AVANT-PAPIER-Theresa May dans la fosse aux lions du Conseil européen

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    * Premier sommet de l'UE pour la Première ministre 
britannique 
    * Son discours sur le "Brexit dur" a surpris 
    * Les Européens veulent lui opposer un front uni 
 
    par Alastair Macdonald et Jan Strupczewski 
    BRUXELLES, 19 octobre (Reuters) - Nul ne s'attendait à ce 
que le premier Conseil européen de Theresa May soit une partie 
de plaisir, mais sa rencontre avec ses homologues jeudi à 
Bruxelles risque de tourner au vinaigre à présent qu'elle semble 
avoir choisi l'option d'un "hard Brexit". 
    Dans un premier temps, la Première ministre britannique, qui 
a succédé à David Cameron au 10, Downing Street dans la foulée 
du référendum du 23 juin, avait entretenu le flou sur la façon 
dont elle entendait gérer le divorce.  
    "Brexit means Brexit" (Brexit signifie Brexit), se 
contentait-elle de dire.   
    Mais le 2 octobre, devant les membres de son Parti 
conservateur réunis en congrès annuel à Birmingham, 
l'ex-ministre de l'Intérieur a abattu ses cartes : elle qui 
avait fait discrètement campagne pour le maintien dans l'UE a 
promis d'engager les négociations d'ici fin mars 2017, de 
juguler l'immigration européenne et de ne plus reconnaître les 
arrêts de la Cour de justice de l'Union.   
    Prises au dépourvu, les capitales européennes y ont vu les 
ingrédients d'un "hard Brexit", une sortie radicale qui 
placerait la question migratoire au-dessus des avantages 
commerciaux et de l'accès au marché unique. 
    Jeudi soir à Bruxelles, lors du café qui clôturera la 
première des deux journées de travail, quand Theresa May 
informera ses pairs de ses projets, ses partenaires écouteront 
attentivement dans l'espoir du moindre signe de souplesse. 
     
    "POUR LE MOMENT, LE TRAIN VA DROIT DANS LE MUR" 
    A Londres, certains estiment que la Première ministre 
réfléchit encore : son ministre des Finances, Philip Hammond, 
partisan d'un divorce "en douceur", l'a ainsi informée qu'il 
n'avait pas l'intention de démissionner, rapporte mercredi le 
Daily Telegraph  .  
    A Bruxelles, responsables et diplomates européens ne 
s'attendent guère à un assouplissement. 
    "Comment tout cela va-t-il se terminer ? Nul ne le sait. 
Mais pour le moment, le train va droit dans le mur", observe un 
haut responsable européen. 
    "On ne s'interdit pas de réfléchir. On invente, puisque 
c'est la première fois qu'on fait cela. C'est un terrain que 
l'on défriche", fait remarquer un autre diplomate.  
    Les Vingt-Sept vont s'attacher à opposer jeudi et vendredi 
un front uni à leur homologue britannique. "Il y a un surprenant 
degré de consensus. Nul ne veut donner d'ouverture aux 
Britanniques", note un responsable de l'UE. 
    Au lendemain du discours de Birmingham, plusieurs dirigeants 
européens ont salué la fin de l'incertitude sur le calendrier de 
des négociations formelles, qu'enclenchera l'activation par 
Londres de l'article 50 du traité de Lisbonne. 
    Pour le reste, des conseillers d'Angela Merkel ont dit avoir 
trouvé "menaçants et rudes" les propos tenus lors du congrès du 
Parti conservateur et François Hollande a estimé que les 
Britanniques avaient opté pour un "Brexit dur" dont ils 
devraient assumer les conséquences.    
    Le président du Conseil européen, Donald Tusk, s'est 
entretenu mardi avec Theresa May et ne s'attend pas à une 
nouvelle discussion lorsqu'elle se sera exprimée lors du sommet. 
    Certains dirigeants seraient pourtant enclins à accéder à 
une partie des exigences de Londres afin de faciliter 
l'ouverture des négociations formelles, qui ne devront pas 
excéder deux ans. D'autres refusent en revanche l'idée de 
"négociations préalables" avant l'activation de l'article 50. 
     
    POUR TUSK, "PAS DE COMPROMIS" 
    Début 2015, les Européens avaient accepté des compromis 
réclamés par David Cameron, avec l'espoir faciliter la victoire 
du camp du maintien dans l'UE au référendum de juin. 
    Mais avec Cameron, souligne un troisième responsable 
européen, "nous étions dans le même camp" - l'ex-Premier 
ministre a fait campagne contre le Brexit. "Aujourd'hui, c'est 
différent", ajoute-t-il, Londres d'un côté et les Vingt-Sept de 
l'autre poursuivant des objectifs divergents. 
    Les Européens sont particulièrement soucieux d'empêcher tout 
accès au marché unique sans respect des quatre libertés 
fondamentales de circulation - biens, services, capitaux et 
surtout personnes -, quand les Britanniques veulent pouvoir 
juguler l'immigration en provenance de pays européens. 
    Theresa May l'a d'ailleurs répété mercredi au Parlement 
britannique: le vote du 23 juin "était un vote pour s'assurer 
que nous ayons le contrôle des mouvements de personnes arrivant 
au Royaume-Uni en provenance des pays de l'UE". 
    Dans son expression publique, Donald Tusk n'a laissé aucun 
espace au doute : "Il n'y aura pas de compromis", a dit l'ancien 
Premier ministre polonais la semaine dernière à l'European 
Policy Centre.  
    "Il est inutile de spéculer sur un 'Brexit en douceur' (...) 
A mon avis, la seule alternative au 'Brexit dur', c'est 'Pas de 
Brexit', même s'il n'y a aujourd'hui pas grand monde pour croire 
en cette possibilité", a-t-il ajouté.  
    Des sources européennes font valoir qu'en coulisses, des 
représentants britanniques s'efforcent de préserver des options 
qui permettraient de maintenir des liens plus proches avec l'UE. 
    Londres, rapportait le Financial Times, pourrait ainsi 
continuer à contribuer au budget européen pour financer les 
subventions aux pays d'Europe de l'Est.   
    "May parle de 'Brexit dur' mais d'autres disent qu'on peut 
peut-être arranger les choses", dit un responsable européen déjà 
cité.  
    Comme si le discours de Birmingham était à usage interne, 
fait pour unifier le parti derrière une dirigeante non élue. Et 
non à poser les bases de la négociation avec Bruxelles. 
 
 (avec Elizabeth Pineau et Yves Clarisse à Paris, Elizabeth 
Piper et Kylie MacLellan à Londres, Noah Barkin à Berlin et 
Crispian Balmer à Rome; Henri-Pierre André pour le service 
français, édité par Yves Clarisse) 
 
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