AVANT-PAPIER-La France espère faire "bouger" l'UE sur l'agriculture

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    * Les ministres de l'Agriculture de l'UE réunis lundi à 
Bruxelles 
    * Des positions parfois difficilement compatibles 
    * Le commissaire européen prêt à trouver des solutions 
    * La FNSEA "attend beaucoup" de ce rendez-vous 
 
    par Simon Carraud 
    PARIS, 13 mars (Reuters) - Les ministres de l'Agriculture de 
l'Union européenne ont rendez-vous lundi à Bruxelles pour un 
conseil jugé décisif par la France, qui espère en obtenir des 
mesures susceptibles d'apaiser l'exaspération des éleveurs 
frappés par une série de crises. 
    Les premiers concernés, mobilisés depuis le mois de janvier, 
jugent nécessaire de passer par l'échelon européen, d'où 
pourront venir selon eux des solutions plus utiles sur le long 
terme que les seules mesures d'urgence du gouvernement. 
    "Ça va bouger", avait promis François Hollande peu avant le 
précédent conseil, mi-février, d'où il était ressorti que rien 
ne serait tranché avant celui du mois suivant. 
    "En l'espace de quatre-cinq semaines, on a fait bouger 
l'ensemble des pays européens, la Commission et la présidence 
néerlandaise pour déboucher, je l'espère, sur des propositions 
qui tiennent compte de notre analyse", a déclaré cette semaine 
son ministre, Stéphane Le Foll. 
    Phil Hogan, le commissaire européen conspué par les 
éleveurs, a dit il y a une dizaine de jours, lors d'une visite 
au Salon de l'agriculture, "comprendre (leurs) difficultés". 
    "La Commission est déterminée à trouver des solutions qui 
tiennent réellement compte de la gravité de la crise actuelle", 
a-t-il également assuré dans un communiqué publié le soir même, 
après avoir écouté les doléances des syndicats.     
    Mais rien ne dit que la position française l'emportera. Car 
les 28 ministres arriveront lundi avec des propositions parfois 
difficilement compatibles, certains demandant une meilleure 
régulation et d'autres posant le diagnostic inverse. 
    Le Royaume-Uni, l'Irlande, le Danemark ou la Suède sont par 
exemple réticents à l'idée d'adopter des mesures de régulation 
des marchés. 
    Dans l'autre camp, Stéphane Le Foll estime que les crises, 
particulièrement désastreuses pour les producteurs de porc et de 
lait confrontés à une chute des cours, sont avant tout le 
résultat d'une surproduction européenne. 
     
    "NOUS EN ATTENDONS BEAUCOUP" 
    Parmi ses requêtes, il demandera donc l'activation d'une 
clause encore jamais utilisée qui permettrait de déroger aux 
règles de la concurrence et de limiter provisoirement la 
production dans certaines filières. 
    Il proposera également de relever le plafond d'intervention 
pour la poudre de lait et le beurre, c'est-à-dire la limite de 
production au-delà de laquelle l'UE ne peut plus intervenir 
efficacement sur les prix. 
    Le ministre français, qui s'est rendu ces derniers jours en 
Allemagne, aux Pays-Bas et en Slovénie, souhaite par ailleurs 
obtenir le droit de relever le montant maximum des aides que le 
gouvernement peut allouer aux agriculteurs, de 15.000 euros à 
30.000 euros par exploitation sur trois ans. 
    Les propositions françaises rejoignent en partie les 
demandes des syndicats agricoles, FNSEA en tête, qui attendent 
davantage d'outils de régulation, mais aussi une solution à 
l'embargo russe et un meilleur étiquetage de la viande.          
  
    "Nous en attendons beaucoup", a fait savoir la FNSEA, 
principal syndicat agricole français, dans un communiqué publié 
à quelques jours du rendez-vous de Bruxelles. 
    "La crise agricole qui touche notre pays et l'Europe tout 
entière ne peut rester sans une réponse forte et proportionnée 
de la part de l'Union européenne", peut-on y lire. 
    Pour faire entendre leur colère, les éleveurs ont bloqué ces 
deux derniers mois des axes routiers et des centres de la grande 
distribution. Et ils ont réservé à François Hollande un accueil 
houleux au salon de l'agriculture, fin février.    
    Pour désamorcer le mouvement, le gouvernement a promis le 
mois dernier de nouvelles aides sous la forme d'une baisse de 
sept points des cotisations sociales, un effort pour l'Etat 
évalué à 500 millions d'euros. 
    Mais il s'agit là, pour les syndicats, d'un simple pansement 
sur une plaie béante, en attendant un traitement européen.       
  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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