AVANT-PAPIER-Peu d'espoir de succès des discussions de Genève sur le Yémen

le , mis à jour à 16:25
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* L'Onu réunit les parties en conflit, chacun campe sur ses positions * Le président Hadi craint d'être marginalisé en cas d'accord * Les Houthis résistent aux bombardements de la coalition sunnite par Sami Aboudi DUBAI, 12 juin (Reuters) - Les parties belligérantes du conflit au Yémen se retrouvent dimanche à Genève pour des discussions de paix organisées sous l'égide de l'Onu, mais peu d'éléments laissent espérer qu'elles mènent à une fin rapide des hostilités. L'émissaire des Nations unies au Yémen, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a déclaré que ces pourparlers pourraient permettre de mettre un terme au conflit qui dure depuis deux mois et a tué près de 2.600 personnes, et d'éviter une partition permanente du pays. Il a toutefois prévenu vendredi que les différentes parties ne seraient pas assises à la même table au début des négociations. "Chaque partie reste campée sur ses positions et continue de miser sur le conflit plutôt que sur un compromis politique", a déclaré Abdel-Bari Taher, un analyste yéménite. Cette situation est peut-être imputable à l'attitude du président yéménite Abd-Rabbou Mansour Hadi qui estime que les discussions doivent avant tout porter sur la résolution 2216 du Conseil de sécurité des Nations unies qui appelle les combattants houthis à quitter les principales villes du pays et à reconnaître l'autorité du chef de l'Etat. Les Houthis n'ont de leur côté aucune véritable raison d'abandonner des territoires qu'ils continuent d'étendre malgré onze semaines de bombardements de la coalition conduite par l'Arabie saoudite. Ryad redoute que l'Iran, soutien des rebelles chiites, profite du conflit pour accentuer son influence dans la région. DÉSUNION Alliés aux soldats restés fidèles à l'ancien président Ali Abdallah Saleh, les Houthis contrôlent de vastes parties du pays, dont la capitale Sanaa, tombée entre leurs mains en septembre. Parallèlement, le gouvernement en exil d'Abd-Rabbou Mansour Hadi montre quelques signes de désunion, le vice-président Khaled Bahah n'ayant pas été consulté lors de la désignation des membres de la délégation gouvernementale. Fareal al Muslimi, chercheur au Carnegie Middle East Centre, souligne qu'ils ont avant tout été choisis pour leur loyauté envers Abd-Rabbou Mansour Hadi. "Leur désignation montre à quel point on attend peu de ces discussions et que leur participation est symbolique et avant tout le résultat d'une pression internationale plutôt que d'une véritable volonté politique de trouver une solution." Responsables yéménites, diplomates étrangers et analystes ont dit qu'Abd-Rabbou Mansour Hadi cherche sans doute à saborder les discussions, de peur d'être marginalisé si un accord était trouvé à Genève ou si la campagne militaire conduite par l'Arabie saoudite se soldait par un échec. Installé au pouvoir en 2011 par l'Arabie saoudite et par les pays du Golfe dans la foulée de la chute d'Ali Abdallah Saleh, Abd-Rabbou Mansour Hadi n'a pas l'assise politique de son prédécesseur qui a gardé la confiance d'une grande partie de l'armée et qui s'est allié aux Houthis. ZONE TAMPON Malgré les demandes d'Abd-Rabbou Mansour Hadi, l'absence de résultats tangibles de la campagne aérienne de la coalition arabe n'a toujours pas convaincu l'Arabie saoudite de créer une zone tampon où le président pourrait constituer une force militaire susceptible de reconquérir les territoires contrôlés par les Houthis. De source diplomatique, le président yéménite sent s'effriter la confiance de ses partenaires et il craint que tout accord avec les Houthis se fasse à ses dépens. Une source yéménite à Ryad a cependant déclaré qu'Hadi restait soutenu par ceux qui pensent en Arabie saoudite que la guerre peut être gagnée. Dans l'édition de lundi du quotidien Al Araby, publié à Londres, l'analyste qatari Mohammed al Misfer déclarait: "le président doit être assuré, avec des garanties saoudiennes, qu'il ne sera pas éliminé du jeu tant que le Yémen ne sera pas libéré de l'hégémonie houthie et qu'il obtiendra, lui et son administration, un délai de deux ans pour reconstruire et organiser des élections." (Nicolas Delame pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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