AVANT-PAPIER-Le Burkina Faso dimanche aux urnes pour parachever la transition

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    par Nadoun Coulibaly et Joe Penney 
    OUAGADOUGOU, 27 novembre (Reuters) - Un peu plus d'un an 
après la chute de Blaise Compaoré et deux mois et demi après une 
tentative déjouée de putsch, le Burkina Faso procède dimanche à 
des élections cruciales pour son avenir. 
    Le double scrutin, présidentiel et législatif, devait 
initialement se tenir le 11 octobre mais a été repoussé à la 
suite de la tentative de coup d'Etat menée par le Régiment de 
sécurité présidentielle (RSP), la garde prétorienne aujourd'hui 
démantelée. 
    "Il s'agit assurément des élections les plus ouvertes depuis 
l'indépendance du pays (en 1960)", estime Cynthia Ohayon, 
spécialiste de l'Afrique de l'Ouest au sein de l'International 
Crisis Group (ICG). "On ne sait vraiment pas qui va l'emporter, 
même si des favoris se dégagent." 
    Quatorze candidats briguent la présidence du pays. Les 
observateurs estiment que deux d'entre eux ont une réelle chance 
de l'emporter: Roch Marc Kaboré, du Mouvement du peuple pour le 
progrès (MPP), qui fut Premier ministre de Compaoré, et l'homme 
d'affaires Zéphirin Diabré, à la tête de l'Union pour le progrès 
et le changement (UPC). 
    Le MPP de Kaboré est formé d'ex-fidèles de Compaoré qui 
l'ont quitté plusieurs mois avant que celui qui présidait le 
pays depuis vingt-sept ans ne soit contraint, fin octobre 2014, 
à la démission et à l'exil sous la pression de manifestations de 
rue. 
    Kaboré est soutenu par l'élite économique du pays et, issu 
de la principale ethnie du pays, les Mossi, par les chefs 
traditionnels. 
    Passé par le Programme des Nations unies pour le 
développement (PNUD) et la compagnie nucléaire française Areva, 
Diabré met en avant ses connaissances dans les cercles 
internationaux. Il a aussi joué un rôle de premier plan l'an 
dernier dans le mouvement de contestation contre Compaoré qui 
entendait modifier la Constitution pour briguer un nouveau 
mandat. 
     
    SÉCURITÉ 
    L'état de l'économie, à laquelle le putsch avorté de 
septembre a coûté près de 50 millions d'euros, la corruption et 
la justice sont au coeur des préoccupations de nombre 
d'électeurs. 
    La campagne a également coïncidé avec une résurgence de la 
figure de Thomas Sankara, révolutionnaire marxiste assassiné 
lors du putsch de Compaoré en 1987 surnommé le "Che Guevara 
africain". 
    La campagne s'est déroulée sans incident majeur et, pour les 
autorités, la menace que posaient les soldats d'élite de 
l'ex-garde présidentielle est largement retombée. Une dizaine de 
membres seulement de l'ex-RSP seraient en fuite et le ministre 
de la Sécurité du gouvernement de transition, Alain Zagré, a 
indiqué qu'ils ne représentaient pas un danger majeur. 
    Quelque 25.000 membres des forces de sécurité seront 
néanmoins affectés à la sécurité du scrutin dans un pays où le 
niveau d'alerte a été réhaussé après l'attaque djihadiste contre 
un hôtel de Bamako, la capitale du Mali voisin. 
    "Nous sommes entourés de dangers terroristes à nos 
frontières. Cette situation requiert que nous prenions des 
mesures exceptionnelles pour une sécurité efficace", a dit 
Zagré, annonçant que la frontière terrestre avec le Mali serait 
fermée de vendredi soir à mardi matin. 
 
 (avec Makini Brice à Dakar; Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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