AVANT-PAPIER-Pour la première fois, une femme pourrait être maire de Rome

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    par Crispian Balmer 
    ROME, 16 juin (Reuters) - Rome fut dirigée par des 
empereurs, des barbares, des papes, des dictateurs mais jamais 
par une femme. Cet oubli pourrait être corrigé dimanche à la 
faveur du second tour des élections municipales en Italie, qui 
pourrait voir la candidate du Mouvement 5 Etoiles (M5S), 
Virginia Raggi, marcher sur la ville éternelle. 
    Arrivée en tête du premier tour le 5 juin avec 35,2% des 
suffrages, l'avocate de 37 ans a distancé Roberto Giachetti, 
candidat du Parti démocrate (PD) du président du Conseil Matteo 
Renzi, crédité de 24,9% des voix. 
    "Les Romains sont prêts à tourner la page et je suis prête à 
gouverner cette ville et à rendre à Rome la splendeur et la 
beauté qu'elle mérite", a commenté Virginia Raggi. 
    Un succès du M5S dans la capitale italienne constituerait un 
test grandeur nature de gouvernement pour le mouvement 
populiste, donné par les sondages comme la deuxième formation 
politique au niveau national. 
    Cela lui donnerait également l'occasion de prouver son 
aptitude à gérer des municipalités de premier plan et de se 
forger une légitimité en vue des élections législatives de 2018. 
    Pour le PD et pour Matteo Renzi, la perte de Rome serait un 
coup dur même si le président du Conseil a pris soin de se tenir 
à l'écart de la campagne depuis le premier tour et a déjà 
prévenu que les résultats n'auraient aucune incidence sur la 
politique de son gouvernement. 
    Le danger est d'autant plus grand qu'à la perte de Rome 
pourrait s'ajouter celle de la capitale financière du pays, 
Milan, où Giuseppe Sala, choisi par Renzi pour mener la 
bataille, devance d'une courte tête (41,7% contre 40,8%) son 
rival Stefano Parisi, un ancien conseiller municipal. 
    La menace se fait également sentir à Turin, berceau de 
l'industrie automobile et traditionnel bastion de la gauche où 
le Mouvement 5 Etoiles a accompli une inattendue percée. A 
Bologne, autre fief des sociaux démocrates, le PD devrait en 
principe conserver la mairie face au candidat de centre droit. 
     
    RETRAIT DE GRILLO 
    La perte de l'une de ces villes résonnerait comme un sérieux 
avertissement pour le Parti démocrate et cela pourrait alimenter 
la contestation de la frange la plus à gauche du parti.  
    Au total, les municipales se déroulent dans 126 communes et 
concernent 8,6 millions d'électeurs potentiels, soit un 
cinquième l'électorat global. Elles sont perçues comme un test 
de respectabilité pour le M5S. 
    Lancé en 2009 par l'humoriste Beppe Grillo, ce mouvement 
spontané anti-système entendait cristalliser le ressentiment 
populaire à l'égard de la classe politique et des élites. 
    Organisation peu structurée, chapeautée par un directoire de 
cinq membres, elle s'était retrouvée aux marches du pouvoir à la 
faveur des élections législatives de 2013. 
    La rhétorique enflammée et provocatrice de Beppe Grillo 
constituait un repoussoir pour les électeurs modérés et la 
présence de l'humoriste comme figure emblématique du mouvement 
apparaissait comme un handicap pour sa pérennité. 
    Lorsqu'en 2014, Grillo annonce sur son blog qu'il entend 
prendre du recul, se comparant au personnage de Forrest Gump et 
se disant fatigué, le M5S perd son fondateur mais gagne en 
respectabilité. 
    "Cinq Etoiles est en train d'évoluer d'un mouvement, composé 
de partisans d'un chef charismatique, en un 'parti' avec une 
organisation et une structure interne", explique Raffaele De 
Mucci, professeur de sciences politiques à l'université LUISS. 
    "Rome sera un test fondamental si son maire est élu parce 
que c'est l'occasion de faire mentir la théorie selon laquelle 
il (le mouvement) est trop inexpérimenté pour gouverner", a-t-il 
ajouté.      
 
 (Avec Gavin Jones; Pierre Sérisier pour le service français, 
édité par Tangi Salaün) 
 
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