiques monétaires, 
budgétaires et structurelles, ont dit des responsables 
participant aux discussions préparatoires. 
    La réunion pourrait donc déboucher une nouvelle fois sur des 
recommandations en faveur de réformes structurelles plutôt que 
sur des actions concrètes pour éviter une rechute de l'économie 
mondiale en récession. 
    "C'est juste une manière de dire que vous avez quelque chose 
quand vous avez fait très peu", a dit Tamin Bayoumi, chercheur 
invité au Peterson Institute for International Economics.     
    Aucun communiqué n'est attendu à l'issue de la réunion mais 
le ministre japonais des Finances, Taro Aso, espère qu'elle 
permettra de poser des jalons en vue du sommet du G7 qui se 
déroulera la semaine prochaine avec à l'ordre du jour la 
question du soutien à la croissance mondiale. 
    Pour Tokyo, l'objectif premier de la réunion de Sendai est 
de parvenir à un accord rappelant l'importance de la "stabilité 
des taux de change", ont dit des responsables au fait des 
négociations.  
    Cela permettrait au Japon de justifier des interventions sur 
le marché des changes s'il considère que la hausse du yen est 
excessive.  
    Il est fort possible que Tokyo ne puisse guère obtenir 
beaucoup plus de ses partenaires en raison des divergences avec 
Washington sur ce qu'il convient de considérer comme une 
volatilité excessive du yen. 
    Jack Lew a dit vendredi que sa position n'avait pas changé 
concernant la politique de change japonaise depuis une réunion 
du G20 du mois dernier lorsqu'il avait affirmé à Aso que les 
marchés étaient "en bon ordre", en dépit de la hausse du yen.  
    Il a aussi dit que le Japon se reposait trop sur la 
politique monétaire et devait se concentrer sur le soutien à la 
demande interne et sur la poursuite des réformes structurelles. 
    Le Japon estime de son côté que la récente hausse du yen a 
un caractère spéculatif et considère que la mise en cause de sa 
politique vis-à-vis de sa monnaie dans le dernier rapport 
semestriel sur les changes du Trésor américain ne lui lie pas 
les mains. Taro Aso a multiplié les menaces  d'intervention sur 
le marché des changes afin d'enrayer l'appréciation du yen.  
    "Les Etats-Unis vont probablement continuer d'insister pour 
qu'aucun pays ne recourt à des dévaluations compétitives tandis 
que le Japon fera valoir que la volatilité excessive sur le 
marché des changes n'est pas souhaitable", a dit une source au 
fait des négociations du G7. 
    "Mais aucun pays, y compris les Etats-Unis, ne marquera un 
vif désaccord quant à l'importance de la stabilité des taux de 
change", a ajouté cette source.  
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Juliette 
Rouillon) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant