AVANT-PAPIER-Pologne/Elections-L'opposition conservatrice favorite

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par Marcin Goclowski, Marcin Goettig et Agnieszka Barteczko VARSOVIE, 22 octobre (Reuters) - Droit et Justice (PiS), parti conservateur et eurosceptique actuellement dans l'opposition, est donné favori des élections législatives de dimanche en Pologne, porté notamment par un ambitieux programme économique et les inquiétudes liées à la crise migratoire. Cette victoire annoncée pourrait se traduire par de nouvelles crispations entre Européens sur le dossier des migrants et aggraver les divisions avec Berlin, Bruxelles et Moscou. Les derniers sondages en date créditent Droit et Justice, parti de l'ancien Premier ministre Jaroslaw Kaczynski, de 36% des voix, loin devant les centristes de la Plate-forme civique (PO) au pouvoir, qui recueilleraient environ 22% des suffrages. PiS, qui entend faire passer la croissance économique à 5% du PIB contre 3,5% actuellement, veut que la banque centrale injecte chaque année dans l'économie 60 milliards de zlotys (un peu plus de 14 milliards d'euros) jusqu'en 2021. "Notre objectif, c'est une croissance économique de 5% (...) en évitant le risque de surchauffe ou d'inflation", explique le député Pawel Szalamacha dans une interview au quotidien Rzeczpospolita de jeudi. Droit et Justice prône notamment une forte hausse des dépenses publiques pour venir en aide aux plus défavorisés. Le parti, qui a été au pouvoir entre 2005 et 2007, a atténué depuis lors sa rhétorique anti-UE, pas suffisamment toutefois pour rassurer les diplomates à Bruxelles. En cas de victoire, Jaroslaw Kaczynski a décidé que le poste de Premier ministre devait revenir à Beata Szydlo, plus rassurante et consensuelle que lui. Toujours est-il que les rapports entre l'ancien Premier ministre polonais et les grands pays européens, notamment l'Allemagne, restent difficiles et que les observateurs s'attendent à ce que Kaczynski soit aussi offensif que par le passé quand il s'agit de la défense des intérêts de la Pologne, tels qu'il les comprend. CRISE MIGRATOIRE "Quand vous défendez vos intérêts, ça ne plaît pas à tout le monde", admet Witold Waszczykowski, qui fut le vice-ministre des Affaires étrangères dans le dernier gouvernement du PiS. "Mais l'Union européenne n'est pas un club d'altruistes..." La crise migratoire, la plus grave en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, risque aussi de devenir un champ d'affrontement entre Varsovie et l'UE. Les négociations sur la lutte contre le réchauffement climatique, ainsi que les relations avec la Russie, sont également des dossiers à risque. Lors d'un débat au parlement en septembre, Kaczynski avait violemment critiqué la Plate-forme civique, l'accusant de céder aux pressions de l'étranger en accueillant des migrants, au détriment de la population polonaise. Le gouvernement d'Ewa Kopacz, ignorant ces mises en garde, a finalement accepté de recevoir environ 7.000 réfugiés. Les relations avec l'Allemagne pourraient aussi se tendre. En 2007, Kaczynski avait invoqué le nombre de Polonais tués par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale pour réclamer un renforcement des droits de vote de son pays au sein de l'UE. PiS est également très critique envers la Russie, surtout depuis l'accident d'avion qui a coûté la vie en 2010 au frère jumeau de Kaczynski, Lech, qui était alors président. Pour Jaroslaw Kaczynski, la Russie est au moins en partie responsable de cet accident. Il a même avancé que son frère avait probablement été assassiné. Kaczynski a également mis en cause dans cette affaire Donald Tusk, qui était à l'époque le Premier ministre polonais et qui préside aujourd'hui le Conseil européen. Les relations entre Tusk et un gouvernement PiS s'annoncent donc plus que fraîches. (Avec Wiktor Szary, Guy Kerivel pour le service français)

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