AVANT-PAPIER-Législatives en Ukraine, huit mois après Maïdan

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par Richard Balmforth et Pavel Polityuk KIEV, 23 octobre (Reuters) - Les Ukrainiens élisent dimanche leurs députés, un scrutin qui devrait profondément modifier la composition de la Rada, l'unique chambre du Parlement de Kiev, en évinçant les anciens partisans du président Viktor Ianoukovitch renversé en février par la révolution de Maïdan. Ces élections législatives, les premières depuis le soulèvement contre Ianoukovitch, ne pourront cependant pas avoir lieu dans les régions de l'Est tenues par les séparatistes pro-russes, pas plus qu'en Crimée, annexée en mars par la Russie. En conséquence, seuls 424 des 450 sièges de la Rada devraient être pourvus, les autres restant vacants. Les insurgés de l'Est entendent quant à eux organiser leurs propres élections début novembre. Pour ce renouvellement du Parlement de Kiev, c'en est fini des candidatures de gardes du corps ou de maîtresses propulsés en politique par des oligarques complaisants. A leur place, on trouve parmi les candidats des militants de Maïdan, la place de Kiev qui a symbolisé la révolte de l'hiver dernier, et des combattants de la guerre contre les séparatistes dans l'Est. La nouvelle assemblée issue du scrutin du 26 octobre sera, à n'en pas douter, pro-occidentale et farouchement nationaliste, au grand déplaisir du Kremlin. Nadia Savtchenko, lieutenant de l'armée ukrainienne qui servait à bord d'un hélicoptère de combat dans l'est du pays, figure parmi les candidats. Accusée d'être impliquée dans la mort de deux journalistes russes lors des combats en juin dernier près de Louhansk, elle a été capturée par les séparatistes, puis transférée en Russie et se trouve actuellement dans un hôpital psychiatrique à Moscou. MILITANTS ET MILITAIRES Le colonel d'aviation Iouli Mamtchour, qui avait tenu tête aux Russes en mars en Crimée en refusant d'abandonner son poste, se présente sous les couleurs du mouvement du président Petro Porochenko. A 35 ans, Tetiana Tchornovil, militante passée à tabac par des partisans de Viktor Ianoukovitch à Maïdan et veuve de guerre, est candidate du parti du Premier ministre Arseni Iatseniouk. "On ne verra plus de gardes du corps ou de petites amies siéger au Parlement. On aura des gens avec un passé de militants ou de militaires, même s'ils ne connaissent pas grand-chose en droit ou en politique", déclare le politologue Mikhaïlo Pogrebinski. Même avec un Parlement renouvelé, la tâche du président Petro Porochenko s'annonce difficile. Beaucoup lui reprochent la lenteur des réformes et l'accusent d'être parfois trop conciliant avec les Russes. "Le temps ne joue pas en faveur de Porochenko, j'espère qu'il en est conscient et qu'il ne tardera pas à lancer des réformes", dit le journaliste Moustafa Nayem, candidat du mouvement présidentiel. Les formations pro-russes, comme le Parti des régions de Ianoukovitch, seront certainement chassées du Parlement. Les communistes, qui soutenaient l'ancien chef de l'Etat, risquent aussi de perdre leur représentation, pour la première fois depuis l'indépendance en 1991. "On va peut-être se retrouver avec un Parlement sans opposition, mais avec une concurrence entre chaque parti pour savoir qui sera le plus nationaliste et l'ennemi le plus déterminé de la Russie", dit Mikhaïlo Pogrebinski. EFFORTS DE PAIX Petro Porochenko espère être soutenu par la Rada dans ses efforts de paix. En septembre, après les revers subis par les forces gouvernementales, il a fini par accepter un cessez-le-feu, fragile et fréquemment violé depuis lors, et un projet de règlement du conflit. Mais à Kiev, la haine de la Russie est plus forte que jamais. Sur Maïdan, on peut acheter des rouleaux de papier-toilette ornés du portrait de Vladimir Poutine. Lors des matches internationaux de football, un chant obscène sur le président russe est autant chanté que l'hymne national ukrainien. Des partisans de l'ancien régime ont été agressés pendant la campagne électorale, parfois jetés dans des poubelles. Les sondages créditent le bloc de Porochenko, qui comprend le parti Oudar de l'ancien champion de boxe Vitali Klitschko, de 30% des voix pour le scrutin de liste qui décidera de 225 sièges. Petro Porochenko est assuré du soutien du Front populaire, le parti d'Arseni Iatseniouk, si celui-ci franchit la barre des 5% nécessaire pour entrer au Parlement. Mais il pourrait avoir besoin également de l'appui de l'ancien Premier ministre Ioulia Timochenko, une vieille adversaire qui dirige le mouvement Patrie, et du populiste Oleh Liachko, chef du Parti radical. Or Timochenko et Liachko n'ont pas ménagé leurs critiques envers le président, qu'ils jugent trop conciliant à l'égard des insurgés, auxquels il a proposé un statut d'autonomie limitée. (Avec Natalia Zinets; Guy Kerivel pour le service français, édité par Marc Angrand)

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