AVANT-PAPIER-Martin Bouygues à la croisée des chemins sur les télécoms

le , mis à jour à 13:57
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* Le conseil de Bouygues se réunit à 18h sur l'offre d'Altice * Les télécoms, première grande diversification de Martin Bouygues * S'il décide de vendre pour E10 mds, que fera le groupe familial de cet argent ? par Leila Abboud et Gilles Guillaume PARIS, 23 juin (Reuters) - Martin Bouygues est confronté mardi à un choix aussi crucial que difficile: décider ou non de vendre l'activité télécoms du groupe, sa principale contribution personnelle à l'édification de l'entreprise héritée de son père Francis. Le conseil d'administration du groupe de BTP, de médias et de télécommunications doit se réunir à 18h00 pour discuter de l'offre du groupe européen de télécoms Altice ATCE.AS sur Bouygues Telecom, dont des sources proches du dossier ont dit qu'elle se chiffrait à dix milliards d'euros. Mais en réalité, la décision revient surtout à Martin Bouygues, PDG du groupe depuis 1989. "Personne ne sait vraiment ce qu'il pense, et s'il vendra maintenant", commente une source proche du dossier. "Mais s'il vend, il aura imposé un prix incroyable pour l'activité qu'il a fondée et qui porte son nom", ajoute-t-elle. La première grande aventure tentée par Martin Bouygues, un an après la disparition de son père, a été très fragilisée par plusieurs années de guerre des prix entraînée par l'arrivée début 2012 du 4e opérateur Free ILD.PA . Le PDG du groupe a déjà rejeté au moins deux offres pour l'opérateur au cours de l'année écoulée, et soutenait encore le mois dernier que Bouygues Telecom pouvait prospérer en restant indépendant. A la question d'un journaliste sur une vente de la branche, il avait répliqué en février dernier: "Et vous, vous vendriez votre femme ?" "Les affaires ne doivent pas être faciles à décider du côté de Bouygues. Ce serait à peu près un retour au groupe tel que l'a légué (son père)", observe Dominique Barjot, professeur d'histoire économique à l'Université Paris-Sorbonne et spécialiste de l'histoire du groupe Bouygues. "La grande aventure de Martin Bouygues, c'est quand même le téléphone portable." Mais l'offre de Patrick Drahi, autre magnat des télécoms dont l'empire a décolé en 2014 lorsqu'il a coiffé au poteau Bouygues en rachetant SFR à Vivendi VIV.PA , éclipse toutes les autres avances. Dix milliards d'euros représenteraient autant que la valeur du groupe Bouygues dans son intégralité, avant l'annonce de l'offre d'Altice, et bien davantage que les quelque 5 milliards d'euros offerts conjointement en 2014 par Orange ORAN.PA et Iliad ILD.PA , ou même que les huit milliards d'euros évoqués lors d'une approche précédente de Patrick Drahi. "Si Martin Bouygues vend à 10 milliards d'euros, tout le monde dira qu'il a eu raison d'attendre pour faire monter les enchères", fait remarquer une autre source proche du dossier. "Mais si Bouygues attend trop, il ne pourra pas en obtenir un aussi bon prix." Le prix n'est toutefois pas le seul facteur de décision. Altice pourrait dégager jusqu'à un milliard d'euros de synergies annuelles avec Bouygues Telecom selon des analystes, mais au prix de coupes drastiques dans les effectifs. Martin Bouygues veut éviter que l'opérateur qu'il a créé connaisse ce sort. Tout comme le Premier ministre Manuel Valls, qui a fixé mardi cinq conditions pour tout accord, sur l'emploi, l'investissement dans le haut débit et les futures enchères 4G. RETOUR AU COEUR HISTORIQUE OU NOUVELLES DIVERSIFICATIONS? S'il sort finalement des télécoms, le groupe Bouygues aura deux grandes options. Poursuivre son repli sur ses actifs historiques, construction et routes, après la baisse programmée de la participation dans Alstom ALSO.PA . Et renforcer au passage le poids des Bouygues dans le capital en prévision d'une succession en famille à Martin Bouygues, âgé de 63 ans et dont la société familiale SCDM détient 20,9% du capital et 27,3% des droits de vote. Ou repartir à l'aventure en tentant de nouvelles acquisitions. "Les principales pistes seront (...) le génie électrique (...) métier où Bouygues est, en termes d'activité, en retard par rapport à Vinci et Eiffage", commente Grégoire Thibault, analyste chez Natixis dans une note. "Une (autre) piste possible serait, selon nous, que Bouygues soutienne TF1 dans une opération de croissance externe", ajoute-t-il, soulignant que Pro7Sat1 PSMGn.DE serait l'hypothèse la plus crédible. Les deux groupes sont en effet déjà partenaires, et la plupart des autres diffuseurs TV européens sont contrôlés par un actionnaire de référence. Bouygues créerait alors un groupe franco-allemand leader en Europe, poursuit Natixis, donnant à TF1 la taille critique qui lui manque alors que le marché français est désormais marqué par un éparpillement des recettes publicitaires avec l'arrivée de la TNT. L'histoire de Bouygues, fondé en 1952, année de naissance de Martin, est jalonnée de diversifications plus ou moins réussies. Le groupe a tenté en vain de s'implanter dans les assurances en 1982, son incursion dans l'agroalimentaire, avec l'acquisition en 1989 des Grands moulins de Paris, est restée sans lendemain. Tout comme son aventure dans l'eau, avec le rachat de la Saur, cédée en 2005, et le le pari d'un grand pôle français du nucléaire avec l'entrée au capital d'Alstom en 2006. En 1986, Bouygues renforce en revanche avec succès l'un de ses métiers historiques, la route, en faisant l'acquisition du groupe Screg, qui propulse sa filiale Colas au rang de numéro un mondial du secteur. Suivront les médias, avec la privatisation de TF1 l'année suivante, puis les télécoms, pour lesquels Bouygues est désigné en 1994 opérateur du 3e réseau mobile, qu'il lancera deux ans plus tard. (Edité par Matthieu Protard)


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  • M7097610 le mardi 23 juin 2015 à 14:48

    qu'il vende et attende la faillite de Drahi pour racheter au prix de la casse !