AVANT-PAPIER-Réunion sur la Syrie à Munich, peu d'espoir de progrès

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    par John Irish et Louis Charbonneau 
    PARIS/NATIONS UNIES, 10 février (Reuters) - Le Groupe 
international de soutien à la Syrie (GISS) se réunit jeudi à 
Munich, en marge de la conférence internationale annuelle sur la 
sécurité, pour tenter de relancer les négociations entre le 
gouvernement de Damas et l'opposition syrienne, sans grand 
espoir d'une percée diplomatique. 
    Sur le terrain, l'aviation russe a intensifié ses opérations 
ces dernières semaines et permis aux forces gouvernementales et 
à leurs alliés de progresser face aux insurgés, notamment dans 
la région d'Alep, près de la frontière turque, et dans le sud du 
pays, dans la province de Deraa. 
    Ces offensives ont conduit à la suspension, le 3 février, 
des discussions entamées à Genève sous l'égide des Nations 
unies. L'émissaire spécial de l'Onu, Staffan de Mistura, espère 
relancer les négociations le 25 février. 
    Pour revenir sur les rives du lac Léman, le Haut Conseil 
pour les négociations (HCN), alliance de l'opposition syrienne 
formée en décembre à Ryad, exige l'application de la résolution 
2254 du Conseil de sécurité de l'Onu, qui prévoit notamment un 
cessez-le-feu, le ravitaillement des zones assiégées et la 
libération des détenus politiques.   
    Une source diplomatique aux Nations unies estime que Moscou 
cherche avant tout à gagner du temps pour permettre à l'armée du 
président Bachar al Assad de poursuivre son avance sur le 
terrain et mettre la communauté internationale devant le fait 
accompli. 
     
    "FAUSSES SUPPOSITIONS"  
    "Il est clair pour tout le monde maintenant que la Russie ne 
veut pas d'une solution négociée mais une victoire d'Assad", a 
dit cette source. 
    "Si ça continue, il sera facile d'obtenir bientôt un 
cessez-le-feu... Tous les opposants seront morts", a renchéri un 
diplomate occidental. 
    Mardi, Bouthaina Chaabane, conseillère politique du 
président Assad, a déclaré à Reuters à Damas que l'offensive 
gouvernementale allait se poursuivre afin de libérer Alep, dont 
plusieurs quartiers sont aux mains des insurgés, et d'assurer la 
sécurité à la frontière syro-turque.   
    "La politique américaine en Syrie a toujours reposé sur de 
fausses suppositions, la première étant qu'il ne pouvait pas y 
avoir de solution militaire au conflit", déclare Christopher 
Harmer, de l'Institute for the Study of War. 
    "Le régime Assad n'a aucun intérêt à ce qu'on trouve une 
solution politique, pas plus que les Russes, les Iraniens ou le 
Hezbollah iranien", ajoute-t-il. 
    Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, 
qui est sur le départ pour prendre la présidence du Conseil 
constitutionnel, a vivement critiqué mercredi les Etats-Unis et 
leurs "ambiguïtés" dans le conflit syrien. 
    "Je ne suis pas sûr que l'approche de la fin du mandat de M. 
(Barack) Obama le pousse à agir autant que son ministre (des 
Affaires étrangères, le secrétaire d'Etat John Kerry-NDLR) le 
déclare", a souligné Laurent Fabius.   
     
    LISTE DES "GROUPES TERRORISTES"  
    Le GISS qui se réunit à Munich rassemble 17 pays, dont les 
Etats-Unis, la Russie, la France, l'Iran et l'Arabie saoudite. 
    Après l'établissement en novembre dernier d'une "feuille de 
route" en vue d'obtenir un cessez-le-feu, d'ouvrir des 
négociations et d'organiser à terme des élections en Syrie, ses 
travaux n'ont guère progressé.  
    Lors d'une réunion en décembre, les membres du GISS se sont 
surtout affrontés pour savoir quels groupes armés syriens 
seraient considérés comme "terroristes" et donc exclus des 
négociations. 
    La Jordanie a été chargée de dresser la liste de ces groupes 
"terroristes". Le ministre iranien des Affaires étrangères, 
Mohammad Javad Zarif, n'a pas caché sa colère quand il a vu que 
la force Al Qods des gardiens de la révolution iranienne 
figurait sur cette liste. 
    "Zarif a alors suggéré d'inclure aussi la CIA", a dit un 
diplomate occidental. 
    Pour l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, qui 
soutiennent les insurgés syriens, des négociations 
internationales n'ont guère de sens tant que l'offensive des 
forces de Damas et les frappes aériennes russes se poursuivent. 
    De l'autre côté, l'Iran juge que l'Arabie saoudite est le 
principal obstacle à la paix. 
    Pour Damas, c'est la Turquie. "On a affaire à une agression 
turque. Les Etats européens et l'Occident doivent comprendre que 
le problème, c'est la Turquie. Le problème, c'est le 
gouvernement (du président Recep Tayyip) Erdogan, qui ne peut 
pas contribuer à la recherche d'une solution", a dit Bouthaina 
Chaabane. 
 
 (Avec Parisa Hafezi à Ankara, Jonathan Landay à Washington et 
Michelle Nichols à New York; Guy Kerivel pour le service 
français) 
 
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